Le gland et la citrouille …

« Dieu fait bien ce qu’il fait. Sans en chercher la preuve
en tout cet Univers, et l’aller parcourant,
dans les citrouilles je la trouve.
Un villageois considérant,
combien ce fruit est gros et sa tige menue,
à quoi songeait, dit-il, l’auteur de tout cela ?
Il a bien mal placé cette citrouille-là :
hé parbleu, je l’aurais pendue
à l’un des chênes que voilà.
C’eût été justement l’affaire ;
tel fruit, tel arbre, pour bien faire.
C’est dommage, Garo, que tu n’es point entré
au conseil de celui que prêche ton curé ;
tout en eût été mieux ; car pourquoi par exemple
le Gland, qui n’est pas gros comme mon petit doigt,
ne pend-il pas en cet endroit ?
Dieu s’est mépris : plus je contemple
ces fruits ainsi placés, plus il semble à Garo
que l’on a fait un quiproquo.
Cette réflexion embarrassant notre homme ;
on ne dort point, dit-il, quand on a tant d’esprit.
Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme.
Un gland tombe ; le nez du dormeur en pâtit.
Il s’éveille ; et portant la main sur son visage,
il trouve encor le gland pris au poil du menton.
Son nez meurtri le force à changer de langage ;
Oh, oh, dit-il, je saigne ! et que serait-ce donc
s’il fût tombé de l’arbre une masse plus lourde,
et que ce Gland eût été gourde ?
Dieu ne l’a pas voulu : sans doute il eut raison ;
j’en vois bien à présent la cause.
En louant Dieu de toute chose
Garo retourne à la maison. » Jean De LA FONTAINE (Poète français / Extrait de son recueil Les fables du livre IX (1678)

https://pointespalettespartition.wordpress.com/2019/10/31/citrouilles-et-potirons/

Une bibliothèque …

 » La notion de bibliothèque est fondée sur un malentendu, à savoir qu’on irait à la bibliothèque pour chercher un livre dont on connaît le titre. C’est vrai que cela arrive souvent, mais la fonction essentielle de la bibliothèque, de la mienne, et de celle de mes amis à qui je rends visite, c’est de découvrir des livres dont on ne soupçonnait pas l’existence et dont on découvre qu’ils sont pour nous de la plus grande importance. Bien sûr on peut faire cette découverte en feuilletant le catalogue mais il n’y a rien de plus révélateur et de plus passionnant que l’explorer des rayons où se trouvent par exemple rassemblés tous les livres sur un sujet donné, chose que le catalogue auteurs ne donnera pas, et de trouver à côté du livre qu’on était allé chercher un autre livre qu’on ne cherchait pas et qui se révèle être fondamental. La fonction idéale d’une bibliothèque est donc un peu semblable à celle du bouquiniste chez qui on fait des trouvailles et seul le libre accès aux rayons le permet » Umberto ECO (Écrivain italien – Extrait de son livre De Bibliotheca

Marientplatz Librairy à Munich ( Allemagne )

Les loisirs …

 » Vivons sans retenue nos bonheurs, nos loisirs,
le ciel, la terre ensemble nous ont donné
des moyens et du temps pour créer, pour agir,
chacun peut faire son choix selon sa destinée.

Nos ancètres n’avaient pas, c’est vrai il faut le dire,
le temps libre et l’argent pour penser aux plaisirs.
La vie va s’allonger, le travail se réduire,
les années ont pavé les chemins d’avenir.

Aimons d’un grand amour, sans contraintes nos loisirs,
une vie sans passion, souvent ne vaut plus rien,
il faut faire leur conquête et surtout les chérir,
et puis compter sur eux comme éternel soutien.

Parfois nous préparons de solides bagages,
pour découvrir le monde dans de lointains voyages.
de retour au pays, la tête dans les nuages,
nous retrouvons joyeux, la terre, le jardinage.

Chantons à pleine voix, à tue-tête nos loisirs,
et puis toujours crions, éclatons-nous en chœur,
discutons et rions et avec ce sourire,
sachons garder encore l’harmonie du bonheur.

Le coeur rempli d’espoir, il faut faire du sport,
faire travailler l’esprit et maintenir son corps.
pratiquer la peinture, internet et encore,
la lecture, la musique et puis chanter plus fort.

Chanter, aimer et vivre, partager les loisirs,
proofiter du bon temps, d’un instant sans limites,
rechercher l’amitié, toujours se faire plaisir,
courez tous mes amis, la vie vous y invite ! « Dominique SIMONET (Poète français)

 » Les loisirs  » par György VASTAGH

Concerto pour violon Op.35 … Erich KORNGOLD

ERICH KORNGOLD
Erich Wolfgang KORNGOLD ( 1897/1957)

( Vidéo : Interprétation Jashca HEIFETZ – Accompagné par L.ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE LOS ANGELES sous la direction de Alfred WALLENSTEIN )

Ce magnifique Concerto fut composé en 1945. Il est dédié à Alma Mahler, l’Andante notamment, un moment vraiment très beau, émouvant, dans lequel le violon dialogue de façon subtile avec l’orchestre.

Dans son l’ensemble, la partition est lumineuse, d’une grande richesse mélodique, avec des couleurs un peu dans l’esprit des films hollywoodiens, ce qui, finalement, n’est pas étrange compte tenu du fait que ce compositeur a travaillé pour le cinéma ( Warner ).

 » Malgré la demande de virtuosité dans le final, l’œuvre a été , avec ses nombreux épisodes mélodiques et lyriques, davantage envisagée pour un Caruso que pour un Paganini. Il est inutile de dire combien j’ai été heureux que mon Concerto soit interprété à la fois par un Paganini et un Caruso réunis sous les traits d’une seule et même personne : Jasha Heifetz !  » Erich KORNGOLD ( Compositeur autrichien naturalisé américain, après la première)

JASHA HEIFETZ 2
Jascha HEIFETZ et son violon ( Photo de Irving PENN)

Pygmalion au pied d’une statue qui s’anime …

PYGMALION ET GALATEE.jpg
 » Pygmalion au pied d’une statue qui s’anime ( dit aussi Pygmalion et Galatée ) – 1761 – Etienne Maurice FALCONET ( Musée du Louvre / Paris – France )

« Ô la chose précieuse que ce petit groupe de Falconet ! Voilà le morceau que j’aurais dans mon cabinet si je me piquais d’avoir un cabinet. Ne vaudrait-il pas mieux sacrifier tout d’un coup ? Mais laissons cela. Nos amateurs sont des gens à breloques ; ils aiment mieux garnir leurs cabinets de vingt morceaux médiocres que d’en avoir un seul et beau. Le groupe précieux dont je veux vous parler, il est assez inutile de vous dire que c’est le Pygmalion au pied de sa statue qui s’anime. Il n’y a que celui là au Salon et de longtemps il n’aura de second.

La nature et les Grâces ont disposé de l’attitude de la statue. Ses bras tombent mollement à ses côtés ; ses yeux viennent de s’entrouvrir  ; sa tête est un peu inclinée vers la terre ou plutôt vers Pygmalion qui est à ses pieds  ; la vie se décèle en elle par un sourire léger qui effleure sa lèvre supérieure. Quelle innocence elle a  ! Elle est à sa première pensée  : son cœur commence à s’émouvoir, mais il ne tardera pas à lui palpiter. Quelles mains  ! quelle mollesse de chair  ! Non, ce n’est pas du marbre  ; appuyez-y votre doigt, et la matière qui a perdu sa dureté cédera à votre impression. Combien de vérité sur ces côtes  ! quels pieds  ! qu’ils sont doux et délicats  !Un petit Amour a saisi une des mains de la statue qu’il ne baise pas, qu’il dévore. Quelle vivacité  ! quelle ardeur  ! Combien de malices dans la tête de cet Amour  ! Petit perfide, je te reconnais  ; puissé-je pour mon bonheur ne te plus rencontrer.

Un genou en terre, l’autre levé, les mains serrées fortement l’une dans l’autre, Pygmalion est devant son ouvrage et le regarde ; il cherche dans les yeux de sa statue la confirmation du prodige que les deux lui ont promis. Ô le beau visage que le sien ! Ô Falconet ! Comment as-tu fait pour mettre dans un morceau de pierre blanche la surprise, la joie et l’amour fondu ensemble ? Émule des dieux, s’ils ont animé la statue, tu en as renouvelé le miracle en animant le statuaire. Viens que je t’embrasse ; mais crains que, coupable du crime de Prométhée, un vautour ne t’attende aussi.  »

Denis DIDEROT (Écrivain, philosophe, encyclopédiste français –  Extrait de son compte-rendu dans Salon datant de 1763 –  Diderot exprimait son avis sur différentes œuvres, dans ces ouvrages lors des expositions organisées par l’Académie Royale de peinture et sculpture qui avaient lieu dans le Salon Carré du Louvre tous les deux ans depuis 1750 jusqu’en 1783.

Les mots …

« Rares sont les personnes émues par la disparition des mots. Ils sont pourtant plus proches de nous que n’importe quel coléoptère. Ils sont dans notre tête, sous nos yeux, sur notre langue, dans nos livres, dans notre mémoire. Dieu sait que les initiatives ne manquent pas, ni les bras, ni l’argent, pour conserver le patrimoine. Mais, alors que les mots en font autant partie que les pierres, les tissus, la porcelaine, l’or et l’argent,
ils n’intéressent pas grand monde. L’écologie des mots est balbutiante !  » Bernard PIVOT ( Journaliste français, écrivain, animateur d’émissions culturelles à la télévision. Il fut également président du Prix Goncourt)

Bernard PIVOT

Le langage des fleurs …

 » Dans chaque branche de ces fleurs, des centaines de mots sont cachés. Ne les traitez pas insouciamment  » Jujiwara no HIROTSUGU (Poète et aristocrate japonais)

Pour illustrer cet article : quelques bouquets de peintres

 » Au temps où les fleurs avaient la parole, y avait-il un moyen plus délicat d’exprimer une pensée secrète que l’offrande d’une simple fleur ou d’un bouquet composé ? Objet dit de culture au double sens du jardinage et de l’art, le langage des fleurs substituait feuillages et corolles au vocabulaire des sentiments.

On croit qu’il a pris naissance dans les harems orientaux où les femmes, jalousement surveillées, ne disposaient d’aucun autre intermédiaire pour échanger les messages de l’amour défendu et échapper à la vigilance du sultan ou du vizir.

Salvador DALI

L’antiquité grecque et romaine avait présenté les fleurs sous un jour un peu différent. La mythologie les associait non pas à des sentiments mais à des personnes, dieux, déesses, familiers de l’Olympe. Les thèmes se sont recoupés souvent, soit que les nymphes se changent en fleurs pour échapper aux entreprises de tel ou tel dieu séducteur, soit que les épouses de ces derniers, jalouses, utilisent ce même moyen pour éliminer leurs rivales.

Au Moyen-Âge, la symbolique des fleurs se met au service de la pensée chrétienne. Elle met plutôt en scène des saints, des ermites, mis à l’épreuve par le démon, sous la forme de quelque monstre ou dragon qu’ils doivent combattre physiquement. Malgré les blessures reçues, l’élu de Dieu parvient à terrasser l’animal et à chaque goutte de son sang tombée sur le sol , une fleur jaillit, généralement blanche, symbole de pureté.

Claude MONET

De même les croisés ont rapporté de la Terre sainte de nombreuses histoires issues de leurs combats et du sang versé auprès de la sainte croix. Le culte martial a donné à la Vierge Marie le qualificatif de rose mystique, tandis que les fleurs des champs recevaient un nom nouveau en liaison avec des vêtements de Notre-Dame tel le liseron (bonnet de nuit de Notre-Dame), les digitales (gants de Notre-Dame et tout un catalogue de références naïves et dévotes.

Les troubadours donnent aux fleurs une tonalité davantage profane, mais constamment fleurie. Qu’on se souvienne des Jeux floraux de Toulouse, sortes de joutes poétiques récompensées par la violette d’or ou l’églantine d’or. La tradition populaire, en récits oraux ou en chansons, nous fait assister à de nombreux miracles végétaux qui suivent l’ensevelissement de couples d’amants.

RENOIR Roses 1879
Auguste RENOIR

A la Renaissance, la mythologie antique revient sur scène. Sans jamais épuiser le thème, les poètes de la Pléiade loueront les fleurs, en particulier les espèces sauvages, pâquerette, narcisse, giroflée et bien sur la rose, reine des fleurs.

Mais ce fut en Angleterre que le langage des fleurs prit une extension inégalée à la suite du poète Chaucer qui traduisait le Roman de la rose. Un siècle plus tard, Shakespeare fit appel, dans de nombreuses pièces et dans ses sonnets, à un code floral dont l’élément le plus connu est le bouquet d’Ophélie (Hamlet). Si ce code n’est plus en usage aujourd’hui, on peut tout de même observer que les surnoms poétiques donnés aux fleurs en Angleterre, sont toujours vivaces : Holly hock (crosse bénie pour la rose trémière) , Lady’s sliper (pantoufle de dame pour orchidée) etc…

Arnoldus BLOEMER

Le XIXe siècle se reprit de goût pour la botanique imagée. De nombreux ouvrages rassemblent ou complétèrent les symboles encore en usage. Qu’en reste t-il d’intelligible aujourd’hui : le sapin, le houx, le gui qui nous annoncent les joyeuses fêtes de fin d’année. Le trèfle, prometteur de chance, à condition qu’il ait quatre feuilles. Le muguet, gage de bonheur, offert au premier mai et le chêne brodé d’or qui fait une guirlande sur le képi des généraux. C’est peu …

Alors que, selon l’invitation dites-le avec des fleurs, nous en offrons de plus en plus, leur message caché est, de plus, en flou ; marque d’amour, d’amitié, remerciement, sans préciser davantage. Le retour à la nature, refuge contre le monde industriel, parviendra t-il à remettre à la mode le langage des fleurs ? Nul ne le sait. Et pourtant, comme il est captivant ce parcours botanique, surtout lorsque les poètes, fidèles amoureux de la nature, accompagnent de page en page le cheminement du lecteur !  » Marthe SEGUIN-FONTES (Auteure française, illustratrice)

Les cinq doigts de la main …

 » Le pouce est ce gras cabaretier flamand, d’humeur
goguenarde et grivoise, qui fume sur sa porte, à
l’enseigne de la double bière de mars.

L’index est sa femme, virago sèche comme une merluche,
qui, dès le matin, soufflette sa servante dont elle est
jalouse, et caresse la bouteille dont elle est amoureuse.

Le doigt du milieu est leur fils, compagnon dégrossi à
la hache, qui serait soldat s’il n’était brasseur, et
qui serait cheval s’il n’était homme.

Le doigt de l’anneau est leur fille, leste et agaçante
Zerbine, qui vend des dentelles aux dames et ne vend pas
ses sourires aux cavaliers.

Et le doigt de l’oreille est le Benjamin de la famille,
marmot pleureur, qui toujours se brimbale à la ceinture
de sa mère comme un petit enfant pendu au croc d’une
ogresse.

Les cinq doigts de la main sont la plus mirobolante
giroflée à cinq feuilles qui ait jamais brodé les par-
terres de la noble cité de Harlem. « Aloysius BERTRAND (Poète et dramaturge français)

Détail d’un tableau du peintre chinois HE HIUHAI