L’Étoile …

 » Un éclat particulier, n’est-ce-pas là, en effet, ce qui différencie l’Étoile de ses camarades ? Il m’arrive parfois d’observer le travail des Étoiles, comme des autres danseuses, dans les classes de danse de l’Opéra. Malgré l’expérience que j’en ai, je reste, à chaque fois, confondu devant la somme de travail harassant et ingrat qu’exige l’art de la danse. Eh bien, si l’art de tout danseur, consiste à faire passer la prouesse pour une chose naturelle, et à exalter la beauté de chaque geste, celui de l’Étoile demande plus encore : une vraie personnalité ! L’Étoile on la voit danser avant même qu’elle n’ait esquissé le moindre geste. On la regarde alors qu’elle est simplement assise. Aux Étoiles on ne pardonne rien. Supposées douées de toutes les qualités, la moindre déception de leur part entraîne la critique la plus vive. D’où un constant souci de perfection, une insatisfaction personnelle, une angoisse bien légitime dans le dépassement sans cesse obligé. » Bernard LEFORT (Chanteur lyrique, a été directeur de l’Opéra de Marseille, de l’Opéra de Paris et a souvent dirigé des festivals de danse)

Misty COPELAND reprenant un tableau de Edgar DEGAS  » L’Étoile »

Histoire d’un ballet : CASSE-NOISETTE …

Casse-Noisette est un grand classique, un ballet intemporel, délicieux, plein de magie et de féerie, très souvent programmé durant les fêtes de Noël. Il nous plonge dans le monde de l’enfance et de l’adulte, dans celui du rêve et de la réalité, du conscient et de l’inconscient, et dans une scintillante atmosphère de conte de fée.

C’est l’histoire de la petite Clara (il y a des versions où elle s’appelle Maria) enfant sage et rêveuse, à qui l’on fait cadeau, un soir de Noël, d’un casse-noisette en forme de petit soldat. Dans ses rêves il livrera bataille aux souris de la maison. Pour sauver son ami, elle n’hésitera pas à s’en mêler. Ce dernier sera touché par son geste et, reconnaissant, il se transformera en prince charmant qui l’entrainera dans un fabuleux voyage au royaume des sucreries. Tous les jouets du sapin vont alors s’animer.

C’est réellement un ballet superbe, imaginatif, enchanteur, plein d’insouciance et de fraîcheur.

Après l’immense succès obtenu avec le Lac des cygnes et la Belle au bois dormant, le prince Ivan Vsevolojski, directeur des théâtres impériaux, fera appel à Marius Petipa et Piotr Tchaïkovsky pour un nouveau ballet. A cette époque, le compositeur était à l’apogée de sa carrière, reconnu et apprécié. Il travaillait sur son opéra Iolanta. Petipa, quant à lui, était âgé et fatigué.

Les deux hommes vont accepter. Petita va même collaborer à la rédaction du livret basé à la fois sur l’histoire de Ernst Théodore Hoffmann en 1816 Casse Noisette et le roi des souris (que Tchaïkovsky appréciait tout particulièrement), et la version édulcorée d’Alexandre Dumas, publiée en 1844, à savoir Histoire d’un casse-noisette. C’est cette dernière que retiendra Petipa. Malheureusement, en cours de chorégraphie, il tombe malade et confiera le soin de continuer à son assistant et second maître de ballet : Lev Ivanov.

Lev IVANOV

Petipa s’était arrêté au Royaume de la neige. Tout en suivant le fil conducteur qu’il avait laissé, Ivanov va s’employer à mettre sa petite touche personnelle dans ce qu’il va chorégraphier. C’est ainsi que nous lui devons ces deux petites merveilles que sont la Valse des fleurs, unique, élégante, harmonieuse, et la Valse des flocons, absolument magnifique, poétique, aérienne, et dans laquelle les danseuses se transforment en petits flocons légers et tourbillonnants. Toutes deux sont vraiment empreintes de grâce, lyrisme et beauté.

(Vidéo : La Valse des fleurs par le BALLET DU THÉÂTRE DU MARIINSKY)
(Vidéo : La Valse des flocons par le NEW YORK CITY BALLET )

La superbe musique de Tchaïkovsky a une forte prédominance russe dans le côté émotionnel, et certains passages de la partition ont comme un petit parfum mozartien comme la Valse du grand-père ou le Galop des enfants. Dans l’orchestral il fera entrer un instrument qui, à l’époque, n’avait pas encore été utilisé : la Celesta (famille des percussions) pour la Danse de la Fée Dragée, laquelle s’appelait autrefois la Danse de la Prune sucrée. Toutes les mélodies sont tout à fait charmantes et séduisantes.

(Vidéo : La danse de la Fée Dragée / Marianela NUNEZ du ROYAL BALLET de LONDRES)

Avant même que l’on ait pu l’entendre dans le ballet, Tchaïkovsky avait dirigé certains passages où se mêlaient vivacité, légèreté, éclat, charme, humour, poésie et féerie et ils plairont beaucoup. Ils seront regroupés dans une Suite comprenant huit numéros : l’Ouverture, la Marche, La Danse de la fée Dragée, la Danse russe Trepak, la Danse arabe, la Danse chinoise, la Danse des mirlitons et la Valse des fleurs.

(Vidéo : la Danse russe / Yanina PARIENKO & Nikiva KAPUSHIN du BALLET du BOLCHOÏ)

Ivanov mettra également au point le sublime Pas de Deux , la Danse espagnole épicée par les castagnettes et trompettes, la Danse chinoise, la langoureuse Danse arabe, la Danse de la grand-mère cigogne, sans oublier la Danse des polichinelles et la Danse des Mirlitons.

(Vidéo : Pas de Deux / Marianela NUNEZ & Vadim MUNTAGIROV tous deux Premiers danseurs au ROYAL BALLET de LONDRES)
(Vidéo :  » La danse des mirlitons  » – ROYAL BALLET de LONDRES)

Le ballet sera créé en 1892 au Théâtre du Mariinsky de Saint-Pétersbourg. La première Clara fut Stanislava Belinskaya, le prince : Pavel Guerdt. Le succès ne sera malheureusement pas au rendez vous à l’époque. Aujourd’hui c’est l’un des ballets les plus appréciés du public.