Première neige …

 » Une plume blanche et légère,
Effleure la joue d’un sapin
Qui accueille cette étrangère
Comme une caresse en satin.

Puis c’est un doux duvet qui pose
Sa grande main immaculée,
Comme un silence sur les choses,
Un soupir s’élève, étouffé.

La forêt ne respire pas,
Les oiseaux suspendent leurs chants,
Le temps même allège son pas
Pour honorer l’elfe aux gants blancs

Qui, lentement, tire le voile
Sur la nature et son jardin.
Là-haut, se taisent les étoiles,
La nuit s’endort dans un écrin. » Un poème de Marie-France MELLONE (Poétesse française)

Le téléphone …

 » Le portable rend énormément de services ; c’est bien pour ça d’ailleurs que sa présence, la présence de cet objet nomade, est irréversible. Mais le portable a commis, en même temps, des dégâts absolument irréparables. Les rues ont changé, la manière dont les gens se croisent n’est plus la même. On a l’impression que les rues sont habitées par des psychotiques qui parlent tout seuls, très fort, tout le temps. La montée des incivilités est accompagnée par la technologie. Ce que je n’aime pas dans la technologie actuelle, c’est qu’elle est paradoxalement une sorte de retour à la nature, et une remise en cause de toutes les médiations qui rendent la vie un peu plus humaine. » Alain FINKIELKRAUT (Écrivain, philosophe, essayiste, académicien  français ) – (Extrait : Des mots de minuit )

 » Personne n’a pris la mesure de la barbarie du portable. Il participe jour après jour à la dépossession de l’identité. Je me mets dans le lot ! La relation la plus élémentaire, la courtoisie, l’échange de regard, la sonorité ont été anéantis pour être remplacés par des rapports mécaniques, binaires, utilitaires, performants. Dans le train, dans la rue, nous sommes contraints d’entendre des choses que nous aurions considérées comme indignes en famille. Dans mon enfance, le téléphone était au centre du couloir parce qu’on ne se répandait pas. » Fabrice LUCCHINI ( Acteur français, écrivain – Extrait : Conversations françaises )

 » Un optimiste est un monsieur qui croit qu’une dame a terminé sa conversation téléphonique parce qu’elle a dit au revoir » Marcel ACHARD ( Écrivain, dramaturge, acteur, homme de cinéma français ) Photo : Audrey HEPBURN

Le chocolat chaud …

 » Le chocolat a donné lieu à de profondes dissertations dont le but était de déterminer la nature et les propriétés et de le placer dans la catégorie des aliments chauds, froids ou tempérés ; et il faut avouer que ces doctes écrits ont peu servi à la manifestation de la vérité. Mais avec le temps et l’expérience, ces deux grands maîtres, il est resté pour démontrer que le chocolat, préparé avec soin, est un aliment aussi salutaire qu’agréable, qu’il est nourrissant, de facile digestion, qu’il n’a pas la beauté des inconvénients qu’on reproche au café, dont il est au contraire le remède ; qu’il est très convenable aux personnes qui se livrent à une grande contention d’esprit, aux travaux de la chaire ou du barreau, et surtout aux voyageurs. Qu’enfin il convient aux estomacs les plus faibles, qu’on en a eu de bons effets dans les maladies chroniques, et qu’il devient la dernière ressource dans les affections du pylore. Ces diverses propriétés, le chocolat les doit à ce que n’était à vrai dire qu’un eleosaccharum, il est peu de substances qui conviennent à volume égal, plus de particules alimentaires.

Lorsque les américains veulent prendre un chocolat, ils font apporter de l’eau bouillante, chacun râpe dans sa tasse la quantité qu’il veut du cacao, verse l’eau chaude dessus et ajoute le sucre et les aromates qu’il juge convenable. Cette méthode ne convient ni à nos mœurs , ni à nos goûts, et nous voulons que le chocolat nous arrive tout préparé. En cet état, la chimie transcendante nous a appris qu’il ne faut ni le racler au couteau, ni le broyer au pilon, parce que la collision sèche qui a lieu dans les deux cas, amidonise quelques portions de sucre et rend cette boisson plus fade. Ainsi pour faire un chocolat, c’est-à-dire le prendre propre à la consommation immédiate, on en prend environ une once et demie pour une tasse, qu’on fait dissoudre doucement dans l’eau, à mesure qu’elle s’échauffe, en la remuant avec une spatule en bois ; on la fait bouillir pendant un quart d’heure pour que la solution prenne consistance, et on sert chaudement.

Monsieur, me disait il y a plus de cinquante ans, Madame d’Arestrel , supérieure du couvent de la Visitation à Belley, quand vous voudrez prendre du chocolat, faites-le faire dès la veille, dans une cafetière de faïence, et laissez-le là. Le repos de la nuit le concentre et lui donne un velouté qui le rend bien meilleur. Le bon Dieu ne peut s’offenser de ce petit raffinement car il est lui-même tout excellence. » Anthelme BRILLAT-SAVARIN (Avocat, magistrat, gastronome et auteur culinaire français – Extrait de son ouvrage Physiologie du goût, ou méditations de gastronomie transcendante publié en 1825  )

 » J’ai découvert les deux seuls remèdes contre la douleur, la tristesse, la douleur et les plaies similaires du cœur humain: ce sont le chocolat chaud et le temps; par chocolat, j’entends tout type de nourriture ou même, dans les cas moins graves, pas sucré. Je veux dire que lorsque vous vous sentez triste et douloureux, etc., il suffit de d’en boire ou d’attendre un peu que tout soit «mathématiquement» correct.  » Tommaso LANDOLFI (Écrivain et poète italien)