Jeanne et Louis …

 » Il était roi, elle était roturière. Elle aurait pu n’être qu’une simple liaison, la maîtresse d’une saison. Pourtant, vingt années durant, ils vont former un couple uni malgré la haine de la Cour et de la famille royale.

En cette année 1745, le château de Versailles bruisse de mille festivités données en l’honneur du mariage du dauphin de France Louis avec sa cousine Marie-Thérèse d’Espagne. L’excitation est à sn comble. Il y aura un bal masqué dont la Cour est si friande. Une question est sur toutes les lèvres : en quoi le roi sera t-il déguisé ?

La réponse vint : Louis XV sera un des huit arbres, un if taillé comme ceux des jardins de Versailles. Le cœur du roi est à prendre depuis le décès de Madame de Châteauroux. Le bal des Ifs est la première manifestation publique de l’idylle royale entre le roi et Madame d’Étiolles. On pense qu’ils se seraient rencontrés deux ans auparavant lors d’une chasse du roi en forêt.

 » Bal masqué des Ifs » par Nicolas Charles COCHIN

Jeanne Antoinette Poisson, la nouvelle élue, appartient à la bourgeoisie d’affaires. Elle a reçu une éducation soignée. Les relations amoureuses de sa mère lui ont permis d’épouser à 20 ans le neveu d’un riche fermier, Charles le Normant d’Etiolles. Jeanne est convaincue d’avoir un destin depuis qu’une voyante lui avait prédit qu’elle serait aimée d’un roi. Elle a donc bâti sa vie sur ce rêve de petite fille.

Si les dix premières années de son mariage ont satisfait les appétits du jeune Louis XV dans le lit de la reine Marie Leszcynska, les onze enfant qui en sont nés ont refroidi les ardeurs de la Polonaise désormais devenue un pilier de la religion. De ce fait, le jeune Louis enchaine les maitresses.

« Portrait de Marie Leszczynska et le Dauphin  » par Alexis Simon BELLE

L’idylle de Jeanne et Louis a commencé de façon assez discrète. Mais petit à petit, elle ébranle toute la Cour. La dame est ravissante : une silhouette élancée, des cheveux châtain clairs, des yeux d’une couleur indéterminée. Elle est, de plus, aimable, cultivée, douce, aime chanter, danser, jouer la comédie, dessiner. Serait-elle la maîtresse parfaite ? Non : c’est une parvenue, une représentante de ce monde nouveau dont la Cour ne saurait s’habituer. Et c’est cela justement qui a séduit le roi. Elle n’est pas comme ses autres maîtresses. Elle est pour lui une bouffée de fraîcheur dans ce Versailles empesé. Il a onze ans de plus qu’elle et se sent rajeunir à ses côtés.

 » La marquise de Pompadour  » Par François BOUCHER (1759)

Au cours de leurs six premiers mois, elle achète, grâce à Louis XV, le marquisat de Pompadour, s’installe dans le bel appartement de Mme de Châteauroux et elle est présentée à la reine. La Cour, de son côté, guette le moindre faux pas. Il n’y en aura pas. La reine est aimable avec elle. Le roi s’adoucit à son contact. Il apprécie toutes les initiatives de sa favorite, accepte qu’elle organise des soupers, qu’elle y convie des gens d’esprit, qu’elle le distrait en jouant dans des pièces de théâtre.

Cinq années sont passées depuis l’ascension fulgurante de Mme de Pompadour. Au grand dam de la Cour, son couple avec le roi tient toujours. On la surnomme la Bestiole, la Poison, on écrit sur elle toutes sortes de poissonnades (pamphlets grinçants). On lui reproche de détenir des qualités que seule la noblesse prétend détenir et qui se transmettent par le sang. C’est pour eux inacceptable ! La Cour guette donc une disgrâce, mais elle ne vient pas.

Certaines autres dames tentent leur chance auprès de Louis XV. En vain … La Pompadour est malgré tout inquiète car elle n’aime pas trop les plaisirs du lit, ce qui va vite devenir un secret de polichinelle. De plus, elle souffre de troubles gynécologiques qui rendent leurs rapports sexuels très douloureux. Elle sait que renoncer au sexe serait renoncé au roi. Alors que faire ? Elle va prendre les devants en fournissant à son royal amant de quoi satisfaire son fougueux appétit, choisissant pour ce faire des jeunes filles de bonne famille ayant assez d’instruction pour soutenir une conversation. Dès qu’il se lasse ou qu’une des jeunes amantes tombe enceinte, elle est aussitôt dotée, mariée et reçoit de l’argent pour élever l’enfant.

Louis XV savoure ces amours clandestines. Mais pourquoi accepte t-il cela au fil des années ? Tout simplement parce que la Pompadour est devenue sa meilleure amie. Dès 1750, ils n’ont plus de rapport charnel mais elle l’écoute, le distrait, le rassure car il est parfait de nature dépressive. Elle reste la seule qui sache l’empêcher de sombrer. Ils ont trouvé tous deux leur équilibre. La Cour et la famille royale ne l’entendent pas ainsi. Tout le monde intrigue pour la faire tomber, l’appellent Mme la Putain, notamment les filles du roi. Dans cet affrontement avec les filles du roi, c’est la marquise qui l’emportera. Elle restera dans son appartement, aura l’oreille de Louis XV, deviendra sa conseillère, placera ses amis à des postes importants. En continuant ainsi, elle s’attire un nombre croissants d’ennemis.

A partir de 1757, le contexte entre Louis XV, sa famille, la Cour et sa maîtresse est de plus en plus tendu. De plus, on a tenté d’assassiner le roi d’un coup de couteau. Même s’il n’est que blessé, l’affaire prend des proportions gigantesques. On interdit à la marquise de le voir. Elle reste recluse dans ses appartements. La Cour l’accuse d’être responsable de tous les malheurs du monde.

Elle ne voit pas d’autre issue que de préparer ses malles. Mais le roi s’éclipse un jour de sa chambre, monte la voir dans son appartement. Il sait qu’elle est la seule à lui redonner le sourire, lui rendre sa place d’homme au lieu de le traiter en roi, à l’écouter. Du coup leur lien se trouve renforcé ainsi que le statut de la Pompadour.

Malheureusement, vis-à-vis du peuple Louis XV le bien-aimé est devenu Lle bien-haï . Des nuages noirs s’amoncellent sur le ciel de France. La défaite à Rossbach contre la Prusse (qui aurait inspiré au roi et à la marquise le célèbre Après nous le déluge), et le traité de Paris qui retire à la France le Canada et les Indes, affaiblissent le royaume. De plus, Louis XV perd sa fille aînée Louise Élisabeth, puis le duc de Bourgogne son petit-fils. Il est accablé.

De son côté la Pompadour est rongée par la maladie, luttant depuis des années contre la tuberculose. Au printemps 1764, à l’âge de 42 ans, elle s’avoue vaincue et meurt. Son corps est transporté dans son hôtel. Louis XV n’assistera pas à la cérémonie, l’étiquette le lui interdisait. Il regardera passer le corbillard qui emmène sa favorite au cimetière des Capucines sous la pluie  » Voilà les seuls devoirs que j’ai pu lui rendre, une amie de vingt ans !  » dira t-il à son valet de chambre. » Sophie DENIS (Journaliste française, historienne)

Mme De Pompadour à son métier à tisser ( 1764 ) par François-Hubert DROUAIS