Gabrielle & la famille RENOIR …

 » Une famille d’artiste » – 1896 On y voit Gabrielle à l’extrême droite, accroupie. Aline Charigot Madame Renoir est debout derrière – Auguste RENOIR

Gabrielle Renard fut à la fois le modèle de Auguste Renoir ( sujet d’environ 200 de ses tableaux) et la nourrice de ses trois enfants durant près de vingt ans, plus particulièrement proche et à l’écoute de son fils Jean, encourageant vivement sa passion pour le cinéma.

Entrée au service de la famille Renoir en 1894, Gabrielle en a été un membre à part entière toute leur vie durant. Elle a attendu que les enfants soient des adultes pour penser un peu à elle, se marier et avoir un enfant. Elle s’est alors installée aux Etats Unis. Lorsque Jean, lui aussi, a déménagé pour vivre à Hollywood, elle s’est rapprochée de lui. C’est à Beverly Hills qu’elle est décédée en 1959.

Dans les dernières années de sa vie, Auguste souffrait d’une polyarthrite sévère. C’est elle qui l’aidait à mettre le pinceau entre ses doigts afin de continuer à peindre.

« Gabrielle et Jean » – Auguste RENOIR
Gabrielle et Jean en 1942

 » Elle avait seize ans lorsqu’elle est venue chez nous. C’était une petite cousine, assez éloignée, de ma mère originaire du même village d’Essoyes, non loin de Bar-sur-Seine. On l’avait engagée à la naissance de mon frère Jean. Quand je suis venu au monde, il y avait déjà sept ans qu’elle faisait partie de la famille. De ma petite enfance, je conserve l’image d’une brune resplendissante, pleine de vigueur, avec une peau claire, colorée. Aujourd’hui, il y a un mot pour dire tout cela, mon souvenir c’est : un Renoir !.

Gabrielle c’était avant tout Ga, la Ga de mon enfance heureuse et libre. La chair de mes souvenirs les plus tendres. Puis-je la situer ? Non. Je ne puis lui assigner dans notre maison une place précise. Était-elle son modèle ? Oui sans doute. Une parente ? oui aussi. Une bonne d’enfant ? à coup sur ! Jalouse du repos et du travail de mon père, boutant dehors les intrus en clamant d’une voix à faire tomber les vitres : «  le patron travaille, fichez lui la paix !« 

Le monde entier connaît Gabrielle à la rose Gabrielle au chapeau .. Gabrielle au collier etc etc … mais nous ne sommes que deux, plus que deux, à porter dans notre cœur les portraits d’une foule d’innombrables autres Gabrielle.

 » Gabrielle au chapeau de paille  » Auguste RENOIR
« Gabrielle au miroir » Auguste RENOIR
« Gabrielle au collier  » – Auguste RENOIR

Ga était une paysanne un peu rustre. Elle ne s’est jamais défait d’une franchise directe et d’un ton instinctif. Elle aimait faire enrager mon père. Lorsque nous prenions le train pour Paris, nous voyagions en première. Ga le faisait parfois en troisième. Elle préférait cela car elle s’y amusait ferme. Son grand plaisir, à l’arrivée, était de dire à mon père : « comment ça se fait-il Monsieur Renoir ? Vous êtes partis en première, moi en troisième et pourtant nous arrivons ensemble. »

Mon père n’était pas commode. Il avait avec elle des attrapades homériques. Je crois bien qu’il la mettait à la porte au moins une fois par mois. Mais sa condamnation était toujours reportée au bout d’une heure. Il n’y avait pas pour elle d’autre peintre au monde que Pierre Auguste Renoir. Je ne suis même pas sûr qu’elle ne considérait pas Degas ou Cézanne, des familiers, comme des pauvres barbouilleurs. En tous les cas, je suis certain qu’elle ne leur accordait la faveur de sa considération que parce qu’elle voyait mon père les admirer lui, sans réserve.

Son caractère était étonnamment fantasque. Elle prenait rarement les repas à notre table car il suffisait que ma père eût prévu une purée de pommes de terre pour qu’elle exprimât l’envie de macaronis et que nous eussions du bœuf au menu pour qu’elle souhaitât avoir du boudin. Nous la prenions telle qu’elle était.

Si elle éprouvait le besoin alors qu’elle tenait la pose, d’aller voir dans la rue ce qu’il se passait, ce n’était certes pas le fait d’être débraillée et à demi-couverte des oripeaux criards dont mon père l’afflublait, qui l’en eût empêchée.

Ga aurait donné sa vie pour Renoir. La dernière image que j’ai gardée d’elle, je ne la livre qu’à contrecœur car elle m’est chère entre toutes. C’est celle de Gabrielle, un peu avant la mort de mon père, attentive à ses moindres gestes, et préparant, ce qu’il ne pouvait plus faire, ses toiles et ses couleurs. Je revois notre Ga tenant la palette dont il ne pouvait plus supporter le poids.  » Claude RENOIR (Céramiste français, fils de Auguste)

 » La femme aux cheveux noirs « (Gabrielle) Auguste RENOIR