L’Âge d’or de la peinture danoise 1801/1864 …

Il y avait fort longtemps que la France n’avait pas organisé une exposition portant sur la peinture danoise. La dernière s’est déroulée en 1984/85. Cette année le Petit Palais reprend le même thème mais la période change, à savoir qu’il y a trente cinq ans celle abordée concernait l’époque allant de 1800 à 1850. Celle actuelle voit plus large puisqu’elle s’étend de 1801 à 1864.

Cette expo devait, normalement avoir lieu d’avril 2020 à août 2020, mais en raison du coronavirus, elle a été reportée et a ouvert ses portes le 22 septembre et va durer jusqu’au 3 janvier. Elle s’intitule :  » L’Âge d’or de la peinture danoise-1801/1864  »

« Origine de la peinture » 1831 Heinrich EDDELIEN (Statens Museum for Kunst à Copenhague)

Pour ce faire, le Petit Palais s’est associé au National museum de Stockholm et au Statens Museum for Kunst de Copenhague. 200 tableaux magnifiques représentatifs de la peinture danoise du XIXe siècle y sont accrochés, ce qui permet de mieux connaître également la grande diversité des peintres de ce pays, avec en chef de file, celui qui est à l’origine du grand renouveau pictural qu’il ait pu connaître, celui qui fut professeur à l’Académie royale, qui a eu un grand nombre d’élèves à savoir le néo-classique : Christoffer Wilhelm Eckersberg.

L’expo parle également de la vie quotidienne du Danemark à cette époque, les artistes, leur condition, leur vie, leur travail, les voyages qu’ils ont pu faire afin de se faire mieux connaître, afin d’améliorer encore plus leur techniques, d’en apprendre d’autres ailleurs etc … , les thèmes abordés comme le paysage en extérieur, les portraits.

« Les sœurs de l’artiste, Signe et Henriette, lisant un livre » 1826 – Constantin HANSEN (Statens Museum for Kunst à Copenhague)
« Meta Magdalene Hammerich et Kristiane Konstantin Hansen, fille de l’artiste » 1861 – Konstantin HANSEN (Statens Museum for Kunst à Copenhague)

Historiquement parlant, cet âge d’or a débuté dans une période difficile au Danemark puisqu’en 1801 sévissait notamment la bataille de la Rade de Copenhague. D’un point de vue économique, le pays est mis à mal par l’Angleterre qui détruit quelque peu la flotte danoise et de ce fait plus d’exportations maritimes. L’État fait faillite en 1813 et un an plus tard la Norvège est cédée à la Suède. C’est terrible et humiliant quel qu’en soit le domaine : militaire, géographique, économique etc….

Pourtant, dans les années qui vont suivre, et, malgré cette période catastrophique, il y a des épanouissements encouragements notés dans l’art, l’architecture, l’industrie, la science. Des idées nouvelles de pensées sont diffusées par les penseurs danois romantiques, des mécènes, amateurs et marchands d’art arrivent dans le pays et donnent une vie nouvelle à la peinture. C’est l’âge d’or dans ce domaine. Il prendra fin en 1850/1851.

L’exposition du Petit Palais va au-delà de cette période , à savoir jusqu’en 1864, tout simplement parce que malgré la guerre contre la Prusse, la défaite, la perte de duchés, l’affaiblissement en différents domaines, eh bien l’art danois s’est relevé , a tenu bon grâce à différents artistes, ont changé les mentalités de l’histoire de l’art. Ce qui amène les historiens à situer véritablement la fin de cet art d’or danois vers 1864.

J’ai nommé, dans le texte ci-dessus, le peintre Christoffer Wilhelm Eckersberg, dont beaucoup disent qu’il est le père de la peinture danoise. Il fut professeur à l’Académie royale des Beaux Arts de Copenhague (elle fut fondée au XVIIIe siècle) – Il a créé une école au sein de ce lieu et il y a enseigné durant près de 30 ans, formant un nombre considérable d’élèves.

Christoffer ECKERSBERG 1811 Autoportrait

Eckersberg est né en 1783 .On ne le connaît pas vraiment en France. En peinture, ses sujets ont été assez éclectiques. Il s’est surtout spécialisé dans les portraits, les scènes de genre, les marines, la vie quotidienne. Il a beaucoup peint également des nus. En tant que professeur, il s’est évertué à tourner le regard de ses élèves vers le monde réel, observer en extérieur, sur le motif, leur a enseigné l’art de la perspective dans lequel il excellait.

 » L’aqueduc d’Arcueil » 1812 Christoffer Wilhelm ECKERSBERG (Collection privée)

Certes ce que l’on peut appeler  » l’école danoise  » existait avant lui, mais sa pédagogie a permis qu’elle évolue, qu’elle se détache de toute influence, qu’elle soit nationale, se modernise, qu’elle se révolutionne même, qu’elle soit objective.

Il a tiré de grands enseignements de ce qu’il avait appris auprès du français Jacques-Louis David dont il fut l’élève durant trois ans(1810/1813) mais aussi du grand changement qui s’est opéré dans sa peinture lors de son séjour en Italie, à Rome précisément avec une autre lumière et la peinture en plein air. Tout ses acquis ont fait également partie de son enseignement une fois qu’il est retourné dans son pays natal. Il est mort du choléra à Copenhague en 1853.

 » Vue des jardins de la Villa Borghese » 1814 –Christoffer Wilhelm ECKERSBERG (Statens Museum for Kunst à Copenhague)

Il aura beaucoup contribué à l’épanouissement de ce qui fut appelé l’art danois, une expression utilisée pour la première fois en 1890 par un critique littéraire répondant au nom de Valdemar Vedel , et qui ne réunissait pas que la peinture, mais également la littérature, la philosophie, les sciences, la musique, la sculpture, la théologie aussi.

Que peut-on retenir des caractéristique de la peinture danoise : d’abord cette incroyable impression que les tableaux sont des photos, c’est très minutieux, détaillée, audacieux avec une lumière traitée de façon assez magnifique et de belles couleurs d’une grande clarté. Les paysages sont traités avec une grande étude de ce que fut le ciel, la lumière, l’air, la végétation. Certains amènent à la contemplation, au rêve. Les peintres ont voulu la rendre quasi idyllique. Il y a très souvent, une atmosphère heureuse dans les tableaux en extérieur. Ceux abordant la vie quotidienne et les classes sociales sont assez différents, avec le confort offert par la bourgeoisie, et le côté un peu plus bohème des autres.

Comme beaucoup d’autres, les peintres danois ont eu un grand goût du voyage à l’étranger, et l’Académie les a fortement encouragés à faire ce Grand Tour. Eckersberg a séjourné six ans à l’étranger. Le sculpteur Bertel Thorvaldsen, fierté nationale, a connu un immense succès international à l’étranger où il fut le rival de Antonio Canova.

Se rendre à l’étranger était très important pour mieux apprendre des autres, connaître d’autres techniques, un autre art de vivre etc… Il faut savoir que le voyage se faisait dans des conditions extrêmement difficiles à l’époque. L’Europe du Sud ( Italie Grèce, France en bord de la Méditerranée) étaient des destinations très prisées, mais aussi, plus tard, la Suède et l’Amérique du Sud .

 » Un jeune pêcheur à Capri » 1839 Christen KOBBE (Nationalmuseum Stockholm)
« Un écrivain public romain lisant une lettre à une jeune fille à haute voix » 1829 – Ernst MEYER (Statens Museum for Kunst à Copenhague)
« Vue d’une place à Amalfi » 1835 – Martinus RORBYE (Statens Museum for Kunst à Copenhague)
 » Vue de Rome au travers de trois arches du Colisée  » 1853 – Christoffer Wilhelm ECKERSBERG (Statens Museum for Kunst à Copenhague)
« Un groupe d’artistes danois à Rome  » 1837 – Constantin HANSEN (Statens Museum for Kunst à Copenhague )

Leur attirance allait à l’étude de la vie au quotidien, les vues en extérieur, que ce soit urbaines ou rurales. La nature est ressentie avec infiniment de sensibilité et d’émotion rejoignant ainsi les idées de Rousseau ou celles de Joseph Von Schelling. Les élèves d’Eckersberg vont partir explorer tout cela, le siège pliant sous le bras, l’équipement sur le dos, afin d’expérimenter au mieux la lumière naturelle. Ils feront preuve d’un grand sens aigu du détail, sauront bien nuancer l’ombre et la lumière, adopter les bonnes couleurs.

La grande bourgeoisie danoise a permis aux artistes d’avoir une clientèle aisée. De plus, elle leur a permis d’entrer dans leur vie, d’y peindre leur quotidien, donnant ainsi une belle image de leur mode de vie, et servir de bon exemple. Une grande partie d’entre eux deviendront des mécènes intéressants. Leurs goûts ont varié : ils furent d’abord attiré par la mythologie, le religieux, puis tout ce qui avait à voir avec la vie moderne.

Les portraits de famille sont souvent requis eux aussi. On y montre beaucoup les enfants parce qu’ils sont représentatifs de l’avenir de la nation. Les enfants reçoivent une éducation quasi parfaite d’ailleurs. On leur enseigne les bonnes manières, la musique, la danse. Les tableaux se doivent de véhiculer une idée d’une vie de famille heureuse et agréable qui, incontestablement, plait beaucoup. D’une manière générale, les portraits d’enfants sont un thème accrocheur, le favori de bien des peintres danois.

« Famille Waagepetersen » 1830 – Wilhelm BENDZ (Statens Museum for Kunst à Copenhague)

Quel que soit le sujet abordé, les peintres de l’âge d’or danois ont tenu, avant toute chose, à se tenir au service de l’identité nationale de leur pays, de le glorifier au travers de leurs tableaux, de lui apporter une certaine forme de poésie, d’entretenir la flamme patriotique dans les tableaux d’histoire même lorsque leur pays a été humilié. La nature elle-même a tenu à porté la ferveur patriotique du sol danois.

« Vue d’une rue à Osterbro, en dehors de Copenhague,lumière du matin  » 1836- Christen KOBBE (Statens Museum for Kunst à Copenhague
« Place du marché à Copenhague » 1844 – Sally HENRIQUES (Statens Museum for Kunst à Copenhague)
« La prison de Copenhague, l’hôtel de ville et le tribunal » 1831 – Martinus RORBYE (Statens Museum for Kunst de Copenhague)