Le grenier …

… Il est noir, l’escalier,
l’escalier qui monte au grenier,
au grenier où le plancher craque.
C’est un endroit que l’on aime beaucoup
la nuit s’y attarde ; on y trouve de tout :
vieux livres, souvenirs, chapeaux à claque
et des rats sortant de leur trou.
On a peur ; il fait noir ; le plancher craque
c’est bon d’être là, sous les tuiles,
seul et tranquille,
pour avoir peur et pour penser.
La lucarne est garnie de vitres bien ternes
avec des toiles d’araignées.
On l’ouvre sur la campagne moderne,
quand on ne veut plus vivre avec le passé. » Carlos LARRONDE (Écrivain, poète, critique littéraire)

Prémonition …

Voici ce qu’écrivait, en 2003, Marc MOULIN (Pianiste belge, compositeur, animateur, jazzman, producteur, chroniqueur radio) – Un texte incroyablement étonnant et prémonitoire quand on voit ce qui nous arrive depuis quelques mois :

 » Je nous vois déjà dans 20 ans. Tous enfermés chez nous. Claquemurés (j’adore ce verbe, et ce n’est pas tous les jours qu’on peut le sortir pour lui faire faire un petit tour). Les épidémies se seront multipliées : pneumopathie atypique, peste aviaire, et toutes les nouvelles maladies. Et l’unique manière d’y échapper sera de rester chez soi. Et puis il y aura toujours plus de menaces extérieures: insécurité, vols, attaques, rapts et agressions, puisqu’on aura continué de s’acharner sur les (justes) punitions en négligeant les (vraies) causes. Et le terrorisme, avec les erreurs à répétition des Américains, sera potentiellement à tous les coins de rues.

La vie de nouveaux prisonniers que nous mènerons alors sera non seulement préconisée, mais parfaitement possible, et même en grande partie très agréable. Grâce au télé-travail qui nous permettra de bosser à la maison tout en gardant les enfants (qui eux-mêmes suivront l’école en vidéo-conférence). Grâce à Internet qui nous épargnera bien des déplacements: on n’aura plus besoin ni de poster les lettres, ni d’acheter un journal « physique », ni d’aller faire la file dans les administrations.

Dans les rues, il ne restera plus que des chiens masqués qui font seuls leur petite promenade (pas de problème, sans voitures), et du personnel immigré sous-payé en combinaison étanche, qui s’occupera de l’entretien des sols et des arbres. D’autres s’occuperont de la livraison de notre caddy de commandes à domicile. Alors nous aurons enfin accompli le dessein de Big Brother. Nous serons des citoyens disciplinés, inoffensifs, confinés, désocialisés Nous serons chacun dans notre boîte. Un immense contingent de «je», consommateurs inertes. Finie l’agitation. Finie la rue « 

Marc MOULIN 1942/2008