Gabrielle CHANEL – Manifeste de la mode …

 » Ce qui frappe chez Chanel, c’est la notion de distinction dans son allure. Pour moi, elle est plus proche du dandy que de la garçonne dans cette idée de construire une identité singulière à travers la manière dont elle se présente, dont elle bouge. Quand elle s’approprie les code des hommes (sans penser d’ailleurs qu’ils leur appartiennent) c’est pour la liberté que ceux-ci lui confèrent et qu’elle veut donner à son propre vestiaire. Elle n’est pas féministe à proprement parler, mais dans sa pratique elle a toujours posé la femme au centre de sa création. C’est un esprit libre dans sa façon de travailler, d’être ambitieuse, ce qui n’est pas très bien perçu encore aujourd’hui. C’est délicat de parler d’elle au sujet de certaines questions, parce qu’elle était capable de tout pour défendre ce qu’elle avait construit seule. D’ailleurs il y a cette idée reçue qui m’agace dans la construction de sa légende où, à chaque étape, elle réussit grâce à l’aide d’un homme y compris quand elle parle de sa couture. Quasiment tous les grands artistes ont eu des mécènes, des personnalités qui les ont aidés financièrement à un moment ou à un autre. Certaines rencontres peuvent provoquer des découvertes artistiques créatives mais ce ne peut être grâce à elles que l’on connait le succès fou de Chanel. » Miren ARZALLUZ (Nouvelle directrice du Musée Galliera de Paris)

Conformément aux décisions prises par le gouvernement français, le Palais Galliera (comme d’autres musées) a fermé ses portes en raison du re-confinement . En principe, elles s’ouvriront à nouveau le Ier décembre 2020 . Fort heureusement l’exposition a commencé le Ier Octobre 2020, ce qui a permis de la voir, d’où mon article ce jour.

Le Palais Galliera, devenu musée-temple de la mode en 1977, est détenteur d’une très importante collection de pièces (200.000 environ). Il vient de ré-ouvrir après avoir été fermé en juillet 2018 pour travaux de rénovation et l’ouverture de nouveaux espaces d’exposition( lesquels porteront le nom de la célèbre créatrice Gabrielle Chanel) mais aussi un atelier pédagogique et une librairie-boutique.

Il a été construit entre 1878 et 1894 par Léon Ginain pour Maria Brignole Sale qui deviendra duchesse de Galliera lors de son mariage. A son décès, le palais sera légué à la ville de Paris. Lorsque l’historien et collectionneur Maurice Lenoir fait don des 2000 pièces de sa superbe collection en 1907, il pose une condition : la création d’un musée de la mode. Ce sera d’abord le musée Carnavalet qui fut choisi, puis le Palais Galliera en 1977. Vingt ans plus tard, le nom changera et deviendra Musée de la mode Galliera.

Musée Galliera

Pour avoir dit un jour  » le luxe ce n’est pas le contraire de la pauvreté, mais celui de la vulgarité  » on la surnomma « la reine du genre pauvre » – Entendez par là qu’elle préférait une mode simple, sobre, pratique tout en étant chic et élégante avec des accessoires (dont elle raffolait) mais sans excentricité, sans excès, car pour elle le côté excessif était néfaste à la mode .

Gabrielle Chanel dite Coco ou bien encore Mademoiselle, créatrice de mode, modiste, grande couturière : environ 55 biographies lui ont été consacrées (aucune ne paraitra de son vivant). Elle est très connue du grand public et pourtant, chose assez étonnante, c’est la première fois que l’on propose une rétrospective la concernant à Paris, nul ne sait réellement pourquoi, peut-être parce que Karl Lagerfeld n’aimait pas trop ce genre de « retour en arrière » .

Aujourd’hui c’est chose faite avec le soutien de la célèbre Maison Chanel. L’expo se déroule en un parcours thématique et chronologique assorti de 167 vêtements et 138 bijoux et accessoires, prêts du Victoria et Albert Museum de Londres, le Young Museum de San Francisco, le Musée de la mode de Santiago du Chili, le MoMu d’Anvers, des collections privées, et bien sur de très nombreuses pièces issues du fonds même du musée Galliera.

Maison CHANEL Rue Cambon

Elle s’intitule : «  Gabrielle CHANEL – Manifeste de la Mode  » jusqu’au 14 mars 2021. On y retrouve son travail, sa carrière, son style, ses codes vestimentaires, l’influence qu’elle a pu avoir sur la mode en général etc…

Ses modèles phares restent la marinière (un vêtement porté à l’origine par les marins pêcheurs dans les années 1910 et qu’elle va sublimer) , le très célèbre tailleur en tweed ou jersey , la jupe plissée, le pratique pyjama que l’on peut porter à la ville comme en soirée, le pantalon souple et ample, les pulls au col ras-de-cou (twin-set) , la fameuse petite robe noire en crêpe de Chine (avec elle même le noir n’a plus semblé triste) , sans oublier aussi son célèbre sublime parfum N°5, les escarpins bicolores, ses bijoux et son beau sac matelassé avec une chaine dorée.

Gabrielle Chanel pantalon large et marinière (Avec son chien Gigot – Jardin de sa villa La Pausa en 1930) –

Gabrielle Chanel a occupé une place très importante dans le milieu de la mode. Audacieuse, elle n’en a eu que faire des canons de la féminité de son époque ou de ce que la mode exigeait à l’aube de la première guerre mondiale (époque charnière dans sa carrière) . Elle a réussi à s’imposer dans le monde de la couture et de la mode, en tant que femme désireuse d’habiller les femmes (elle-même ne portait que ses créations) , à une époque où ce n’était vraiment pas facile de le faire.

Mademoiselle a été provocatrice, orgueilleuse, visionnaire, exigeante, instinctive, redoutable, minutieuse, obsessionnelle, moderne, inventive , dotée d’une forte personnalité, généreuse et sensible diront certains. D’autres affirmeront qu’avec l’âge, elle était devenue égocentrique et impitoyable, notamment dans les mots.

Elle a brisé les codes vestimentaires, apparaissant vêtue de façon masculine, cheveux très courts, ne ressemblant à personne. Son style est à nul autre pareil, intemporel, chic, à la fois simple et élégant. Il a fait d’elle une légende, une griffe iconique . C’est tout cela qui a forgé l’esprit non seulement de la Maison Chanel, mais de la mode et de la haute couture en général.

 » Je me demande pourquoi je me suis lancée dans ce métier ? Pourquoi j’y ai fait figure de révolutionnaire ? Ce ne fut pas pour créer ce qui me plaisait mais bien pour démoder d’abord et avant tout, ce qui me déplaisait. J’ai été l’outil du destin pour une opération de nettoyage nécessaire  » G.C

Audacieuse, elle va innover en donnant aux vêtements féminins la souplesse d’une allure masculine dandy (comme le pantalon et le cardigan ) , en présentant des modèles dans lesquels les femmes puissent se sentir libres, avec plus de confort, moins d’entraves, tout en restant chic. A une mode, jugée par elle, décorative, elle va préférer un style décontracté, impertinent, élégant.

Elle a vraiment changé ce qui se faisait à l’époque, inventé un style, transformé les dames de la haute société en leur donnant un petit côté midinette avec des vêtements confortables et donnant plus d’aisance dans les mouvements. Aux autres femmes élégantes des robes très simples tout en ayant une allure très chic.

 » Un vêtement doit être ajusté quand on est immobile et grand quand on bouge. Il ne faut pas craindre les plis : un pli est toujours beau s’il est utile. Le choix de l’étoffe viendra plus tard. Une toile bien mise au point, c’est plus joli que n’importe quoi. L’art de la couture, c’est de savoir mettre en valeur, monter la taille par devant pour faire paraître la femme plus grande. Abaisser par-derrière pour éviter les derrières bas. Il faut couper la longue plus longue derrière parce qu’elle remonte. Tout ce qui allonge le cou est joli. « G.C.

 » Chanel c’est un style. La mode se démode, le style jamais. » G.C.

Anne St.MARIE portant un tailleur souple – Gabrielle CHANEL ( Photo du magazine VOGUE en 1955, réalisée par le photographe Henry CLARKE )
Ensemble robe et veste printemps-été 1926 – Gabrielle CHANEL
Robe de jour en crêpe de Chine ivoire avec un imprimé rouille – 1926-1928 – Gabrielle CHANEL
Robe du soir tulle de soie noire brodée de paillettes et de perles – 1920/1923 – Gabrielle CHANEL

 » Si une femme est mal habillée, on remarque sa robe, mais si elle est impeccablement vêtue, c’est elle que l’on remarque. » G.C.

Gabrielle Chanel a beaucoup aimé le milieu artistique. Elle a été l’amie, la muse, la mécène de certains artistes avant-gardistes de l’époque. C’est là qu’elle a rencontré Cocteau, Picasso, Reverdy, Diaghilev, Stravinsky, Misia Sert, Henri Toulouse-Lautrec, Marcel Proust, et tant d’autres …. Elle en a financé et hébergé certains , partagera une amitié ou vivra une histoire d’amour avec d’autres.

On a émis beaucoup d’hypothèses pour expliquer les deux C représentant la marque Chanel : certains ont affirmé que son arrière grand-père les gravait déjà dans le bois de la table … d’autres ont dit que ce pouvait être en référence des armoiries des reines Claude de France (château de Blois) et Catherine de Médicis ( candidior candidis devise de la reine ) – A moins que ce ne soit une inspiration de ceux que l’on retrouve dans les vitraux de l’abbaye d’Aubazine en Corrèze où elle fut confiée enfant.

Cependant les deux explications que l’on retient le plus, sont les suivantes : soit C de Chanel et Capel (Boy ayant été son grand amour et celui qui l’a aidé financièrement au départ) – Ou bien les deux C entrelacés qu’elle avait admiré sur les vitraux du château de Crémat appartenant à amie la riche Irène Bretz et à qui elle aurait demandé l’autorisation de les utiliser.. Compte tenu du fait qu’aucune raison n’a été véritablement confirmée , le mystère reste entier.

Lorsque dans les années 50 la France ne lui accorde plus qu’un accueil assez mitigé, elle triomphe aux Etats Unis. En 1957, elle recevra un Oscar de la mode à Dallas( Le Neiman Marcus Award for distinguished service in the field of fashion ) . Les personnalités artistiques et politiques les plus en vue dans ce pays, ne cesseront de vanter ses modèles et son parfum N°5.

Elle est née en 1883 à l’hospice de Saumur, seconde dans une fratrie qui comptera six enfants : Julia, Gabrielle, Alphonse, Antoinette, Lucien et Augustin(mort très jeune). Sa maman, Jeanne Devolle, était la femme d’un camelot vendant sur les marchés : Albert Chanel. De ce dernier, Gabrielle ne parlait pas beaucoup, mais elle l’a beaucoup aimé, même si, devenue adulte, elle s’en inventait un autre qui aurait été un homme d’affaires aux Etats Unis.

Elle n’a, d’ailleurs, jamais cessé d’entretenir une forme de mystère autour de ses racines et pour ce faire, lorsque cela lui semblait nécessaire, elle n’a rien trouvé de mieux que de mentir ou affabuler. La seule chose sur laquelle elle n’a jamais menti : son âge.

Il faut dire que ce monsieur n’a pas été très correct puisque ne sachant que trop quoi faire de tous ses enfants à la mort de son épouse, il décide d’abandonner sans regret sa famille : les fils ont été placés dans des fermes, et les filles (dont Gabrielle) se sont retrouvées à l’orphelinat à Aubezine en Corrèze, près de Tulle. Elle y restera neuf ans. Il promettra de revenir, et il ne reviendra jamais …. Pourtant, malgré cette déchirure, elle n’abandonnera jamais son nom de famille : Chanel qui fera de sa Maison le symbole de l’élégance française.

De cette enfance très difficile, pauvre, sans affection , elle en fera une force et sera toujours à la recherche d’un profond désir de tendresse.

« J ‘ai enventé ma vie en spposant que tout ce que je n’aimais pas avait un contraire que fatalement j’aimerais. Mon ambition s’y porta. J’ai compris très vite que mon enfance était établie à l’envers de cette sorte de bonnes choses où l’âme se complait : la douceur, l’allégresse, l’art, le luxe, et l’amour se trouvaient assurément du côté où je n’étais pas. La sévérité me révèlera l’indulgence. Une gifle me fera pressentir les caresses. L’ennui me parla du plaisir, la bétise m’ouvrira l’esprit, la surveillance soupçonneuse qui présidait à mon éducation encouragea mes goûts pour l’indépendance et développa en moi ce besoin d’amour dont personne, dans mon entourage, ne prenait en compte. » G.C.

C’est auprès des nonnes de Notre Dame des Moulins qu’elle apprend, à 18 ans, le métier de couseuse. Elle sort, fréquente les cafés-chantants, interprétant , avec succès, une chanson célèbre de l’époque Qui qu’a vu Coco dans l’Trocadero. Le public pour obtenir un bis l’appelle en répétant sans cesse Coco Coco. Son surnom légendaire est né !

En poste à Vichy dans un établissement thermal elle rencontre un jeune héritier issu d’une famille assez riche Etienne Balsan . Elle va devenir sa maîtresse, fréquentera le milieu mondain. Elle voulait continuer à pousser la chansonnette, mais il la dissuadera de continuer dans cette voie. Il lui apprend à monter à cheval et fera d’elle une excellente cavalière.

Gabrielle et Étienne

Quelques temps plus tard, à Pau, elle rencontre l’amour de sa vie, un séduisant sportif, champion de polo anglais qui a fait fortune dans le charbon : Arthur Capel surnommé Boy. Auprès de cet intellectuel, elle découvre le goût des livres. Contrairement à Etienne, il prend le temps de l’écouter, et entend l’envie forte qu’elle a de se lancer dans le travail, ouvrir une boutique etc…

Arthur CAPEL dit BOY

«  Etienne ne m’aimait plus, mais comme tout bon français, comme tout homme en général, il s’est remis à m’aimer quand il a constaté que j’en aimais un autre …  » G.C.

Ces deux hommes vont l’aider dans son début de carrière : lorsqu’elle débute comme modiste à Paris en 1909, Étienne lui laissera sa garçonnière sis au rez-de-chaussée du boulevard Malesherbes- Boy Capel lui apportera une aide financière pour l’ouverture de sa boutique rue Cambon. Il sait qu’elle ne veut pas être une femme entretenue mais gagner sa vie tout en restant indépendante. Il lui propose de lui avancer les fonds pour qu’elle y parvienne. Indépendante, elle accepte : elle le remboursera intégralement.

Salon de la Maison CHANEL en 1936

Tout commencera donc par les chapeaux : canotiers de paille, des chapeaux-cloches, capeline etc. tout simples qu’elle décore avec élégance et beaucoup de gout. Pour se donner un style personnel, elle coupe ses cheveux à la garçonne.

Chapeau de paille tressée et ruban de soie – 1913/1915 – Gabrielle CHANEL (Musée des Arts Décoratifs à Paris)

Quatre ans plus tard, elle décide de se lancer dans la mode avec un désir profond de libérer les femmes qui, à la Belle Époque étaient bien trop corsetées et étriquées (« J’ai rendu au corps des femmes sa liberté« ). Ce qu’elle propose en matière de mode est fort apprécié par la haute société : un côté pratique, simple, élégant, avec un côté sportif, dynamique.

Les clientes aisées qui viennent en grand nombre sont soit des relations à Etienne, soit celles de Boy. Devant ce succès, elle décide d’ouvrir d’autres succursales : Deauville, Biarritz.

Elle va élargir les formes, écourter les jupes, et lorsque viendra la pénurie de tissus en 1916, elle utilisera le jersey pour plus de légèreté. Pour ce faire, elle rachète à la Maison Rodier un grand nombre de coupons de jersey dont on se servait pour faire des dessous masculins, et lance sa marinière.

 » Les femmes en voudront moins que les hommes ! Croyez-moi c’est un tissu qui poche, qui godaille, qui grigne. Vous n’en ferez rien, rien de rien  » Rodier à Gabrielle pour le jersey

«  Avec le jersey j’ai libéré le corps et inventé une silhouette  » G.C.

 » Pour nous c’était un tour de force car à l’époque les jersey étaient mal tissés. Les diagonales s’en allaient un peu dans tous les sens et il fallait recommencer plusieurs fois le travail. D’autant que Mademoiselle exigeait la perfection. Lorsqu’un essayage n’allait pas bien, elle piquait des colères épouvantables. Mais ce qu’elle faisait était exceptionnel, d’un chic et d’une simplicité tellement inégalables, tellement différent de ce que proposaient Poiret ou Madeleine Vionnet. Elle avait de l’audace et un culot monstre. Son goût était inné et elle choisissait tout : les dentelles, les ornements, les coloris. De tous les pastels que les teinturiers de Lyon ou d’Écosse ont pu faire pour la soie ou pour la laine, elle a toujours su retenir les meilleurs. » Mme DERAY, couturière de Mademoiselle Chanel

En 1919, Boy se tue au volant de sa voiture. Gabrielle est anéantie, inconsolable. Elle connaîtra d’autres amours, mais ne se remettra jamais d’avoir perdu celui-là. Elle apprendra qu’il l’avait couchée sur son testament et recevra une somme de 40.000 livres.

Pour tenter d’oublier, elle part à Venise avec des amis, dont Misia Sert, une pianiste , muse de nombreux artistes , rencontre Serge Diaghilev qui peine à trouver de l’argent pour monter un nouveau ballet. Il l’attendrit : tout comme elle, il a perdu l’amour de Nijinski …. De retour à Paris, elle lui prête l’argent en lui demandant de ne jamais dévoiler que c’est elle qui finance Le Sacre du printemps (chorégraphie Léonide Massine). Elle continuera à créer des costumes notamment pour des pièces de théâtre (Antigone – Le train bleu)

Costumes Gabrielle CHANEL pour Le train bleu de Jean COCTEAU

1921 : c’est la sortie de son parfum le N°5. Un an auparavant, elle rencontre, grâce à son amant le grand duc Dimitri Pavlovitch, un nez très connu dans toute l’Europe le chimiste : Ernest Beaux. Elle lui demande  » un parfum artificiel comme une robe, c’est-à-dire fabriqué, un parfum de femme à odeur de femme « . Différentes notes de senteurs vont entrer dans sa composition : aldéhydes, bergamote, citron, néroli en notes de tête – rose, jasmin, ylang-ylang en notes de cœur – iris, vanille, vétiver en notes de fond.

Flacon N°5 en 1921 avec un cordonnet de coton noir et cachet de cire (Fait partie des collections du Patrimoine Chanel) – Le flacon a été imaginé par le grand duc Dimitri Pavlovich Domanov. Il est similaire aux flasques à vodka de la garde impériale russe

Beaux lui présentera un grand nombre d’échantillons, elle choisira le N°5. – Il sortira le 5 mai 1921. Coco sera la première ambassadrice de son parfum dans une publicité qui paraîtra dans le magazine Harper’s Bazaar. Après elle, un grand nombre de publicités représentant l’intemporel N°5, verra le jour, au fil des années, avec de nombreuses personnalités du monde artistique : Ali McGraw, Catherine Deneuve, Carole Bouquet, Nicole Kidman, Audrey Tautou, Gisèle Brunchen, Lily Rose Depp, et bien sur l’inoubliable Marilyn Monroe !

AGabrielle posant pour son N°5 (publicité)

En 1952, à un journaliste de Life Magazine qui lui demandait ce qu’elle portait pour dormir, Marilyn répondra « quelques gouttes du N°5 de Chanel ». Huit ans plus tard, elle récidivera avec le journaliste français Georges Belmont qui revenait sur sa célèbre phrase. Elle dira :« Vous savez, on me pose de ces questions ! On me demande : « Qu’est-ce que vous mettez pour dormir ? Un haut de pyjama ? Le bas ? Une chemise de nuit ? » Je réponds : « Chanel n°5 », parce que c’est la vérité. Vous comprenez, je ne vais pas dire nue ! Mais c’est la vérité ! »

Marilyn immortalise le N°5 avec une photo de Ed FEINGERSH en 1955

Produit artisanalement au départ, et vu la demande, il a fallu passer à l’industriel pour atteindre un public plus large . Pour ce faire, la Société des parfums Chanel est créée en 1924. Elle prend pour associés les frères Wertheimer (Pierre et Paul, ayant fait fortune avec la marque Bourgeois), et Pierre Bader (propriétaire des Galeries Lafayette à l’époque) Les deux frères vont se partager 70 % des Parfums Chanel , Bader 20 % , alors que Coco n’en aura que 10 %.

Pensant avoir été spoliée, trahie, elle va essayer de discuter, à nouveau les termes du contrat. Sans succès. Elle prend un avocat, intente un procès. Rien n’y fait. Elle va tout faire pour changer la donne . On dit même qu’elle a tenté l’impossible en dénonçant ses associés ( juifs ) aux autorités allemandes. Les frères Wertheimer trouveront refuge aux Etats Unis et ne reviendront qu’après la guerre .

Paul décèdera en 1948. Pierre rachètera sa part à sa veuve. En 1954, il demande à Gabrielle de ré-ouvrir sa Maison de couture ( fermée à l’aube de la seconde guerre mondiale). Malheureusement les collections n’obtiennent pas le succès escompté. Il lui rachètera sa Maison.

1926, elle va révolutionner avec sa petite robe noire, sans col, manches longues, en crêpe de Chine. Le noir représentait alors la guerre, le deuil, la tristesse. Elle va en faire un incontournable intemporel de la garde-robe. Certains crient au scandale. De son côté, le magazine Vogue la baptise la Ford de Chanel, référence à la voiture qui faisait fureur et se vendait dans le monde entier. La petite robe finira par avoir un énorme succès. Les stars de France et d’Hollywood vont se l’approprier.

La petite robe noire de Gabrielle CHANEL

En 1932, et suite à la crise de 29, l’Union des diamantaires lui demande de créer des bijoux ( platine et diamant pour la majorité, et or pour quelques autres). Elle sort ce qui restera son unique collection de bijoux (bagues, broches, colliers dont certains sont transformables) , pour laquelle elle reprend des thèmes qu’elle affectionne : la plume, le lion, le ruban, les étoiles et le soleil . Les joailliers de la Place Vendôme et les autres couturiers crient au scandale. A la suite de quoi, les bijoux vont être démantelés et les pierres rendues. Sauf quelques pièces seront conservées. On ne les reverra qu’en 1993 lors d’une exposition dans sa boutique.

 » J’ai voulu couvrir les femmes de constellations...  » «  Voyez ces comètes dont la tête brillera sur une épaule et dont la queue scintillante va se glisser derrière les épaules pour retomber en pluie d’étoiles sur la poitrine  » G.C.

Collier  » Comète  » a fait partie des bijoux démantelés en 1932. La Maison Chanel l’a ressorti dans une version platine et diamants.

Accusée d’avoir été un agent durant la seconde guerre mondiale elle sera arrêtée, puis libérée grâce à l’intervention de son ami Winston Churchill. Elle expliquera qu’elle s’était rapprochée de Hans Gunther Von Dincklage , dit Spatz et deviendra sa maîtresse. Une relation dont elle se servira pour sauver son neveu André Palasse qu’elle considérait comme son propre fils. Il avait été fait prisonnier par la Wehrmacht en 1940. Compte tenu du fait qu’il était tuberculeux et supportait difficilement l’internement, elle fera tout pour le faire libérer. Il le sera en 1941. Avant la guerre il travaillait avec elle, après sa libération et en raison de sa santé, il ne pourra plus le faire. C’est elle qui subviendra à tous ses besoins.

En 1939, elle ferme sa Maison de couture, licencie son personnel et elle s’exile en Suisse, près de Lausanne et du lac Léman, durant une bonne dizaine d’années, avec quelques petits voyages à Paris de temps à autre.. Elle revient à 71 ans revient sur le devant de la scène-mode avec l’idée de reconstruire son empire. Elle se retrouve alors face à Christian Dior qui connait un énorme succès avec sa mode New Look en opposition totale avec les idées et le style vestimentaire de Gabrielle

Si les vêtements qu’elle créé à cette époque, connaissent un succès mitigé, on note la sortie en 1955 du sac légendaire matelassé avec une chaine dorée Son nom : le 2.55 en raison du fait qu’il a été créé en février 1955. Depuis cette date, la Maison Chanel n’a cesser de le moderniser, le métamorphoser ( notamment sous Karl Lagerfeld)

Sac 2.55 Chanel – Modèle entre 1955 et 1971

L‘escarpin bicolore (Slingback en raison de sa bride arrière élastique ) voit le jour en 1957 confectionné par le bottier Raymon Massaro. C’est, comme le sac, un basique de chez Chanel. Pourquoi ces deux coloris ? Tout simplement parce que Mademoiselle trouvait que le beige élançait la jambe, la grandissait et le noir permettait de donner une impression de petit pied ! On peut le trouver avec un bout plus pointu et un talon aiguille pour le soir.

Escarpin bicolore CHANEL- MASSARO 1951 env. en chevreau beige et satin de soie noire (Fait partie des collections du Patrimoine CHANEL )

Le tailleur Chanel : il voit le jour dans les années 50. On dit de lui qu’il fut carrément sculpté comme une œuvre d’art par Gabrielle Chanel tant elle y a mis d’exigence et de minutie, le travaillant directement sur ses mannequins. On le trouve en jersey ou en tweed, dans différentes couleurs intenses ou pastels. Les ourlets intérieurs sont dotés d’une petite chaînette pour l’obtention d’une tenue parfaite.

Malheureusement la critique est mitigée. Pierre Wertheimer l’encourage à persévérer, c’est ce qu’elle fera. Les collections font s’enchaîner. Si les français boudent, les américains, en revanche, louent son travail, les magazines du pays affichent ses vêtements. Les femmes américaines veulent incarner l’élégance à la française représentée par Coco.

Le tailleur Chanel a été maintes fois copié par d’autres. Jusqu’au décès de Mademoiselle, il a été créé tel quel. Après, il fut un peu mis de côté, puis repris et métamorphosé notamment par Karl Lagerfeld avec talent.

Tailleurs Gabrielle CHANEL en 1965 et 1971
Gabrielle CHANEL et Suzy PARKER (un de ses mannequins préférés) qui porte un tailleur en tweed à carreaux. Photo Richard AVEDON en 1959
Mannequin DOROTHY portant un tailleur CHANEL – Photo de William KLEIN en 1960 (Une époque où Gabrielle Chanel fera face à l’arrivée de la mini-jupe notamment. Elle n’en a que faire, elle restera fidèle à son style et n’en changera pas)
Romy SCHNEIDER en tailleur CHANEL
Jackie KENNEDY et John / Dallas 1963 – Tailleur Gabrielle CHANEL

Installée définitivement au Ritz dans une chambre qu’elle occupait de temps à autre depuis 1937 (de nos jours la Suite Chanel), elle continuera de travailler comme une acharnée. Elle meurt à 87 ans à l’hôtel. Sa dernière collection sera présentée à titre posthume.

Gabrielle Chanel est enterrée au cimetière de Bois-de-Vaux à Lausanne dans une sépulture dessinée par ses soins et dans laquelle on peut voir des têtes de lions. Le lion fut, non seulement son signe astrologique ( » Je suis lion et comme lui je sors mes griffes pour éviter que l’on me fasse du mal, mais croyez-moi je souffre plus de griffer que d’être griffée« ) mais il a été l’objet de nombreuses pièces de collection qu’elle détenait, tout comme il était représenté sur certains boutons des vestes de ses vêtements .

Tombe de Gabrielle CHANEL