Les bulles de savon … Jean-Siméon CHARDIN

 » Chardin peignit ce jeune homme alors que Marguerite, son épouse, était souffrante. Mère de deux jeunes enfants, elle n’avait que trente-neuf ans lorsqu’elle mourut, l’année suivant ce tableau. Même sans connaître les circonstances personnelles du peintre, le spectateur contemporain aurait reconnu ses allusions au caractère transitoire de la vie symbolisée par la bulle. Chardin réalisera au moins trois, probablement, quatre versions de ce moment.

Véritable sujet du tableau, la bulle est assez bas dans la composition. Presque transparente, elle est ronde, légère, exposant son volume dans l’appui de fenêtre en pierre qui donne du poids à l’ensemble de la scène, tandis que le souffleur s’appuie de sa main gauche pour garder son équilibre. Le contraste entre la fugacité de la bulle et la chair de sa main est délibéré. La bulle a atteint des proportions énormes.

La bulle éphémère est un symbole de la vanité de la vie et des préoccupations terrestres. Il suffit de quelques secondes pour qu’elle éclate. Le garçon se penche à la fenêtre, concentré sur sa tâche. Ses cheveux sont coiffés à la mode, avec des boucles et un catogan noué par un ruban, mais sa veste est déchirée. Les rehauts et les ombres créent l’illusion que son visage sort du plan du tableau. A côté, les yeux écarquillés d’émerveillement, un petit garçon observe la bulle avec une attention ravie. C’est peut-être le frère du souffleur de bulle. Son petit nez affleure à peine le rebord et il est peint avec des contours moins nets, ce qui indique qu’il se trouve à l’intérieur, plus sombre. La plume de son chapeau équilibre les feuilles de lierre de l’autre côté du tableau.

Génie des natures mortes, Chardin commença par peindre des objets inanimés, des légumes, des fruits, du gibier, des articles de cuisine. Ici sa représentation de l’eau savonneuse dans le verre, avec une paille, renvoie des reflets jusque sur le bord du verre et tranche sur les tons brun-chaud de la toile. Ce style influença le travail d’artistes comme Cézanne. Chardin fut célébré par ses contemporains pour son souci du détail, qu’il construisit en superposant les glacis lumineux. Ici la lumière provient de la gauche et projette des ombres sur la droite. Des tâches vives de lumière tombent sur le verre et sur la tête,  le col et les poignets de la chemise du garçon. Les surfaces sont animées de minuscules touches, presque imperceptibles, de rouge ou de bleu vif, mais dans l’ensemble le tableau décline  une harmonie restreinte, mais subtile, de trois couleurs : gris, brun, vert. Le fond gris-froid contraste avec le brun-chaud de la veste du garçon.

Contrairement aux peintres du XVIIIe siècle qui utilisaient de la peinture diluée et des touches invisibles, Chardin posait sa peinture en touches épaisses et animées, créant une texture propre qui donnait au tableau une qualité tactile presque sculpturale, visible dans la dureté de la pierre et la texture des vêtements.  » Susie HODGE ( Historienne de l’Art, journaliste anglaise, auteur de nombreux ouvrages sur l’explication de chefs-d’oeuvres picturaux.)

CHARDIN BULLES DE SAVON
 » Les bulles de savon  » 1733/1734 – Jean-Baptiste Siméon CHARDIN ( National Gallery of Art / Washington – Etats Unis

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