Le froid & le rhume …

 » D’où provient donc notre croyance selon laquelle le froid provoque les rhumes ? Résulterait-elle d’une observation commune à tous les peuples, quelle que soit la région du monde, qui aurait été établie et confirmée par des siècles d’observation sur la question ? Ce que l’on constate, c’est que, de quelque côté qu’on se tourne, cette croyance est profondément inscrite dans le langage : en anglais rhume se dit cold (froid), en allemand erkältung (refroidissement), en espagnol resfriado (refroidissement), et en italien raffredore (refroidissement). Même chez les peuples d’Extrême-Orient, supposés n’avoir aucune racine linguistique commune avec les langues européennes, on trouve leng en chinois et tsumetaidesu en japonais, qui veulent dire tous deux froid.

Mais cette belle hypothèse ne résiste pas à un examen plus poussé. En effet, une sorte de flou déconcertant existe autour de ce que la sagesse populaire dit du fait de prendre froid. Ici on vous affirme que c’est le fait d’avoir froid tantôt à la tête, tantôt aux pieds, ou à la gorge, ou au ventre, ou à la poitrine, qui va déclencher un rhume. Ailleurs on insiste sur l’humidité, tandis qu’on tient le froid sec pour revigorant. Parfois c’est le vent qu’on incrimine, ou encore sa mystérieuse variante appelée la bise, ou pire encore les redoutables courants d’air.

Ces injonctions et conseils sont si divers, et même contradictoires, qu’ils en deviennent pour le moins suspects. De plus, si l’on se penche sur l’histoire de la médecine, on constate que les croyances populaires se sont forgées d’après des théories médicales parfois vieilles de quelques millénaires et qui ont perduré jusqu’à nous sans que nous n’y prêtions attention.

Premièrement, aucune expérience n’a jamais montré que le froid seul pouvait provoquer un rhume. En revanche, chez tous les sujets présentant les symptômes sur lesquels un test a été pratiqué, on a retrouvé l’un ou l’autre des virus que l’on tient au­­jour­­d’hui pour responsables du rhume.

Deuxièmement: si le froid joue un rôle, c’est seulement comme un facteur favo­­risant, mais dont l’influence est mi­neure et pas établie de manière cer­taine. L’hypothèse que le froid dans le nez ralentit le système immunitaire n’est pas confirmée par des observations scientifiques. Ce mécanisme existe peut-être, mais ses effets sur le rhume sont peut-être contrebalancés par d’autres mécanismes in­connus à l’heure actuelle.

Troisièmement: si une unique expérience doit être examinée avec la plus grande circonspection et au besoin refaite dans d’autres centres avec d’autres investigateurs pour avoir confiance en ses résultats, en revanche on peut se fier à des conclusions qui proviennent d’expériences menées de manière systématique et contrôlées sur des milliers d’individus.

Si, face à ces conclusions réputées fiables, vous trouvez pourtant que dans votre cas, cela n’est pas vrai (par exemple, que vous vous dites: «peut-être que les autres n’attrapent pas de rhume avec le froid, mais moi, si!»), je vous invite alors, de la même manière que j’incite à examiner très attentivement toute expérience scientifique, à examiner, avant toute conclusion hâtive, votre état de santé avec la plus grande circonspection. En effet, qui me dit que vous n’aurez pas confondu un certain nombre de fois une petite irritation passagère de la gorge ou un écoulement nasal momentané avec un vrai rhume? Maël LEMOINE (Écrivain, Maître de conférences, professeur en philosophies médicales / Extrait de son ouvrage Petite philosophie du rhume )

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