Daphnis & Chloé …

 » Aucune fois il lui apprenait à jouer de la flûte, et quand elle commençait à souffler dedans, il la lui ôtait ; puis, il en parcourait les lèvres tous les tuyaux d’un bout à l’autre, faisant ainsi semblant de lui vouloir montrer où elle avait failli afin de la baiser à demi, en baisant la flûte aux endroits que quittait sa bouche. Ainsi, comme il était après à en sonner joyeusement sur la chaleur de midi, pendant que leurs troupeaux étaient tapis à l’ombre, Chloé ne se donna garde qu’elle fût endormie. Ce que Daphnis apercevant, pose sa flûte pour, à son aise, la regarder et contempler, n’ayant alors nulle honte, et disait à part soi ces paroles tout bas :  » Oh comme dorment ses yeux ! Comme sa bouche respire ! Pommes ni aubépines fleuries n’exhalent un air si doux. Je ne l’ose baiser toutefois. Son baiser pique au cœur et fait devenir fou comme le miel nouveau. Puis, j’ai peur de l’éveiller. Ô fâcheuses cigales ! Elles ne la laisseront jamais dormir, si haut elles crient. Et d’un autre côté, ces bouquins ici ne cesseront aujourd’hui de s’entre-heurter avec leurs cornes. Ô loups plus couards que renards, où êtes-vous à cette heure, que vous ne les venez happer ?  » LONGUS ( Auteur grec / Extrait de son ouvrage Daphnis et Chloé (Les Pastorales) – Traduit en français par Jacques AMYOT(Prélat français et traducteur de la Renaissance)

 » Daphnis & Chloé  » : sculpture de Jean-Pierre CORTOT / 1827 Musée du Louvre