Histoire d’un ballet : La Dame aux camélias de John NEUMEIER …

 » La Dame aux Camélias  » est certainement devenue mon oeuvre la plus célèbre. Elle représente beaucoup de choses. Pour moi les ballets qui sont importants on ne peut les lire comme une sorte de soap-opéra. Je crois que l’idée dans cette histoire c’est l’idée du sacrifice de l’amour. Un amour tellement fort qu’il aboutit à la mort en quelque sorte pour la Dame.  » John NEUMEIER

(Vidéo : Agnès LETESTU – Beatrice MARTEL – Laurent NOVIS – Michaël DENARD – Dorothée GILBERT – Eve GRINSZTAJN – Simon VALASTRO – José MARTINEZ – Delphine MOUSSIN – et le Corps de Ballet de l’Opéra de Paris – Version NEUMEIER )

L’histoire de La Dame aux camélias a inspiré le théâtre, l’opéra, le cinéma, mais elle a touché également le monde de la danse. 

John Neumeier est un merveilleux chorégraphe. Il a une formation de danseur classique dont il resté très proche malgré son côté contemporain. Il a été soliste dans le Ballet de Stuttgart dirigé à l’époque par son ami John Cranko. C’est avec lui qu’il signera ses premières chorégraphies.

John NEUMEIER

Après avoir dirigé le Ballet de Francfort, où il va grandement rénover le répertoire, il prendra en 1973 ce qui restera la grande aventure de sa vie à savoir la direction du Ballet de Hambourg, lequel, grâce à lui, va devenir l’une des plus importantes compagnies d’Allemagne.

Les oeuvres de Neumeier sont un peu à l’image de ses passions : littéraires, musicales, philosophiques, poétiques, s’exprimant dans un travail plutôt complexe mais très subtil, avec de la finesse, de la grâce  et empreint d’affinités classiques.

En 1976 John Cranko décède. Celle qui fut sa muse, l’étoile Marcia Haydée devient directrice de la compagnie. Elle fait appel à Neumeier pour la création d’un ballet dont elle tiendrait le premier rôle.

Il lui propose un sujet qu’il apprécie : La Dame aux camélias d’après Alexandre Dumas. Elle accepte. C’est donc elle qui sera la première Marguerite de Neumeier en 1978 au Théâtre Wüttenberg de Stuttgart avec, à ses côtés, dans le rôle d’Armand : Yvan Liska.

Vidéo : Marcia HAYDÉE  et Yvan LISKA – LA DAME AUX CAMÉLIAS de John NEUMEIER )

Ledit ballet sera repris en 1981 par le Ballet de Hambourg mais également par d’autres compagnies dans le monde, dont l’Opéra de Paris qui l’a porté à son répertoire en 2006.

Pour la musique Neumeier a choisi un compositeur qu’il affectionne tout particulièrement : Frédéric Chopin – Il y a différents morceaux dans le ballet : le Largo de la Sonate OP 58, le 2e mouvement du Concerto N.1 , la Valse N.1, la Valse N.3, divers passages du Concerto N.2, de l’Impromptu Fantaisie ou de la Ballade Op. 23, Préludes N.2- 17 – 15 – 24 , et enfin l’Andante de la Grande Polonaise. Les arrangements musicaux ont été effectués avec le chef Gherard Markson.

Si Chopin n’a jamais souhaité écrire pour la danse, ni même un jour penser que ses musiques puissent être utilisées pour le ballet, elles le furent pourtant par certains chorégraphes . On peut dire que dans bien des cas elle accompagne à merveille la danse. Autour de cette histoire d’amour romanesque présentée ce jour, elle apporte à l’ensemble intensité, émotion, pureté, et poésie.

Dans sa chorégraphie John Neumeier évoque l’amour dramatique de Marguerite, mais il parle aussi des désirs d’une société qui avait, à l’époque, assez d’habileté pour sacrifier la passion sur l’autel de la respectabilité. Pour ce faire, il a confronté deux héroïnes qui pour lui se ressemblaient dans leur force, leur liberté, leur imprévisibilité et parfois même dans leur cruauté : Manon Lescaut et Marie Duplessis ( La Dame aux Camélias ).

Un choix d’autant plus important lorsque l’on sait que Manon Lescaut était le livre de chevet de Marie et que cet ouvrage fut racheté par Alexandre Dumas lors de la vente aux enchères de la célèbre courtisane….. Tout se tient et se rejoint !

Une version dans laquelle il spiritualise et sublime sa Dame aux Camélias. Il fait des allers-retours entre rêve et réalité en se basent sur les deux histoires  avec un mélange de force, de grâce, et de sensibilité . C’est tout simplement un pur ravissement, d’une grande esthétique, en portés difficiles et redoutables d’autant que les robes sont longues, les mouvements rigoureux, rapides mais sans répétition inutile, les Pas de Deux expressifs et chargés émotionnellement.

(Vidéo : Agnès LETESTU – Beatrice MARTEL – Laurent NOVIS – Michaël DENARD – Dorothée GILBERT – Eve GRINSZTAJN – Simon VALASTRO – José MARTINEZ – Delphine MOUSSIN – et le Corps de Ballet de l’Opéra de Paris – Version NEUMEIER )