Que je voudrais …

 » Que je voudrais, ton bras appuyé sur le mien,
m’en aller lentement par un parc ancien !
Tu sourirais avec une exquise indolence;
tes mots dits à mi-voix auraient, dans le silence,
la grave inflexion de ceux-là que jadis
une âme virginale et tremblante m’a dits…
Nous irions pas à pas, savourant l’heure brève;
après tant d’amoureux nous ferions le beau rêve
dont les hommes toujours ont bercé leur ennui…
La nuit d’été viendrait, la tiède et calme nuit;
et nos cœurs sentiraient devant son grand mystère,
à quel point, quand on aime. il est doux de se taire. » Fernand SÉVERIN  (Poète belge d’expression française)

promenade HUGH GOLDWIN RIVIERE
Tableau : Hugh Goldwin RIVIERE

Année BEETHOVEN (dernière partie) : Oraison funèbre …

BEETHOVEN Funérailles F. STOBER
Funérailles de Beethoven par Franz Xaver STÖBER

Les funérailles de Beethoven se sont déroulées en 1827 dans l’église de la Sainte-Trinité à Vienne. On chanta le Requiem de Mozart . Une oraison funèbre fut prononcée par son ami le chanteur Heinrich Anschütz , écrite par l’Homme de Lettres Franz Grillparzer :

« Sur la tombe de celui qui vient de partir, nous sommes ici d’une certaine manière les représentants de toute une nation, de tout le peuple allemand, pleurant la perte d’un homme que nous honorons comme une partie de l’ancienne grandeur de notre art national, des forces spirituelles de notre patrie. Le héros du vers en langue allemande vit encore -et puisse-t-il vivre longtemps ! Mais le dernier maître du chant sonore, le porte-parole de l’harmonie, l’héritier et l’amplificateur des gloires immortelles de Haendel et de Bach, de Haydn et de Mozart, celui-là a vécu, et nous versons des pleurs sur les cordes brisées de la harpe qui s’est tue.

La harpe s’est tue ! Laissez-moi l’appeler ainsi ! Car il fut un artiste, et ce qu’il fut, il le fut par l’art. Les épines de la vie l’avaient profondément blessé, et comme le bateau qui a perdu le rivage, il chercha refuge dans tes bras, ô Toi, frère souverain du Bon et du Vrai, baume de la douleur, toi, l’Art venu du Ciel ! A toi il se cramponna, et même quand était close la porte par laquelle tu gagnais son intérieur et lui parlais, lorsque son oreille sourde l’avait rendu aveugle à ton visage, il continua de porter dans son coeur ton image, qu’au moment de mourir, il avait encore en lui. Il fut un artiste, et qui peut se mettre sur les rangs, à côté de lui ?

De même que le Behemot traverse les mers, de son vol impétueux, de même il parcourut le domaine de son art. Du roucoulement de la colombe au roulement du tonnerre, depuis la combinaison la plus subtile des ressources d’une ferme technique, jusqu’au point redoutable où l’éducation de l’artiste fait place au caprice sans loi des forces naturelles en plein combat, il avait passé partout, il avait tout saisi. Celui qui viendra après lui ne poursuivra pas sa route, il lui faudra recommencer ; car son devancier ne s’est arrêté que là où s’arrête l’art. Adélaïde et Léonore ! Triomphe des héros de Vittoria, et humble chant sacrificiel de la Messe ! -Vous fils des voix à trois et à quatre parties ! Symphonie rugissante : « Freude, schöner Gotterfunken», toi chant de cygne ! Muse du chant et lyre aux sept cordes : approchez de sa tombe et couvrez-la de lauriers.

Il fut un artiste, mais un homme également, un homme à tous les sens, au plus haut sens du mot. Parce qu’il se retira du monde, on le disait hargneux, et parce qu’il évita le sentimental, on le crut dénué de sentiment. Ah, celui qui se sait dur de coeur, celui-là ne fuit pas ! Les meilleures pointes sont les plus faciles à émousser, à se tordre ou à se briser. L’excès de sensibilité évite le sentimental ! Il fuit le monde car, dans toute l’extension de sa nature passionnée, il ne trouva pas d’arme pour s’en défendre. Il s’écarta des hommes, après qu’il leur eut tout donné, sans rien recevoir en échange. Il resta seul, car il ne trouva pas de second Moi. Mais jusqu’à sa tombe son coeur demeura humain pour tous les hommes, paternel pour tous ses semblables, bien et sang du monde entier.

Ainsi fut-il, ainsi fut sa mort, ainsi vivra-t-il jusqu’à la fin des temps.

Vous, pourtant, qui nous avez suivis jusqu’ici, retenez votre douleur ! Vous ne l’avez point perdu, vous l’avez gagné. Aucun vivant ne pénètre dans l’enceinte de l’immortalité. Le corps doit périr pour que ses portes s’ouvrent. Celui que vous pleurez se trouve désormais parmi les grands de tous les temps, intangible à jamais. Rentrez chez vous, tristes, mais résignés ! Et chaque fois que vous saisit l’élan, la force de ses créations, chaque fois que l’enthousiasme vous inonde, au milieu de ceux qui ne sont pas encore nés, souvenez-vous de cette heure, et pensez : nous y étions, lorsqu’on le mit en terre, et quand il mourut, nous pleurâmes. »

Beethoven repose  au cimetière de Wahring à Vienne ( qui est désormais le Parc Schubert) – Sa pierre tombale originale s’y trouve toujours  . Au départ, on prit grand soin de sa sépulture, puis au fil du temps elle tomba dans l’oubli, se délabra,  jusqu’à ce que l’on décide de s’en inquiéter à nouveau, d’autant que les chasseurs de reliques étaient très présents.

Ses restes furent exhumés en 1888 pour être placés au Zentralfriedhof (Cimetière central de Vienne ), dans l’espace réservé aux grands musiciens . Près de lui se trouve la tombe de Franz Schubert et le mémorial Mozart.

BEETHOVEN Tombe

Tombe Beethoven à gauche – Celle de Schubert à droite et au centre le mémorial Mozart