Vendanges …


 » Les choses qui chantent dans la tête

Alors que la mémoire est absente,

Ecoutez, c’est notre sang qui chante…

O musique lointaine et discrète !

Ecoutez ! C’est notre sang qui pleure

Alors que notre âme s’est enfuie,

D’une voix jusqu’alors inouïe

Et qui va se taire tout à l’heure.

Frère du sang de la vigne rose,

Frère du vin de la veine noire,

O vin, ô sang, c’est l’apothéose !

Chantez, pleurez ! Chassez la mémoire

Et chassez l’âme, et jusqu’aux ténèbres

Magnétisez nos pauvres vertèbres.  » Paul VERLAINE ( Extrait du recueil Jadis et Naguère/ 1885 )

Année BEETHOVEN : Les transcriptions de Franz LISZT …

Bien avant le disque au début du XXe siècle, ce qui permettait à de nombreux mélomanes d’avoir un accès aux œuvres : c’était les transcriptions. Nombreux furent les compositeurs qui le feront, mais Franz Liszt fut, incontestablement, le plus prolifique d’entre tous. On peut réellement affirmer, qu’il fut un maître absolu dans l’art de la transcription et de la paraphrase. Certes, son travail ( et il en a été conscient ) ne pouvait remplacer un orchestre, mais, en brillant visionnaire qu’il a été dans la musique, il a réussi, de façon assez géniale, de donner une illusion orchestrale, utilisant pour ce faire les possibilités extrêmes de son piano que ce soit dans le rythme, le phrasé, le ligne mélodique etc ….

Bon, soyons clairs : de nos jours écouter de type de travail peut paraître un peu étrange à certaines personnes, tout simplement parce que nous avons désormais des C.D. mis à notre disposition pour écouter les œuvres originales avec orchestre etc… Mais s’intéresser au travail de transcription de Liszt ne manque pas d’intérêt malgré tout. Tout simplement parce que cela permet de mieux analyser une partition.

Franz Liszt a eu une énorme admiration pour Beethoven. Le travail de ce dernier a beaucoup compté dans la vie de Liszt. Ne pas oublier que son professeur Carl Czerny fut un élève de Beethoven et donc il a formé le jeune Franz à l’écoute de cette musique.

Liszt a rencontré Beethoven. Ce fut en 1823. Si cela a été possible c’est justement grâce à Czerny. La chose n’a , toutefois, pas été facile parce que Beethoven avait une sainte horreur des enfants prodiges. Un jour, ce sera la même chose avec Liszt qui, à la mort de son père, avouera qu’il avait souffert d’avoir été montré ( un peu comme Mozart) comme un petit chien savant.

Que ce soit dans les explications faites par Liszt à propos de cette rencontre, ou bien celles du secrétaire de Czerny qui était avec eux, l’accueil de Beethoven ne fut pas très amical. Une chose a joué en faveur de Liszt : l’interprétation d’une Fugue du Clavier bien tempéré de Bach et le premier mouvement d’un Concerto de Beethoven. L’interprétation des deux fut, paraît-il, bien appréciée.

Durant près de 25/30 ans, Liszt fut un interprète fabuleux de Beethoven. Berlioz ne manquera pas d’ailleurs de dire que pour lui il en était de loin le meilleur, tout comme Schumann qui s’exprimera à ce sujet dans un article paru en janvier 1834 dans la Gazette musicale :  » Nous avons à parler d’un homme chez qui l’exécution au piano est tout, et comprend à elle seule le drame, le lyrisme, et plus que tout autre, il nous offre la poésie d’un artiste. Liszt est réellement et particulièrement un génie dans l’exécution, et plus que tout autre, il offre l’exemple de la route qu’il faut suivre pour poétiser la forme ! Cette conception profonde de l’œuvre étrangère, cette réverbération lumineuse par où l’exécution remonte à la portée du génie créateur, ne saurait en jaillir que d’une entité généreuse élevée par toutes ses facultés à la fois, à la hauteur de l’art en général. Voilà le secret de Liszt : s’il rend merveilleusement Beethoven, c’est qu’il comprend Shakespeare, Schiller, Goethe, Hugo etc… C’est qu’il comprend aussi bien l’auteur de Fidélio qu’il comprend plus son génie que son œuvre….  »

Pour vous donner un aperçu de la chose, j’ai opté pour quatre Symphonies de Beethoven transcrites au piano par Liszt, des partitions qui couvrent une période très longue, décisives pour le style romantique, capitales. C’est l’héritage de Mozart et de Haydn. Elles sont toutes uniques. Le travail de transcription de Liszt a commencé en 1837 et s’est terminé en 1864 lorsqu’il se trouvait alors à la Madone du Rosaire près de Rome.

Ces transcriptions sont assez remarquables car Liszt est allé vers l’essentiel de la vision symphonique de Beethoven. Certes ce n’est plus un orchestre que nous avons face à nous, mais dix doigts posés sur un clavier. Aussi fallait-il avoir un certain génie imaginatif pour insérer subtilement dans un piano les détails d’un orchestre, trouver une solution pour résoudre les problèmes techniques etc… le résultat est fort bien pensé, c’est plein de contrastes et de couleurs.

Transcription de la 5e Symphonie : j’ai choisi Glenn GOULD parce que je le trouve assez fascinant dans cet exercice. Ce pianiste qui a toujours affirmé que «  la pensée allait aux doigts et non que le jeu vienne de l’ivresse digitale  » donne une interprétation géniale, pure, virtuose, fougueuse, claire. On peut dire qu’il a parfaitement compris le message de Liszt pour ces pages de transcription et a mis chaque note en lumière.

(Vidéo : Glenn GOULD au piano )

Transcription de la 6e Symphonie : ce fut la première symphonie transcrite par Liszt. Un travail qu’il a conçu à Nohant chez George Sand. Il y séjournait alors avec sa compagne Marie D’Agoult. Il ne fait aucun doute que l’environnement de la nature a dû fortement inspiré Liszt pour ce véritable hymne pastoral de Beethoven.

Il jouait cette transcription très souvent en concert. C’est un travail qui a très probablement se révéler difficile avec un premier mouvement en rythmes croisés, le passage du ruisseau infiniment virtuose, et traduire aussi l’orage qui vient ensuite.

(Vidéo : Glenn GOULD au piano)

Transcription Symphonie N°9 : Liszt a toujours affirmé avoir eu beaucoup de mal à transcrire cette Symphonie, notamment le 4e mouvement : celui du choral de l‘Ôde à la Joie. Un passage qui fut difficile et pour lequel il s’est beaucoup posé de questions pour arriver à trouver des solutions qui lui donnent satisfaction. Souvent il a pensé à abandonner, mais ses éditeurs l’encourageaient à persévérer. Finalement le résultat ne manque pas d’énergie, de talent et il est assez prodigieux.

Au piano : Konstantin SCHERBAKOV : dans ce travail de transcription , Scherbakov est magnifique car il fait preuve de subtilité, lyrisme, d’énergie quand il le faut, de profondeur, de finesse et de passion. On peut dire qu’il suit fidèlement l’esprit beethovénien et l’ingéniosité pianistique de Liszt.

Transcription Symphonie N.3 : J’ai choisi Leslie HOWARD parce que je trouve cet immense lisztien époustouflant de romantisme, très porté sur la musicalité, avec une audace virtuose que l’on pourrait qualifier d’intellectuelle, et il est doté d’une technique remarquable.

(Vidéo : Leslie HOWARD au piano )