Le Menuet …

 » Marquise, vous souvenez-vous
Du menuet que nous dansâmes ?
Il était discret, noble et doux,
Comme l’accord de nos deux âmes.

Aux bocages le chalumeau
A ces notes pures et lentes ;
C’était un air du grand Rameau,
Un vieil air des Indes galantes.

Triomphante, vous surpreniez
Tous les cœurs et tous les hommages,
Dans votre robe à grands paniers,
Dans votre robe à grands ramages.

Vous leviez, de vos doigts gantés
Et selon la cadence douce,
Votre jupe des deux côtés
Prise entre l’index et le pouce.

Plus d’une belle, à Trianon,
Enviait, parmi vos émules,
Le manège exquis et mignon
De vos deux petits pieds à mules ;

Et, distraite par le bonheur
De leur causer cette souffrance,
A la reprise en la mineur,
Vous manquâtes la révérence. » François COPPÉE (Poète et dramaturge français / Extrait de son recueil Le cahier rouge )

Les trois Grâces …

 » Pourquoi y-a-t-il trois Grâces et pourquoi sont-elles soeurs ? Pourquoi se tiennent-elles par la main ? Pourquoi ont-elles le sourire, la jeunesse, la virginité, une rose sans ceinture et transparente ?  Les uns veulent faire croire qu’il y en a une pour adresser le bienfait, une autre pour le recevoir, une troisième pour le rendre ; selon d’autres il y aurait trois sortes de bienfaisance qui consistent respectivement à obliger, à rendre, à recevoir et à  rendre tout à la fois.

Pourquoi les mains sont-elles entrelacées en cette ronde qui revient sur elle même ? Parce que le bienfait forme chaîne et, tout en passant de main en main, ne laisse pas de revenir à son auteur, et, que l’effet d’ensemble est détruit s’il y a quelque part solution de continuité, tandis que la chaîne est fort belle si elle n’est pas interrompue entre temps et si elle perpétue la succession des rôles. Toutefois, l’aînée a une situation privilégiée comme, en bienfaits, celui qui commence.

Elles ont un air joyeux, comme ordinairement celui qui donne ou celui qui reçoit ; elles sont jeunes parce que le souvenir des bienfaits ne doit pas vieillir ; vierges, parce qu’ils sont sans tache, sans mélange, vénérables pour tout le monde. Ils ne sont, à aucun degré, un lien, une gêne ; aussi les robes qu’elles portent n’ont-elles pas de ceinture, et elles sont transparentes parce que les bienfaits ne craignent pas les regards …  » SENÉQUE ( Philosophe, dramaturge, homme d’état romain ) – Extrait de son ouvrage De beneficiis (Des bienfaits)  –  »

Les Trois Grâces – Sculpture de marbre réalisée par Antonio CANOVA, représentant Euphrosine, Aglaé et Thalie – L’ensemble se trouve au musée de l’Ermitage à Saint Pétersbourg
LES TROIS GRACE SANDRO BOTTICELLI détail du Printemps
  Les trois Grâces   ( détail du tableau Primavera-Printemps) – 1478/82 – Sandro BOTTICELLI