Les années de Pélerinage N°2 : Italie … Franz LISZT

 » Portrait de Franz LISZT  » Henri LEHMANN 1839

 » Le beau, dans ce pays privilégié, m’apparaissait sous ses formes les plus pures, les plus sublimes. L’art se montrer à mes yeux dans toutes ses splendeurs : il se révélait à moi dans toute son universalité et dans toute son unité. » Franz LISZT ( Dans une lettre envoyée depuis l’Italie à Hector BERLIOZ )

Ce deuxième album est le magnifique reflet de son séjour en Italie avec Marie D’Agoult de 1837 à 1839: Bellaggio, Côme, Venise, Gênes, Florence, Parme, Bologne, Milan, Rome. Il a 28 ans. Il représente  son inspiration en suggestions musicales de la littérature et de l’art italien (sculptural et pictural) avec tout ce que cela a entraîné dans son esprit en admirant les œuvres de Raphaël, Léonard de Vinci, Michel-Ange etc…

La composition de ces différentes pièces commencera en 1838. Elles seront remaniées jusqu’à leur publication en 1858. C’est véritablement un voyage en plein cœur du romantisme, et une sublime promenade entre les arts. Sans oublier que dans ce pays naîtront deux de ces autres enfants : Cosima et Daniel. La fin de ce voyage marquera également celle de l’histoire d’amour entre Franz et Marie. Chacun partira de son côté et les déchirements de leur séparation commenceront.

L’Italie c’est sa grande rencontre avec Jean Dominique Ingres qui a remplacé Horace Vernet à la direction de la Villa Médicis. Il a fait venir Liszt pour un récital durant les dimanches musicaux qu’il organisait là-bas. Ingres fera d’ailleurs son portrait.

«  Ce Monsieur Ingres m’est très sympathique. Saviez-vous qu’il est assez talentueux au violon. Nous avons tout naturellement joué ensemble et avons l’intention d’examiner et parler de Mozart, Gluck et Beethoven  » ( Franz Liszt dans une lettre à un ami ) –

Portrait de LISZT par INGRES

Les deux hommes vont énormément s’apporter artistiquement parlant. Ingres va l’initier à son art et lui fera visiter tous les plus beaux musées de Rome. Réciproquement, Liszt va s’épancher sur la musique avec lui car le peintre en est un passionné ! Nul doute que Ingres l’a beaucoup influencé dans les sentiments et les émotions qu’il éprouvera et retranscrira dans cet album.

Les différents morceaux de ce recueil suivantes : Sposalizio – Il penseroso – Canzonetta di Salvatore Rosa – Trois sonnets de Pétrarque – Fantasia quasi Sonata après une lecture de Dante et deux petits suppléments : Venezia et Napoli dans lesquels ont peut trouver Gondoliera, Canzone et Tarentella.

En voici quelques-uns :

SPOSALIZIO ( Les épousailles ) 

Vidéo : Lazar BERMAN au piano

LISZT LE MARIAGE DE LA VIERGE

L’inspiration musicale vient du tableau Le mariage de la Vierge de Raphaël qu’il a admiré à la Galerie Brera de Milan . Une œuvre superbe  peinte en 1504 pour la chapelle Albizzini en l’église San Francesco de Castello.

Liszt va merveilleusement bien le comprendre et lui apporter une approche musicale sensible, quasi mystique.

IL PENSEROSO – Le penseur 

Vidéo : au piano Wilhelm KEMPFF

LISZT MICHEL ANGE

L’inspiration vient de la statue de Michel Ange qui domine le tombeau de Laurent de Médicis en l’église San Lorenzo à Florence.

C’est une pièce qui fut écrite lors de son séjour en Italie mais qu’il reprendra à la mort de son fils Daniel et sera alors incorporée, à nouveau, dans les Trois Odes Funèbres qu’il lui dédiera. Dans les deux cas, Liszt a inséré sur la partition le quatrain qui fut inscrit par MIchel-Ange sur la tombe à savoir :

«  Fait de pierre le sommeil me rend heureux

tandis que j’endure le dommage et la honte.

C’est une grande chance de ne pas voir, de ne pas entendre

mais ne me réveillez pas, je vous en prie : parlez bas !  »

Une musique simple mais très austère, quasiment une marche funèbre dont on pourrait dire qu’elle est harmoniquement wagnérienne.

P.S. : Les deux oeuvres à savoir celle de Michel Ange et celle de Raphaël ont été dessinées sur la partition de Liszt pour bien faire comprendre que son inspiration lui fut dictée par elles.

LES SONNETS DE PÉTRARQUE 

Vidéo : Claudio ARRAU au piano – Sonnet 104

Francesco PETRARCA dit PETRARQUE – 1450 – Andrea DEL CASTAGNO

Francesco Petrarca dit Pétrarque , cet humaniste érudit, poète florentin a fortement inspiré le compositeur notamment sa muse littéraire ( Laure ). C’est le Liszt qui s’abandonne de façon généreuse et spontanée. On peut dire que ces pièces sont à classer dans ses plus belles pages musicales. Il leur a donné les numéros 47.104. et 123 mais on peut également les trouver sous les numéros 61.134 et 156.

Le 104 est celui qui est le plus connu des trois et qui a été le plus interprété. C’est un peu une élégie , le cœur pris dans les filets de l’amour. Rien ne lui permet de croire que quelque chose va le libérer, il n’a pas d’espoir ni de consolation.

Dès les premières mesures, Liszt a donné toute l’atmosphère de cette pièce à son ensemble, c’est généreux, émotionnel, empreint de sensibilité et fluidité.

«  Sans trouver nulle paix et sans bataille à faire,

je redoute et j’espère, je brûle et suis de gel,

gisant, rien à étreindre, et j’embrasse la terre .…  »

LA FANTASIA QUASI SONATA d’après une lecture de Dante

«  Portrait de Dante ALGHIERI  » – 1495 – Sandro BOTTICELLI

Différentes inspirations : bien sur la lecture du poème épique La divine comédie de Dante Alghieri , la citation de Byron : » je ne vois pas en moi-même, mais je devine ce qui m’entoure. » , et le poème de Victor Hugo Après une lecture de Dante provenant de son recueil Les voix intérieures publié en 1837 ( Liszt reprendra ce titre) – Sans oublier une touche d’influence de Beethoven au travers de ses Sonates 13 et 14.

Liszt a lu l’ouvrage de Dante au bord du lac de Lugano en 1838. La pièce qui en ressortira au départ , sera un petit morceau intitulé Fragment Dantesque qu’il créera à Vienne en 1839. Le manuscrit sera perdu. Liszt reprendra et  modifiera complètement sa pièce  à Weimar en 1849.Elle prendra alors le nom de Fantasia Quasi Sonata – Après une lecture de Dante, titre emprunté à Hugo après la révision finale.

C’est elle qui clôture l’album N°2 Italie. Elle est très élaborée, puissante, épique, passionnée, amplement développée, magnifique, la plus longue. Elle est construite en un seule mouvement. De Dante elle reprend le côté diabolique, colérique et douloureux avec comme une vision de l’enfer, des flammes, des lamentations puis l’apaisement qui vient du ciel et qui la fait terminer en beauté.

Il y aura comme une  » suite  » qui viendra bien plus tard, en 1845. Liszt songeait alors à un opéra tiré de la Divine Comédie mais cela n’aboutira pas et prendra la forme de la célèbre Dante Symphonie .

Cette Fantasia Quasi Sonata ne sera pas très bien comprise et très peu jouée durant des siècles. Puis un jour elle renaîtra grâce à un élève de Liszt qui la rejouera en 1887 à Londres : Walter Blache.

Vidéo : au piano Alfred BRENDEL

Les mots …

 » Les mots, j’ai appris à les aimer tous. Les simples et les compliqués que je lisais dans le journal du maître, ceux que je ne comprends pas toujours et que j’aime quand même, juste parce qu’ils sonnent bien. La musique qui en sort souvent est capable de m’emmener ailleurs, de me faire voyager en faisant taire ce qu’ils ont dans le ventre, pour faire place à quelque chose de supérieur qui est du rêve.

Je les appelle des mots magiciens : utopie, radieux, jovial, maladrerie, miscellanée, mitre, méridien, pyracantha, mausolée, billevesée, iota, ire, paragon, godelureau, mauresque, jurisprudence, confiteor et tellement d’autres que j’ai retenu sans effort, pourtant sans en connaître le sens. Ils me semblent plus faciles à porter que ce qu’ils disent. Ils sont de la nourriture pour ce qui s’envolera de mon corps quand je serai mort, ma musique à moi. C’est peut-être ce que l’on appelle une âme.  » Franck BOUYSSE (Écrivain français)

Franck BOUYSSE

Le brouillard de l’automne …

 » Le brouillard indolent de l’automne est épars.
Il flotte entre les tours comme l’encens qui rêve
Et s’attarde après la grand-messe dans les nefs ;
Et il dort comme un linge sur les remparts.

Il se déplie et se replie. Et c’est une aile
Aux mouvements imperceptibles et sans fin ;
Tout s’estompe ; tout prend un air un peu divin ;
Et, sous ces frôlements pâles, tout se nivelle.

Tout est gris, tout revêt la couleur de la brume :
Le ciel, les vieux pignons, les eaux, les peupliers,
Que la brume aisément a réconciliés
Comme tout ce qui est déjà presque posthume.

Brouillard vainqueur qui, sur le fond pâle de l’air,
A même délayé les tours accoutumées
Dont l’élancement gris s’efface et n’a plus l’air
Qu’un songe de géométrie et de fumées.  » Georges RODENBACH (Poète symboliste et romancier belge – Extrait de son recueil Le miroir du ciel natal)

Le sommeil …

 » N’importe qui se sauve par le sommeil, n’importe qui a du génie en dormant : point de différence entre les rêves d’un boucher et ceux d’un poète. Mais notre clairvoyance ne saurait tolérer qu’une telle merveille dure, ni que l’inspiration soit mise à la portée de tous : le jour nous retire les dons que la nuit nous dispense. » Emil Michel CIORAN (Écrivain, philosophe et poète roumain – Extrait de son livre La tentation d’exister)

Tableau de Ellen MONTALBA

Histoire d’un ballet : La fille du pharaon …

» Je me suis rendu au musée égyptien de Berlin où se trouvaient les tombeaux des pharaons sur lesquels étaient peints des tableaux égyptiens. Toutes ces peintures égyptiennes représentaient la figure de profil car, à cette époque, les artistes ne savaient pas la dessiner autrement. J’ai étudié très attentivement toutes ces peintures, mais naturellement, j’ai supposé que les positions de profil résultaient d’un art insuffisamment développé des peintres, et, n’obligeaient pas les danseurs de la Fille du Pharaon à danser uniquement de profil  » Marius PETIPA (Danseur, maître de ballet et chorégraphe français)

Marius PETIPA (1818/1910)
Vidéo : La fille du Pharaon au Bolchoï

En 1861, Marius Petipa était l’assistant de Jules Perrot (chorégraphe et maître de ballet des théâtres impériaux à Saint Pétersbourg) et Arthur Saint-Léon ( danseur, violoniste, compositeur, mais aussi chorégraphe et maître de ballet ). Leur présence, très imposante, le limitait dans ses possibilités de pouvoir véritablement exister en tant que chorégraphe.

L’occasion va toutefois se présenter avec la Fille du pharaon, un ballet qui, par sa grande beauté, va lui valoir une très belle reconnaissance et le titre de  » second assistant Maître de ballet « .

Fin 1861, le directeur des théâtres impériaux souhaita que soit réalisé une très grande production pour les adieux à la scène de Carolina Rosati, une danseuse italienne qui, après avoir brillé à la Scala de Milan, devint une étoile en Russie. Il restait environ 40 jours avant la fin de sa carrière, donc fort peu de temps pour concevoir un ballet dans un délai aussi court. Saint- Léon et Perrot étaient très occupés et ils demandèrent à Petipa (leur assistant) de bien vouloir relever le défi.

Ce dernier accepta. Le livret fut confié à Jules Henri Vernoy De Saint-Georges. Pour le sujet, il pensa au Roman de la momie de Théophile Gautier qui était paru sous forme d’une petite série à épisodes dans le journal Le Moniteur Universel en 1857, puis relié en 1858.

Jules Henri VERNOY DE SAINT-GEORGES (1799/1875)

Ce roman plongeait le lecteur dans l’Egypte ancienne et dans les fouilles archéologiques. L’histoire était celle d’une momie qui fut autrefois une jeune fille prénommée Tahoser ( momie parfaitement conservée par le docteur Rumphiuser, le chercheur grec Agrypopoulos et l’aristocrate anglais Lord Evandale) . Tahoser s’était amourachée d’un hébreu avec qui elle souhaitait ardemment vivre et partager sa vie d’esclave. C’était un roman très populaire, mystérieux, avec une merveilleuse histoire d’amour, mais également évocateur des mythes concernant la civilisation égyptienne qui, à cette époque, commençait à être découverte et déchiffrée.

Ces histoires venues de ce lointain pays, au temps des pharaons, ces voyages que certains faisaient puis racontaient à leur retour, toute cette diffusion extraordinaire, influencera considérablement la littérature, mais aussi la peinture, la musique, le théâtre et la danse bien entendu.

En prenant en considération toutes ces informations et en se basant sur le roman de Gautier, Petipa construira donc l’argument de son ballet. C’est en janvier 1862, sous les yeux d’un public complètement époustouflé et émerveillé, qu’il le présentera en trois actes et neuf tableaux. On y retrouve tout ce qui a fait la marque de fabrique de cet incroyable chorégraphe et son style.

C’est un ballet vraiment magnifique, brillant, qui ne manque pas de piquant, passion, sentiments, lyrisme, musicalité, grâce, exotisme, humour aussi, avec des beaux ensembles, des superbes pas de deux, de nombreuses variations etc … Un réel dépaysement qui a permis, dans le pays des tsars, de s’adonner à l’évasion par le rêve.

Vidéo : Anna TIKHOMINOVA / Acte III La fille du pharaon

Tout ce qu’il fut permis de rendre la chose possible, se retrouva sur la scène : des cortèges de danseuses, des décors somptueux, des costumes qui le furent tout autant, de véritables animaux. En raison de sa durée : 4 heures ! on lui donnera le nom de Grand Ballet.

La musique fut signée par Cesare Pugni, compositeur italien. L’entente avec Petipa fut assez explosive semble t-il : Petipa était quelqu’un d’extrêmement pointilleux avec sa danse pure et sa dramaturgie. Il tenait à ce que la musique épouse chaque pas de sa chorégraphie et ce de façon très précise. Pugni était à bout, s’énervait à un point tel qu’il en venait, paraît il,  à déchirer ses partitions alors que les scènes dansées étaient déjà terminées.

Cesare PUGNI (1802/1870)

Pugni ne fut certes pas un Tchaïkovsky, ni même un Minkus, mais il avait du talent malgré tout . Sa musique pour ce ballet est très belle, agréable, pleine d’une certaine fraîcheur et légèreté. Elle n’est pas, cependant, facile à interpréter et il a fallu, bien des siècles plus tard, la ré-orchestrer, notamment par Alexander Sotnikov lors de la version revue et corrigée par Pierre Lacotte pour le Bolchoi.

Petipa remontera la Fille du Pharaon en 1864, 1885 et 1888- Alexandre Gorsky en donnera une version très proche de lui en 1905 avec Anna Pavlova dans le rôle principal.  

Pierre Lacotte, danseur et chorégraphe français, deviendra un grand spécialiste pour la reconstitution des ballets romantiques oubliés ou perdus. Il décide, un jour,  de se pencher sur La fille du pharaon, propose le projet à Noureev qui finira par y renoncer. Vladimir Vasiliev, qui était devenu le directeur du Bolchoï, décide de le suivre. Malheureusement, il restait peu d’éléments pour le monter si ce n’était la partition musicale et le canevas de la mise en scène. Rien en ce qui concernait la chorégraphie.

Lacotte va alors entreprendre de grandes recherches et enquêtes. Il finira par mettre la main, aux Etats Unis ( précisément à Boston ) sur des documents rédigés par Petipa concernant ce ballet. Vu la difficulté à déchiffrer  son écriture chorégraphique, laquelle ressemblait à une série de hiérogliphes,  il va devoir confier cette tâche à un spécialiste. Malheureusement,bien peu d’éléments seront utilisables à part des mouvements de pieds, de bras et une valse ..

Il lui restait les souvenirs des danseurs ayant interprété ce ballet : d’une part Jean Babilée, qui même âgé, se souvenait encore d’un solo qui en était extrait et que l’un de ses professeurs lui faisait travailler . Par ailleurs, Marina Semionova qui était la seule interprète à être encore en vie (94 ans lors de ses recherches). Elle l’avait dansé à deux reprises, mais à 17 ans, et ne se souvenait de quasiment rien vu son âge avancé.  Elle lui donnera un seul conseil  :   » vous maîtrisez le style romantique, alors lancez-vous ! Faites comme si vous étiez Petipa  » Cela semblait peu mais eut une grande importance – Par ailleurs, il découvrira à Saint Pétersbourg, certaines maquettes des décors et un dossier avec différentes indications qui vont se révéler être de  précieuses informations.

Partant de ces éléments , il se lance dans la reconstitution intégrale de la Fille du pharaon, comme un archéologue pourrait le faire avec des fouilles .

Le ballet sera un véritable succès au Bolchoï de Moscou en 2003 – Son assistante sera Anne Salmon. Les rôles principaux confiés à Svletana Zakharova et Sergei Filin .

( Vidéo Pas de Deux – Svletana ZAKHAROVA et Sergeï FILIN )

Un sourire …

 » Un sourire ne coûte rien et produit beaucoup,
Il enrichit celui qui le reçoit sans appauvrir celui qui le donne,
Il ne dure qu’un instant, mais son souvenir est parfois éternel,
Personne n’est assez riche pour s’en passer,
Personne n’est assez pauvre pour ne pas le mériter,
Il crée le bonheur au foyer, soutient les affaires,
Il est le signe sensible de l’amitié,
Un sourire donne du repos à l’être fatigué,
Donne du courage au plus découragé
Il ne peut ni s’acheter, ni se prêter, ni se voler,
Car c’est une chose qui n’a de valeur qu’à partir du moment où il se donne.
Et si toutefois, vous rencontrez quelqu’un qui ne sait plus sourire,
Soyez généreux donnez-lui le vôtre,
Car nul n’a autant besoin d’un sourire
Que celui qui ne peut en donner aux autres.  » Raoul FOLLEREAU (Écrivain, poète, journaliste français – Extrait de son recueil Le livre d’amour(1920)

Un tableau de Robert HENRI ( Peintre réaliste américain )

Prédictions …

Tableau de Mikhail Ivanovich SKOTTI

 » Je connais quelqu’un qui a montré les lignes de sa main à un mage afin de connaître sa destinée. Il l’a fait par jeu et à ce qu’il m’a dit, et sans y croire. Je l’en aurais pourtant détourné s’il m’avait demandé conseil, car c’est un jeu dangereux. Il est bien aisé de ne pas croire alors que rien n’est encore dit. A ce moment là, il n’y a rien à croire et aucun homme peut-être ne croit. L’incrédulité est facile pour commencer, mais devient aussitôt difficile ; et les mages le savent bien.  » Si vous ne croyez pas disent-il, que craignez-vous ? Ainsi est fait leur piège. Pour moi, je crains de croire, car sais-je ce qu’il dira?

Je suppose que le mage croyait en lui-même, car si le mage veut seulement rire, il annoncera des évènements ordinaires et prévisibles en formules ambiguës :  » vous aurez des ennuis et quelques petits échecs, mais vous réussirez à la fin ; vous avez des ennemis, mais ils vous rendront justice quelque jour et en attendant, la constance de vos amis vous consolera. Vous allez bientôt recevoir une lettre se rapportant à des soucis que vous avez présentement etc… »

Tableau de Michelangelo MEMRISI DA CARAVAGGIO dit LE CARAVAGE

On peut continuer longtemps ainsi et cela ne fait de mal à personne. Mai si le mage est, à ses propres yeux, un vrai mage, alors il est bien capable de vous annoncer de terribles malheurs, et vous, l’esprit fort, vous en rirez. Il n’en est pas moins vrai que ses paroles resteront dans votre mémoire, qu’elles reviendront à l’improviste dans vos rêveries et dans vos rêves en vous troublant juste un peu, jusqu’au jour où les évènements auront l’air de vouloir s’y ajuster.

J’ai connu une jeune fille à qui un mage dit un jour après avoir analysé les lignes de sa main :  » vous vous marierez, vous aurez un enfant, vous le perdrez « . Une telle prédiction est un léger bagage à porter pendant que l’on parcourt les premières étapes. Mais le temps a passé : la jeune fille s’est mariée, elle a eu récemment un enfant et là, la prédiction est déjà plus lourde à porter. Si le petit vient à être malade, les paroles funestes sonneront comme les cloches aux oreilles de la mère … Peut-être s’est elle moquée autrefois du mage.

Tableau de Georges DE LA TOUR

Il arrive toutes sortes d’évènements dans ce monde. De là des rencontres qui ébranleront le plus ferme jugement. Vous rirez d’une prédiction sinistre et invraisemblable ; vous rirez moins si cette prédiction s’accomplit en partie.

Le plus courageux des hommes attendra alors la suite, et nos craintes, comme on sait, ne nous font pas moins souffrir que les catastrophes elles-mêmes. Il peut arriver aussi que deux prophètes, sans se connaître, vous annoncent la même chose. Si cet accord ne vous trouble pas plus que votre intelligence vous le permettra, je vous admire. Pour mon compte, j’aime bien mieux ne pas penser à l’avenir et ne prévoir que devant mes pieds.

Non seulement je n’irai pas montrer au mage le dedans de ma main, mais bien plus, je n’essaierai pas de lire l’avenir dans la nature des choses, car je ne crois pas que notre regard porte bien loin, si savants que nous puissions être. J’ai remarqué que tout ce qui arrive d’important à n’importe qui, était imprévu et imprévisible. Lorsqu’on s’est guéri de la curiosité, il reste sans doute à se guérir aussi de la prudence.  » Émile Auguste CHARTIER dit ALAIN (Philosophe français, journaliste, professeur de philosophie, essayiste – Extrait de son livre Propos sur le bonheur)

Tableau de Nicolas RÉGNIER

Partir …

 » N’avez-vous jamais pensé à tout laisser, délaisser, lâcher ? Vous libérer de toutes ces relations humaines lourdes d’un passé commun, chargées d’histoires remâchées, accommodées, rafistolées ? Couper les liens sociaux trop serrés, abandonner leurs nœuds, fuir un présent pesant ? Partir pour vivre seul, autre part, en inconnu ? Choisir votre rythme, seul maître de votre temps, seule conteuse de vos histoires ? Avouez-le, vous en rêvez aussi, de temps en temps, dans vos moments de lassitude en profondeur de puits, de grande fatigue, de bruits. Juste partir, claquer les portes ou les fermer en douceur. Respirer, revivre, libre et autonome. » Verena HANF (Écrivaine allemande- Extrait de son livre Tango tranquille)

reminds me of the train station in venice in 05. walked out onto the grand  canal at sunset. i nearly wept. | Photo, Street photography, White  photography

Vent d’automne …

 » Le vent souffle plus fort et sans être mauvais
Il arrache aux arbres un peu de leur vie
En inclinant les branches pourries
Vers la terre où triomphe déjà les regrets

L’automne petit frère de l’hiver
Annonce son règne en une triste mélodie
Aux longs et doux refrains de mélancolie
Qui tous riment avec les journées regrettées d’hier…  » Vers extraits d’un poème de Guillaume PREVEL (Poète français)

Illustration de Lara BRIZ