L’allumeur de réverbères …

 » L’allumeur de réverbères
était de petite taille.
Je le vois dans ma mémoire
comme au temps de mon enfance.
Il marchait d’un pas vif, rapide, léger,
portant sous le bras son escabeau,
que devant chaque réverbère,
avant de l’allumer,
il posait comme un objet fragile.
De sa ronde quotidienne
il paraissait se faire une joie,
celle de parsemer la nuit
de fleurs lumineuses.
Ordonnateur discret
des pompes funèbres du jour,
il était toujours de noir vêtu
mais sa bonne humeur ne le quittait jamais,
et un fin sourire éclairait son visage
car il était de la douce bienveillance
de ceux qui se suffisent de peu.
Je le rencontrais bien souvent
et il parlait de la beauté du crépuscule,
de la transparence de l’heure,
de la brièveté de la vie
que j’avais devant moi
presque toute encore.
Un soir il me donna une fleur:
« c’est une fleur immortelle », me dit-il,
« garde-la précieusement
En souvenir de notre amitié
car un jour je serai mort
et il n’y aura plus d’allumeurs de réverbères.
Mais chaque fois que tu la regarderas
tu sauras que quelque part,
dans une étoile peut-être,
je penserai à toi. » Jean MINEUR (Poète français)

 » L’allumeur de réverbères  » Erik Ludwig HENNINGSEN

Je dis souvent des arbres …

 » Je dis souvent des arbres qu’ils sont des torches de temps pur. Leur taille est liée à leur âge, et au-delà de leur beauté plastique, le fait qu’ils incarnent (imboisent) le temps fait à mes yeux leur prix et leur sacralité. Nul ne devrait pouvoir les couper à sa guise, car nul ne peut être propriétaire du temps…  » Belinda CANNONE (Romancière française, essayiste, Maître de conférences – Extrait de son livre S’émerveiller)

 » Arbres  » – Martin PODT Photograpy

Concerto pour la main gauche … Maurice RAVEL

Vidéo : Samson FRANÇOIS au piano, accompagné par L.ORCHESTRE NATIONAL DE L’OPÉRA DE MONTE-CARLO dirigé par Louis FRÉMAUX

C’est à la demande du pianiste allemand Paul Wittengenstein, amputé du bras droit durant la première guerre mondiale , que Maurice Ravel écrira une pièce pour piano, destinée à la main gauche.

Paul WITTENGENSTEIN

N’étant pas très satisfait du résultat, notamment la complexité moderne et virtuose de la partition, Wittengenstein va vouloir y apporter de nombreuses modifications qui lui semblaient importantes, et ce sans en parler préalablement à Ravel. Celui-ci n’appréciera absolument pas cette façon de faire, reprochant au pianiste d’en avoir trop fait, dénaturant son œuvre originale. Cette querelle mettra fin à leur collaboration.

Wittengenstein créera ce Concerto en 1932 et il faudra attendre la fin de son exclusivité d’interprétation , cinq ans plus tard, pour que l’œuvre soit jouée en France. C’est Jacques Février qui sera au piano . Ravel en fut très satisfait

Maurice RAVEL (debout) et Jacques FÉVRIER (au piano)

C’est vraiment un très beau Concerto, virtuose, méditatif, oppressant, solennel, intense, et qui, malgré tout, reste enveloppé d’un esprit plutôt optimiste avec un final étrangement serein. Il s’impose vraiment même avec une seule main.