Cour d’une maison à Delft … Pieter De HOOCH

 

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 » Cour d’une maison à Delft  » 1658 – Pieter DE HOOCH ( National Gallery de Londres) 

 » Datée de 1658, l’œuvre dépeint une cour intérieure avec trois personnages. Une servante, portant un plat, semble sortir de la remise à droite. Elle tient la main d’une petite fille avec laquelle elle échange un regard plein de tendresse. Sur la gauche, une arche ouvre sur un corridor au fond duquel une deuxième femme observe la rue par la porte ouverte.

Dans les meilleurs tableaux de De Hooch, l’espace domestique, jamais parfaitement étanche au monde, est troué par des ouvertures en perspective, dans lesquelles l’artiste manifeste sa maîtrise technique. On ignore où et auprès de qui il a acquis les indispensables notions de géométrie dont il use avec une grande liberté. En effet, De Hooch n’hésite pas à introduire des  » erreurs  » de perspective dans ses intérieurs en vue d’une approche plus expressive et plus libre de l’illusion spatiale. Ainsi dans la Cour d’une maison à Delft trouve t-on deux point de fuite légèrement décalés : la vérité de l’effet prime sur la rigueur de la règle.

Dans cet espace restreint, De Hooch multiplie les jeux d’échos et de contrastes entre les pleins et les vides, le proche et le lointain, le clair et l’obscur. Il cultive aussi une dialectique sensible entre, d’un côté, l’architecture géométrique de la maison, et de l’autre, le désordre apparent des dépendances, marqué par l’abondance de lignes obliques. Loin d’être purement formelles, ces tensions sont récapitulées par une opposition entre le dedans et le dehors ou, pour le dire dans des termes plus précis, entre l’univers domestique et le monde extérieur, ouvrant la peinture sur une dimension morale.

Située à l’arrière des maisons urbaines, la cour était alors considérée comme une extension naturelle du foyer, où s’accomplissaient nombre de tâches domestiques. De ce fait, elle était soumise aux mêmes exigences presque maniaques de propreté. La présence du balai et du seau rappelle l’importance accordée par les hollandais du XVIIe siècle à cet incessant travail de nettoyage, gage non seulement d’hygiène, mais surtout de pureté morale.

C’est ce qui ressort dans de nombreux manuels d’économie domestique comme par exemple La ménagère hollandaise chevronnée et avisée de Johan Van Beverwijck. Ce dernier voyait dans le foyer la cellule de base de la république, son soubassement politique et social sur lequel elle reposait et auquel elle devait sa stabilité. Il entrait donc aussi dans la salubrité domestique une dimension patriotique et identitaire. Cette propreté, entendue de façon littérale et métaphorique, il fallait la défendre contre la fange charriée par le monde extérieur.

A sa manière,  Pieter de Hooch, grâce à ses jeux de perspective, donne forme à cet univers social, mais aussi mental, polarisé entre le foyer et l’extérieur, entre le bien et le mal, l’ordre et le désordre. » Jean-François LASNIER (Journaliste français, auteur dans des revues spécialisées en art pictural)

 

Autoportrait Pieter de Hooch
Autoportrait Pieter DE HOOCH ( 1629/ 1684-1694) : De Hooch est originaire de Rotterdam. Il fut un grand maître néerlandais de la scène de genre, des intérieurs domestiques. Il y a chez lui de grandes similitudes avec Vermeer. Les meilleures années dans sa peinture furent celles passées à Delft entre 1652 et 1660. On admire la belle lumière de ses tableaux réalistes, sa palette de chaudes couleurs et son merveilleux sens des perspectives. Il est très rare qu’on lui rende hommage. Le Museum Prinsenhof de Delft va le faire en octobre au travers d’une exposition qui réunira une trentaine de tableaux . Pour ce faire, des grands travaux de recherches ont été effectués afin de mieux connaitre le parcours de la carrière de ce peintre.