Concert du Nouvel An à Vienne …

L’Orchestre Philharmonique de Vienne ( Autriche ) propose grand évènement classique le Ier janvier de chaque nouvelle année – Il s’agit du très célèbre, romantique et intemporel Concert du Nouvel An , considéré comme un véritable message d’amitié, de paix et d’espoir. Il se tient dans la mythique salle dorée du Musikverein.

A noter que l’histoire a commencé en 1939 lorsqu’un programme de diverses Valses viennoises fut proposé par le chef Clemens Krauss durant le Festival de Salzbourg. Une initiative qui reçut un vif et enthousiaste succès auprès du public, et donnera l’envie de recommencer cette expérience chaque début d’une nouvelle année.

Jusque là, outre la diffusion télévisée suivie, en eurovision, par plus de 100 millions de téléspectateurs, le public, très nombreux, venait y assister. Cette année, la Covid va changer la donne. Le public sera absent, mais le concert se déroulera malgré tout. Pour la petite histoire, sachez qu’en temps normal, les personnes qui y assistent sont sélectionnées grâce à un tirage au sort, mais déboursent, malgré tout, plus de 1000 euros pour leur place !

Si le cœur vous en dit, vous pourrez donc le suivre, cette année, sur France Musique et sur France 2 à 11 h/11 h 15 du matin le Ier . De grands chefs se sont succédés, depuis tant d’années , pour diriger l’Orchestre Philharmonique de Vienne à cette occasion : Josef Krips, Daniel Barenboïm, Mariss Janson, Georges Prêtre, Claudio Abbado, Franz Welser-Möst, Herbert V. Karajan, Loris Maazel, Clemens Krauss, Zubin Mehta, Seiji Ozawa, Willi Bokovsky etc … Pour 2021 ce sera Riccardo Muti. Ce n’est pas la première fois que le chef italien est là, puisqu’il a déjà dirigé en 1993, 1997, 2000, 2004 et 2018.

Ce sont les très populaires musiques de la famille Strauss qui sont proposées, mais également des Valses, Polkas, Marches, Ouvertures, et divers airs d’Opérettes d’autres compositeurs. Les danseurs et danseuses de l’Opéra de Vienne assurent les intermèdes . Un bonheur !

Je vous propose un merveilleux voyage musical et dansé, dans de beaux décors, avec des extraits des années passées. J’espère que ce choix vous plaira.

 » 12 Contredanses W.Oo14  » de Ludwig V.BEETHOVEN composées en 1800/01 – Font partie du Concert de 2020 en l’honneur de Beethoven (250e anniversaire de sa naissance et 150e anniversaire du Musikverein de Vienne) – On l’ignore peut-être, mais Beethoven a écrit des musiques pour la danse populaire autrichienne. La seule qu’il connaissait et qui trouvait grâce à ses yeux.- La chorégraphie est celle de José MARTINEZ pour le BALLET DE VIENNE.

«  Un cœur, un esprit « (Ein Herz Ein sinn) Op. 323 de Johann STRAUSS II -Probablement le plus doué des trois fils musiciens de Strauss I. En tous les cas, celui qui a réussi le mieux. Surnommé le roi de la Valse, il attisera la jalousie de son père. Cette partition a été composée en 1868 – Nicolas LE RICHE et Eleonora ABBAGNATO assurent la danse, sur une chorégraphie de Renato ZANELLA et des costumes signés par le couturier italien VALENTINO . L’Orchestre est dirigé par Georges PRÊTRE :

 » Les romantiques «  Op.167 de Joseph LANNER – Direction de l’Orchestre : Daniel BARENBOÏM – Chorégraphie d’Ashley PAGE pour le BALLET de VIENNE . Lanner fut violoniste, compositeur, chef et directeur de la musique de bal à la Cour impériale. Il formera un orchestre (Quintette) dans lequel jouait son ami Johann Strauss . Les deux hommes se sépareront lorsque chacun suivra sa propre route.

«  Aus der Fern  » Op.270 de Josef STRAUSS – Polka Mazur composée en 1869 – Direction de l’Orchestre : Franz WELSER-MÖST – Chorégraphie Jean-Guillaume BART pour le BALLET DE VIENNE – Josef , frère de Johann Strauss II et d’Eduard . Il ne viendra que tardivement à la musique car il fut un ingénieur et architecte réputé. Il pensait qu’il n’était pas doué pour l’exercice musical et pourtant il le sera ! Le public acclamera ses superbes élégantes Polkas, Valses , Danses populaires et Quadrilles.

 » Les joies de la vie  » ( Freuet euch des lebens ) Op.340 de Johann STRAUSS II : partition composée en 1870. Direction Mariss JANSONS – Chorégraphie Davide BOMBANA pour le BALLET DE VIENNE –

 » La marche de Radetzky «  Op.228 de Johann STRAUSS Père – Composée en 1848 en l’honneur de Joseph Radetzky qui était sorti vainqueur de la bataille de Custosa la même année. Selon les années, elle clôture le concert, alternativement avec le Danube Bleu, sous les applaudissements enthousiastes et bissés, . Version 1987 avec le chef Herbert V. KARAJAN

Bonne et heureuse année 2021 !

 » Je ne prendrai pas de calendrier cette année car j’ai été très mécontent de celui de l’année dernière  » a dit un jour le journaliste, écrivain et humoriste Alphonse Allais. Je ne pense pas que nous ayons envie , nous aussi, de nous repencher sur 2020 après ce que nous venons de traverser.

Le mot le plus beau que j’espère pour nous tous en 2021 : c’est le mot espoir. L’espoir que nous puissions avoir totalement confiance en un remède qui nous protègera petits et grands de ce virus ( et de ses variantes ) , que nous ne revivions pas un nouveau confinement (bien que beaucoup voit un troisième comme inévitable) , que nous retrouvions un peu de nos habitudes d’autrefois, que notre quotidien ne baigne plus dans cette atmosphère anxiogène qui est la nôtre depuis des mois.

Il y a une citation du journaliste et écrivain Philippe Labro que j’ai lue il y a quelques jours et qui me plait. Je la retiendrai comme fil conducteur pour affronter l’an nouveau :  » On peut regarder la vie et le monde avec effroi, mais il faut savoir aimer, écouter de la musique, voir les enfants grandir, écouter le chant d’un torrent. C’est un choix. Le désespoir ne sert à rien, l’espoir est la seule solution « .

Bonne & Heureuse Année 2021 à vous toutes et tous ! Que l’an nouveau vous garde , ainsi que vos proches, en bonne santé .Qu’il apporte à votre vie des sourires, de la sérénité, de la paix, du rêve, du réconfort, du courage, de l’amour, de l’amitié –

Chers (ères) abonnés (ées), anciens et nouveaux (à qui je souhaite la bienvenue) continuez de prendre grand soin de vous et comme disait Victor Hugo : « Saluons ensemble cette nouvelle année qui vieillit notre amitié sans vieillir notre cœur « 

Amicales pensées et bisous de circonstance , Lisa ♥ ♥ ♥

L’Huitre …

  » L’huître, de la grosseur d’un galet moyen, est d’une apparence plus rugueuse, d’une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C’est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l’ouvrir : il faut alors la tenir au creux d’un torchon, se servir d’un couteau ébréché et peu franc, s’y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s’y coupent, s’y cassent les ongles : c’est un travail grossier. Les coups qu’on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d’une sorte de halos.
A l’intérieur l’on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d’en dessus s’affaissent sur les cieux d’en dessous, pour ne plus former qu’une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l’odeur et à la vue, frangé d’une dentelle noirâtre sur les bords. Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d’où l’on trouve aussitôt à s’orner
.  » Francis PONGE(Poème en prose extrait de son recueil Le parti des choses/1942)

 » Il semble bien que dès le début de l’humanité, les huîtres constituèrent un aliment précieux pour l’homme. Des amoncellements de débris ostréaires, régulièrement groupés autour d’espaces vides, emplacements probables d’agglomérations humaines, découverts sur les côtes d’Europe, intriguèrent longtemps les savants jusqu’au jour où la trouvaille parmi ces amas de coquilles, de débris de cendres, de charbon, de restes d’animaux et d’objets travaillés, permit de situer au Paléolithique, l’époque où ils ont été constitués et de conclure que, dès cette époque, de vastes mouvements de populations devaient se faire à certaines époque, en cas de disette ou d’épidémies, pour trouver au bord de mer une nourriture abondante et un aliment dont les effets salutaires avaient déjà été constatés.

Ces amoncellements de coquilles appelés Kjokken moddinger, mot signifiant débris de cuisine, sont également connus sur les côtes du Maroc, de Mauritanie et du Sénégal. On les a retrouvés en Amérique où des amas énormes d’écaillés d’huîtres, connus sous le nom de Kitchen middens (débris de cuisine) ont été découverts au bord de la mer dans les État de l’Est.

Les Chinois cultivaient l’huître il y a quelques millénaires. Si les Hébreux la considérèrent comme un mets impur puisqu’elle n’avait ni nageoire, ni écaille, les Grecs et les Romains en firent, par contre, une très large consommation. Elles provenaient de l’Hellespont. Les textes latins vantent les qualités de ce mollusque et dans leurs banquets, les Romans célébraient en poèmes chantés les louanges de sa chair délicate considérée comme un mets de luxe.

Néron pouvait distinguer, dès l’abord, l’huître de Circé de celle de Rutupe, et les gourmets discutaient déjà des mérites de celles du lac Lucrin ( les plus fameuses parmi les huîtres romaines) ou de Cyzieus, réputées aussi fines, comparées à celles importées d’Angleterre par les Légions Romaines conquérantes et qui provenaient du Rutupiae (Comté de Kent) actuellement appelé Richborough et situé non loin de Whistable, encore réputé pour la qualité de ses huîtres.

Le Moyen-Âge mentionne moins souvent ce mollusque délectable. Cependant, Rabelais n’oublie guère de les citer dans les plantureux repas de Gargantua et Pantagruel et le fabuliste La Fontaine nous a laissé également quelques fables délicieuses où les mérites de ce coquillage y sont soulignés.

J’ai passé les déserts, mais nous n’y bûmes point.
D’un certain magister le Rat tenait ces choses,
Et les disait à travers champs ;
N’étant pas de ces Rats qui les livres rongeants
Se font savants jusques aux dents.
Parmi tant d’Huîtres toutes closes,
Une s’était ouverte, et bâillant au Soleil,
Par un doux Zéphir réjouie,
Humait l’air, respirait, était épanouie,
Blanche, grasse, et d’un goût, à la voir, nonpareil.
D’aussi loin que le Rat voir cette Huître qui bâille :
Qu’aperçois-je ? dit-il, c’est quelque victuaille ;
Et, si je ne me trompe à la couleur du mets,
Je dois faire aujourd’hui bonne chère, ou jamais.
Là-dessus maître Rat plein de belle espérance,
Approche de l’écaille, allonge un peu le cou,
Se sent pris comme aux lacs ; car l’Huître tout d’un coup
Se referme, et voilà ce que fait l’ignorance.… (Extrait du poème Le Rat et l’Huître / Jean De La FONTAINE)

A l’époque du Roi Soleil, à celle qui suivit de la Régence, ce manger délicat offert sur la table, devint un signe de civilisation, de courtoisie, de finesse, et le bon goût, dont le souvenir se perpétuera par le tableau élégant de Jean-François De Troy, Le Déjeuner aux Huîtres, un des plus beaux intérieurs de la peinture française qui nous est resté, entre joyaux, au Musée Condé de Chantilly.

La consommation des huîtres augmente toujours, s’étend dans tous les milieux. Elles deviennent populaires, se servent partout, à l’hôtel, au restaurant, à la table de Camille. Vers 1860 il était de bon ton en France de consommer des huîtres à tous les repas et actuellement encore, aucun bon dîner n’est digne de ce nom si les huîtres n’y figurent pas en bonne place.  » Docteur Jean-Victor LE GALL (Extrait de son livre Notes et Rapports N.2/ Valeur nutritive et valeur thérapeutique de l’huître, datant de 1948)

 » Le déjeuner d’huîtres  » Jean-François DE TROY 1734

Les oiseaux de l’hiver …

 » Mais d’où viennent ces oiseaux
Que j’entends chanter l’hiver ?
Où se cachent leurs fuseaux
De plume sur fil de chair ?
Il neigeait encor hier
Sur l’arbre et le caniveau,
Et les miettes de pain clair,
Pour des petits yeux d’oiseaux,
Se perdaient dans la lumière
Des flocons à mes carreaux.
Ô mes oiseaux de l’hiver,
Par le froid levés si tôt,
Ô mes oiseaux sans manières,
Faits pour chanter comme l’eau
Dès qu’elle a roulé rivière.  » Micheline DUPRAY (Poétesse française)

Photos-collage par Jeanny KROEZE


Histoire d’un ballet : Winter Dreams (Rêves d’hiver) …

Ce ballet, imaginé par Kenneth MacMillan. fut créé dans son intégralité en 1991 . Le Pas de Deux fut présenté, l’année précédente, au Covent Garden de Londres, lors d’un gala-anniversaire célébrant les 90 ans de la Reine-mère d’Angleterre avec Darcey Bussell et Irek Mukhamedov.

(Vidéo : Pas de Deux Darcey BUSSELL & Irek MUKHAMEDOV )

Pour la musique, le chorégraphe a utilisé certaines partitions de Piotr.I.Tchaïkovsky, ainsi que des musiques traditionnelles russes, le tout a été arrangé par Philip Gammon, pianiste attitré du Royal Ballet de Londres.

MacMillan a puisé son inspiration dans le roman de Anton Tchekhov, Les trois sœurs, à savoir Olga, Masha, et Irina. Ce dernier raconte la vie de ces trois femmes, sur plusieurs années, seules dans une petite ville de garnison à la fin du XIXe siècle. Leur vie est insipide. Elles s’ennuient à mourir, sont frustrées, désespérées, ne savent pas vraiment à quel idéal s’accrocher et rêvent de pouvoir retourner à Moscou, la ville de leur enfance. Au fil de l’histoire, on partage leurs amours, leurs déceptions, leurs désillusions. Olga restera vieille fille et se verra confier un poste à responsabilité. Masha sera mariée à un vieil homme qu’elle n’aimera pas mais vivra une passion intense avec un colonel. Irina, quant à elle, connaitra le grand amour avec un baron qui décèdera lors d’un duel.

(Vidéo : Darcey BUSSELL pour le solo de Masha)

La chorégraphie de MacMillan n’est pas une transcription à la lettre de ce roman, juste une inspiration . Son intention aura été, avant toute chose, d’avoir su très bien capter l’atmosphère et la mélancolie qui se dégagent du roman, et en aucun cas la danse ne développe d’effet narratif. Elle exprime surtout la vie intérieure des personnages, avec une attention un peu plus particulière sur Masha. C’est très beau, chargé émotionnellement parlant, avec beaucoup de grâce et de finesse.

(Vidéo : Darcey BUSSELL & Irek MUKHAMEDOV, accompagné par le ROYAL BALLET de LONDRES. Ils dansent sur la Valse sentimentale Op. 51 de Piotr I.TCHAÏKOVSKY)

Willy RONIS …

«  Pendant toute ma vie de photographe ce sont des moments tout à fait aléatoires que j’ai retenir. Ces moments savent me raconter bien mieux que je ne saurai le faire. Ils expriment mon regard, ma sensibilité. Mon auto-portrait ce sont mes photographies. A chaque photo, il pouvait se passer quelque chose comme il pouvait ne rien se passer. Ma vie a été un pavé de déceptions mais aussi d’immenses joies … Je ne voudrai  retenir que ces moments de joie qui consolent de tous les autres. Quand la vie, furtivement, vous fait un signe de reconnaissance, vous remercie, il y a alors ne grande complicité avec le hasard que l’on ressent profondément. Alors on le remercie aussi. C’est ce que je nomme la joie de l’imprévu. Des situations minuscules, comme des têtes d’épingle. Juste avant il n’y avait rien et juste après il n’y a plus rien. Alors il faut être toujours prêt. » Willy RONIS

 L’objectif est tourné ce jour vers un merveilleux et talentueux photographe-reporter qui a eu une très longue carrière couronnée de nombreux prix ( Prix Kodak 1947 – médaille d’or à la Biennale de Venise 1957 – Grand prix national des Arts et des Lettres 1979 – Prix Nadar 1981 ) ; un œil sûr qui a su magnifiquement bien capter les gens et leur vie quotidienne. Il fut membre de la Royal Photographic Society of Great Britain ( 1993 ).

Un  passionné de dessin et de peinture qui a souvent déclaré que le photographe se rapprochait du peintre dans ce qu’il fallait de patience, de réflexion et de temps à réaliser une œuvre :  ‘‘ La photo est fille de la peinture. Je mets ces deux disciplines sur un pied d’égalité. Lorsque l’on est artiste, on produit de l’art, peut importe lequel. » – La photo de son épouse, nue devant un lavabo, prise à Gordes dans leur maison  en 1948 et qui fait partie d’une série, a eu beaucoup de succès, elle fut publiée par l’agence Rapho. On l’a souvent comparée à un tableau.

 » Le nu provençal  » 1949 à Gordes – Willy RONIS ( Médiathèque de l’architecture et du patrimoine)  —  » Je bricole au grenier, il me manque une certaine truelle restée au rez-de-chaussée. Je traverse l’escalier de pierre qui traverse notre chambre au premier. Sortie de sa sieste, Marie-Anne s’ébroue dans la cuvette ( on va chercher l’eau à la fontaine). Je crie  » reste comme tu es !  » – Mon Rolleiflex est sur une chaise, tout près. Je remonte trois marches et fais quatre prises, les mains tâchées de plâtre. C’est la deuxième photo que j’ai choisie, le tout n’a pas duré deux minutes. C’est ma photo fétiche parue depuis lors sans discontinuer, ici et partout. Le miracle existe, je l’ai rencontré  » 

Ses clichés sont de véritables portraits, à la fois intimistes, pleins de tendresse, d’émotion, de réflexion, de fraîcheur, profonds et poétiques. Ils semblent nous raconter l’histoire des personnes qu’il rencontre,  sur lesquelles il a posé, très souvent, un regard d’enfant, un regard attendri. Au-delà d’eux il y a eu aussi toutes les rues et les ruelles des quartiers de la capitale où il a aimé se promener, flâner , des patineurs au bois de Boulogne, des promeneurs, le froid , la neige qui tombe , la Pyramide du Louvre, les Puces de St Ouen, les Halles, les trains , les manifestations et grèves dans les usines , les enfants, les amoureux (  » chaque fois que je rencontre des amoureux, mon appareil sourit : laissons-le faire ! «  ) la guerre, la Provence, les paysages industriels.

 » j’aime mieux tâter un peu de tout, quitte à porter mon effort sur ce que je fais volontiers et refuser ce qui m’intéresse moins. Être libre ? Oui, mais ça n’est pas tant la question de liberté que le goût des choses diverses. » W.R.

Un travail très éclectique, empreint d’une grande liberté d’exécution, sans contrainte aucune, sans le souci de devoir se conformer à une mode quelconque, sans devoir obéir à qui que ce soit. Ce fut un artiste authentique, sincère, avec juste le désir, niché au plus profond de lui-même, de donner une image de ce qui présentait à lui. Il a nettement préféré que son travail ait du sens et que ses photos restent des moments de vérité éternelle, sans vulgarité aucune.

Son œuvre photographique n’a jamais  été empreinte de tristesse et même lorsque la gravité était là, elle fut humainement lumineuse, constellée de cet émerveillement qui fut le sien pour nous offrir ces cadeaux que sont ses photos. Il nous a , en quelque sorte, ouvert son journal intime car ses clichés sont non seulement liés à sa vie, mais aussi à ses idéaux politiques et idéologiques, aux découvertes qu’il a faites dans le monde, un monde dont il a tellement aimé explorer les mystères ! Il fut un optimiste, un peu espiègle, humoristique, et tendre.

Il n’a pas de trépied mais photographie appareil en bandoulière, tenu  à la main. Il observe, patiente, réfléchit, calcule le bon angle, puis capture l’instant avec émotion. Ses photos excellent dans l’art de la composition. Elles jouent à merveille dans les jeux de l’ombre et de la lumière. Lui dira que ce qui l’a inspiré c’est ce que la lumière éclaire et surtout comment les gens ressortent de ce clair-obscur.

La photo a été une véritable passion :  » j’ai remercié le destin de m’avoir fait photographe. Cela m’a probablement préservé de souffrances intolérables. » – Ce qui a été merveilleux chez lui c’est d’avoir su s’émerveiller de tout ce qu’il a approché dans cet univers et toute sa vie durant.

Willy Ronis est né dans une famille juive en 1910, d’une mère lithuanienne très croyante et d’un père ukrainien agnostique. Sa maman était musicienne et jouait du piano. Non seulement elle lui apprendra à en jouer, mais il suivra, également, des cours de violon dès l’âge de 7 ans. Il a beaucoup aimé la musique et d’ailleurs à une certaine époque il aurait voulu en faire son métier, être compositeur. Lorsqu’il dit :  » La majorité de mes photographies sont composées en hauteur, car je travaille en surplomb pour faire émerger les différents plans distinctement. C’est pour moi comme les trois ou quatre portées d’une Fugue de Bach  » on est tenté de croire que finalement la musique a  » accompagné  » ses photos.

Son père était photographe en Ukraine et trouvera un emploi de retoucheur-photos en arrivant  à Paris. Après avoir travaillé pour d’autres, il ouvrira un magasin rue Voltaire. C’est lui qui a guidé les premiers pas de Willy dans le monde de la photo..

Il a donc baigné et grandi dans cet univers. Pourtant à ce moment là il ne se voyait pas épouser une carrière dans la photo, mais plutôt dans le monde de la composition musicale. Par ailleurs il suit des cours de droit à la Sorbonne;

Les choses prendront une autre tournure lorsqu’il devra, un jour, remplacer  son père, atteint d’un cancer,  dans le magasin  Une période de 4 ans durant laquelle il avouera s’être beaucoup ennuyé . Le père meurt en 1936, le studio se retrouve face à de nombreuses dettes, le magasin est vendu, les créanciers s’en empare. Toute la famille part dans les 11e arr. Il lui faut trouver du travail.

La photographie de presse l’intéresse et retient son attention. Premiers clichés pour la SNCF, et l’ Office du tourisme. L’arrivée du Front populaire va lui offrir l’opportunité de beaux clichés comme ceux du 14 juillet à la Bastille, un événement qu’il qualifiera de  » fabuleux «  ! – A partir de là, il prend son envol et se lance en 1937 dans ce métier de façon officielle en tant que photographe-reporter-illustrateur et fait l’acquisition de son premier Rolleiflex.

En 1938/39 il couvrira les grèves de l’industrie automobile ( Citroën ) ainsi que différents mouvement sociaux , immortalise une déléguée syndicaliste qui va plaire et qui sera publiée . Elle fera le tour du monde entier. Il va rencontrer de grands photographes , se lier avec certains comme par exemple Henri Cartier-Bresson avec lequel  il rejoindra , à peu près à cette époque, l’Association des Écrivains et Artistes révolutionnaires ( assez proche du parti communiste) –

«  Rose Zehner  » (Syndicaliste Citroën ) – 1938 – Willy RONIS ( Médiathèque de l’architecture et du patrimoine)

Communiste il l’a été lorsqu’il était jeune mais  sans y adhérer au départ.  Les photos faites pour le Front populaire au 14 juillet feront l’objet d’une publication dans une revue de ce mouvement. Il se sentira, par ailleurs, très proche du monde ouvrier et compatira à leurs problèmes, il sera membre du parti très peu de temps (1945/1951)  , préférant rester indépendant. Même si il a partagé leurs idéaux , il n’a pas milité ni  jamais fait passer un quelconque message de ce parti au travers de ses photos.

 » Mes idées ont été et sont toujours fondées sur la libération des hommes du joug capitaliste. J’ai été membre du parti communiste un certain temps et j’ai travaillé quelques années pour ce mouvement tout en restant indépendant. J’étais orienté certes, mais je suis resté libre !  » W.R.

Durant la guerre, face au régime de Vichy il passera outre le fait de devoir rester à Paris et porter l’étoile jaune. Il franchit la ligne de démarcation et partira vivre dans le midi de la France en faisant différents petits métiers. Son appareil photographique sera rangé durant toute cette période.

La seconde guerre mondiale avait interrompu ses activités photographiques , il les reprendra à la libération en travaillant  alors pour  le TimeLife, Point de vue et image du monde et rejoint en 1946 l’agence Rapho dans laquelle de grands photographes sont en poste notamment Doisneau et Brassaï. Avec eux, dans les années 50 naîtra la mouvance des photographes humanistes, s’intéressant nettement plus aux gens.

Les marchandes de frites  » – 1946 – Willy RONIS ( Médiathèque de l’architecture et du patrimoine) –  » Ce jour-là je venais de terminer un reportage sur les Halles Baltard, les grandes Halles de Paris. Le quartier m’intéressait beaucoup et je me promenais encore, comme ça au gré de ma fantaisie. Il était midi et j’étais arrivé rue Rambuteau. J’ai été saisi par la grâce de ces deux jeunes filles qui vendaient simplement des frites et parlaient à un client qui, naturellement, plaisantait avec elles. J’ai fait ma photo, de chic, le nez au vent. Il y avait beaucoup de monde tout autour et comme elles étaient jolies et avenantes ça excitait la verve des clients. Paris vivant une période d’optimisme et de grande enthousiasme. C’est ce que traduit pour moi cette photo. Leur charme, leur sourire, leur malice, c’est au fond tout ce qu’on aime dans ce Paris-là, vif, alerte, drôle …  »

Cette année-là il épouse une peintre Marie-Anne Lansiaux qui avait un fils Vincent. Ronis va l’élever comme s’il était le sien. Malheureusement, il aura la douleur de le perdre en 1988 lors d’un accident de deltaplane . Trois ans plus tard, c’est sa femme qui décèdera atteinte depuis quelques années de la maladie d’Altzeimer.

Différents reportages voient le jour ,  notamment sur le retour des prisonniers de guerre et donc, par conséquent, de nombreux voyages dans toute l’Europe  – Avec son épouse ils feront l’acquisition en 1949 d’une maison à Gordes.

 » Le retour des prisonniers  » – 1945 – Willy RONIS ( Médiathèque de l’architecture et du patrimoine) –  » Ce jour-là j’étais à la gare de l’Est pour réaliser un reportage et en marchant dans la gare bondée, où les prisonniers arrivaient, fatigués, amaigris, dans une atmosphère assez troublante de cohue et d’espoir, j’ai été soudain frappé par cette infirmière qui faisait ses adieux à un prisonnier qu’elle avait dû soigner pendant le convoi. J’assiste donc à leur séparation. Je me dis que le prisonnier arrive à Paris et que, probablement, quelqu’un l’attend, quelqu’un qui l’a même attendu très longtemps. Mais ça, je ne le sais pas vraiment. J’imagine, j’invente, j’associe, je me laisse aller à ma rêverie, mais c’est au moment précis où j’ai développé et tiré cette photo qu’elle m’a bouleversé, parce qu’il y avait une expression si émouvante sur le sur le visage de cette femme si complice et pudique à la fois… »

Après avoir quitté son agence dans les années 55 , il se tournera vers la photo de mode et la publicité.

C’est là que commenceront un peu les années  » galère « . En refusant de faire des concessions sur la présentation de ses photos, en voulant rester avant toute chose le créateur de son travail, d’avoir un droit de regard sur lui, de vouloir en conséquence » se mettre en retrait  » pour rester très indépendant, il va se marginaliser et on ne fera plus trop appel à lui. On pensera qu’il n’a plus trop envie de travailler et lui-même dira qu’il a dû taper aux portes :  » j’ai fait du porte-à-porte, mes photos sous le bras. Les rédactions ne m’appelaient plus. » – Ces difficultés dans sa profession vont entraîner des problèmes financiers. Il quittera Paris et se réfugiera avec femme et enfant à Gordes puis à L’isle sur Sorgue.

Les photos de mode qu’il propose ne retiennent pas l’attention, tout simplement car désormais ce qui plaisait à l’époque  eh bien c’était le scoop ! Mais il n’a pas l’âme d’un paparazzi :  » j’ai sérieusement songé à quitter le métier. J’étais une espèce de maniaque inadapté. »

Dans les années 70 il enseignera  la photo à l’Ecole des Beaux Arts d’Avignon,  dans les facultés d’Aix en Provence et Marseille. Elles seront les années du succès revenu, celles des récompenses et des titres . En 1983 c’est le retour dans la capitale. Il fait l’objet de nombreuses expositions en France, en Russie, en Angleterre, aux Etats Unis et même au Japon où aura lieu une grande rétrospective de son travail à Tokyo en 1985.

Après tant d’années vouées à son art, Il arrêtera sa profession entre 2000/2001 en jugeant que l’heure était  venue pour lui  d’y mettre un terme. D’autres expositions suivront. En 2009, il décède, presque centenaire, à l’âge de 99 ans.

Avant cela il avait fait don à l’État en 1983 et 1985 de ses archives photographiques afin d’une part qu’elles ne quittent pas la France, et d’autre part, il reçoit un engagement du paiement de son loyer jusqu’à la fin de ses jours ( il traversait alors de grosses difficultés financières) . Pour cela, c’est lui qui a repris toute son oeuvre et trié beaucoup de photos  et rassemblé celles qui lui ont semblé être les meilleures. Pour que l’utilisation qui en sera faite soit optimum, il écrira un testament dans lequel il nomme quatre exécuteurs. Son petit-fils Stéphane Kovalsky a été héritier d’une part réservataire.

 » Le petit parisien  » – 1952 – Willy RONIS ( Médiathèque de l’architecture et du patrimoine) (  » Ce jour-là, pour cette photo qui a été tant de fois reproduite dans la presse et qui, pour finir, pourrait venir signer mon auto-portrait en petit parisien, j’avais fait une petite entrave à ma pratique habituelle. Je veux dire que j’ai fait un minimum de mise en scène. Je devais illustrer un reportage qui s’appelait  » Revoir Paris  » et racontait l’histoire d’un parisien qui était allé vivre quinze ans à New York et revenait à Paris en remarquant, avec amusement, tous les signes distinctifs de ce qu’on voit à Paris. Parmi toute ces choses distinctes, il y avait bien entendu le grand pain parisien. Il fallait donc que je trouve une façon particulière de le photographier, de le mettre en situation, ça n’aurait pas eu de sens de choisir simplement le cadre d’une boulangerie. Il était midi, je suis allé dans mon quartier rôder du côté d’une boulangerie. Dans la queue j’ai vu ce petit garçon avec sa grand-mère qui attendait son tour. Il était charmant avec un petit air déluré. J’ai demandé à sa grand-mère :  » s’il vous plait Madame est-ce que vous m’autoriseriez à photographier ce petit garçon lorsqu’il sortira avec son pain ? J’aimerai bien le voir courir avec son pain sous le bras…. » Mais oui bien sur, si ça vous amuse, pourquoi pas ?  » – Je me suis posé un peu plus loin, j’a attendu, il a acheté son pain et il a couru de façon si gracieuse et vivante….  »

P.S : Les explications de Willy RONIS sous les photos sont extraites de son livre  » Ce jour-là  » aux Editions Mercure de France)

Écrire …

 » Tout le monde peut écrire. Mais pour tirer du néant un de ces objets bizarres qui ressemblent, même de loin à une œuvre, ou peut-être tout simplement à quelque chose, et qui puisse durer plus d’une saison ou deux, il faut une espèce de miracle . Écrire c’est une étrange combinaison d’allégresse et d’angoisse. J’ai connu l’allégresse et j’ai connu l’angoisse.  Les mots m’arrivaient tout seuls. Ils coulaient de source. Ils ne venaient même pas de moi. Ils venaient d’ailleurs. Ils me traversaient. Ils se servaient de moi pour se coucher sur le papier. Ils sortaient je ne sais d’où et ils volaient jusqu’à moi. Un grand bonheur m’envahissait. Ils me payaient de mes attentes et de mes découragements …  » Jean D.ORMESSON ( Ecrivain, journaliste, philosophe et académicien français – Extraits de son livre Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit )

Jean d’ORMESSON (1925/2017)

Une rose d’hiver …

 » Une rose d’hiver, un peu mièvre, un peu pâle,
A choisi de fleurir dans le jardin déteint,
Aux confins de novembre, dans les reflets d’opale
D’un soleil transparent, au détour d’un matin.
A nos regards ardents, timide, elle ose à peine
Dévoiler le réseau de ses rides nacrées,
Mais sa senteur poivrée vient, comme une antienne,
Nous ramener au temps de sa splendeur passée.
Le printemps était là, mais elle ne l’a pas vu,
L’été s’en est allé sans qu’elle s’en souvienne,
L’automne, comme une ombre, hier a disparu,
Mais l’hiver est venu et je l’ai faite mienne…
A la femme d’hiver je dédie ce poème,
Elle qu’on ignora sans beaucoup de raison,
Celle-là, plus qu’une autre, méritait bien qu’on l’aime,
Elle enluminera nos arrière-saisons. » Anick BAULARD (Auteure et poétesse française)

Joyeux Noël 2020 …

Un petit poème nostalgique que j’aime beaucoup et qui, peut-être, vous fera penser aux noëls de votre enfance. Malgré cette période assez difficile, je vous souhaite de passer un très JOYEUX NOËL .

Soyez heureux auprès de celles et ceux que vous chérissez, profitez-en bien tout en prenant grand soin de chacun d’entre vous surtout.

Je vous retrouve, avec grand plaisir, le 26.12.

Amicales pensées à vous toutes et tous, Lisa ♥

 » Merveilleux Noëls de mon enfance,
Avec toute cette effervescence
Qui régnait partout dans la maison,
Et le sapin plein de décorations !
Moments de joie sans pareil,
Parés de bonheur et de merveilles ;
Maman qui préparait la bûche,
Nous qui faisions les truffes
Les mains pleines de chocolat,
Plus sur nos doigts que dans le plat !
Et enfin, la dernière nuit venue
Avant le grand jour tant attendu,
Le sommeil qui ne veut pas venir,
Trop excités pour s’endormir ;
Espérer que le Père-Noël va oublier
Les bêtises faites pendant l’année,
Puis au petit matin, se lever,
Et devant nos yeux émerveillés
En découvrant les paquets,
Nos parents qui souriaient !

Je revis ces merveilleux moments
Aujourd’hui, avec mes enfants ;
Décorer toute la maison
De guirlandes en papier crépon,
Mettre dans la crèche les santons,
Sur le sapin, les boules brillantes
Et les guirlandes étincelantes
De mille couleurs scintillantes !
Préparer avec eux le repas de fête,
Sortir les plus belles assiettes,
Et à l’approche du jour formidable
Les découvrir un peu plus sages,
Juste pour que le Père-Noël oublie
Qu’ils n’ont pas toujours été gentils !
Avec le même regard pour mes enfants
Qu’avaient jadis pour moi mes parents,
Je retrouve chaque année l’instant magique,
Quand leurs yeux magnifiques
Découvrent sous le sapin,
Leurs cadeaux au petit matin !  » Véronique AUDELON (Poétesse française)