Giacomo CASANOVA …

CASANOVA Portrait de Giacomo CASANOVA 1760 Raphaël MENGS
« Portrait de Casanova » 1760 – Raphaël MENGS

 » Si sa vie fut un opéra, Venise en est l’ouverture et le thème. Il y est né dans une ruelle prémonitoire, long boyau ocre aujourd’hui silencieux, la Calle della Commedia. C’était alors le broadway de la lagune, le quartier des théâtres. Nous sommes le 2 Avril 1725. Père comédien, mère comédienne et volage, Giacomo Casanova fut, peut-être, le fruit de ses amours avec un patricien, Michele Grimani, comme son frère Francesco serait, dit-on, le fils illégitime de George II de Grande Bretagne, encore Prince de Galles lors de son passage à Venise.

L’enfant est éduqué par sa nonna, grand-mère affectueuse installée au bout de la même rue. Une petite cour pavée ceinte d’immeubles modestes. Ses parents partent et reviennent sans se soucier du gamin qui montre cependant un visage sépulcral et saigne sans cesse du nez. Un jour la grand-mère  le couvre d’une couverture sombre et le fait discrètement embarquer sur une gondole. La brume monte des eaux mauves tandis que l’embarcation, couleur d’ébène, passe sous les ponts de pierre, croise les paline avant de doubler l’île de San Michele et de glisser en silence vers celle de Murano. La nonna, comme si elle était suivie, avance au rythme de ses regards furtifs. Une fois à terre, elle mène le petit Giacomo dans une espèce de taudis où vit une vieille femme : sorcière ou fée elle garde pendant toute la nuit sa créature qu’elle soigne à coups de caresses, de drogues brûlées et de conjurations. Guéri temporairement, l’enfant jure à sa grand-mère de ne pas raconter ce qu’il  a vu. C’est sa première initiation à la vie secrète des hommes, celle des coulisses, des pactes et bientôt des alcôves. Tous les sortilèges cependant, ne soignent pas l’enfant de l’humidité.

CASANOVA La petite rue qui s’enfonce était la Calle della Commedia Elle s’appelle désormais Calle Malipiero Venise Italie
La petite ruelle qui s’enfonce était autrefois la Calle Della Commedia. De nos jours elle s’appelle Calle Malipiero ( Venise / Italie )

A dix ans il part en pension pour Padoue où il découvre le jour les plaisirs de l’esprit,  et la nuit, en compagnie de Bettine, ceux du corps. Revenu à Venise, docteur en droit civil et canonique, il reçoit à dix-sept ans les ordres mineurs. C’est un homme. Il a compris le métier de ses parents, commediante, est le seul qui vaille. Il est prêt pour le premier acte. C’est dans l’église San Samuele, sur le Grand Canal, à quelques mètres du palais Grassi qu’il enfile son nouveau costume, celui de prédicateur. Grand, brun, yeux perçants, Casanova commence par un vers d’Horace. C’est un triomphe. L’assemblée l’acclame. Des billets d’admiration lui parviennent de toutes parts. Quelques-uns viennent de San Zaccaria, couvent de nonnes bénédictines, où les nobles vénitiens enferment certaines de leur fille pour ne pas avoir à payer de dot. Il tombe amoureux de l’une d’entre elles. Aujourd’hui une caserne a remplacé les parloirs que Francesco Guardi a immortalisé sur la toile et les carabiniers n’ont pas les charmes des moniales claustrées qui attendaient un libérateur.

CASANOVA Église San Samuele Venise Italie
Église San Samuele / Venise ( Italie )
CASANOVA Parloir du couvent San Zaccharia 1750 60 Francesco GUARDI
« Parloirs du couvent San Zaccharia  » 1750/60 Francesco GUARDI

Pour son deuxième prêche, le désinvolte arrive en retard, les vêtements en désordre, passablement ivre dans l’église : c’est un désastre et un scandale ! Le jeune aventurier devient alors le protégé du vieux Malipiero, un jouisseur avide de chair fraîche (ce praticien a donné son nom à la Calle della Commedia ) – C’est dans une des pièces de son palais que Malipiero a surprit un jour le jeune Casanova en train d’étudier l’anatomie de sa propre maîtresse Teresa Imer. Le séducteur sera disgracié . Il quitte Venise.

CASANOVA Palais Malipiero à Venise
Palais Malipiero à Venise (Italie)

Quand il revient, au début des années 1750, le jeune abbé n’est plus qu’un lointain souvenir. Soldat, magicien, avocat, médecin, l’imposteur a exercé tous les métiers en parcourant l’Europe(initié à la franc-maçonnerie à Lyon ) – Nuits à trois, parties fines, voyeurisme, il a goûté , avec méthode et sans aucun scrupule, à tous les jeux de l’amour. L’esprit fort ne craint plus rien, ni personne.  Il a retrouvé l’abbé Bernis , amis Versaillais, qu’il guide de ridotti en chambres closes pour une course effrénée aux plaisirs. Il fréquente les théâtres, parade devant les émissaires étrangers, confie ça et là qu’il a des colloques avec des démons de toutes les classes, qu’il connaît le secret des chiffres, possède des traités occultes et fait de la magie. Il fanfaronne comme d’habitude.

CASANOVA Cardinal de Bernis
Portrait du Cardinal François Joseph De  Bernis – 1744 – Peintre inconnu.  « Sur le chemin du plaisir, un peu encombré à Venise, il a rencontré un autre grand amateur : Casanova. On peut d’ailleurs supposer que c’est au cours de parties fines que Bernis a décidé d’employer son partenaire pour des tâches d’espionnage  » Jean-Marie ROUART (Romancier et essayiste français)

Le 26 juillet 1755, Messer Grande ( chef des archers de la République) se rend à son domicile et le déclare coupable de sorcellerie. Casanova demande qu’on lui laisse le temps de se raser, de se peigner. Il enfile un galant habit comme si il allait au bal, coiffe son chapeau bordé d’un point d’Espagne et orné d’un plumet blanc. Quarante archers l’attendent devant la maison, le font monter dans une gondole qui passe un à un les canaux jusqu’à rejoindre le Grand Canal. Il grimpe prestement les marches qui le mènent à son malheur, emprunte un pont fermé qui relie les prisons entre elles au-dessus du Rio di Palazzo et rejoint un affreux galetas sans lit ni chaise. La prison des Plombs , cet enfer de l’humanité vivante, se trouve sous les toits du Palais des Doges, celles du Puits est installées dans les sous-sols. La prison des plombs est une suite de cachots où l’aventurier ne peut même pas se tenir debout. Elle est peuplée de puces, de rats et l’on y est pourtant seul. Très vite une pensée l’obsède : celle de s’évader !

CASANOVA Prison des Plombs
Plan de la Prison des Plombs

Lors d’une de ses promenades, il ramasse discrètement un verrou. Il le frotte contre une pierre de marbre noir pour en faire un stylet. Il entreprend alors de faire un trou sous son lit. Les travaux nocturnes sont souvent perturbés par les prisonniers. Le 23 août 1756, un peu plus d’un an après le début de sa captivité, le travail est terminé. Casanova pourra prendre la fuite. Deux jours plus tard son gardien accourt pour lui annoncer la grande nouvelle, il va passer  » de ce vilain cachot à un autre plus clair et tout neuf «  où par deux fenêtres il verra la moitié de Venise et pourra se tenir debout.  Devant la vindicte de son gardien qui, en transportant les meubles, a découvert le sol creusé, Casanova a l’habileté de se faire plus menaçant : ‘ qui me faisait promener ? Qui était chargé de me surveiller ? Qui était complice ? N’as-tu pas de famille ? ça sera ma parole contre la tienne. » Il ne faudra que quelques secondes pour que le gardien affolé décide de ne rien dire et de boucher lui-même le trou.

Son nouveau voisin est un moine nommé Balbi, coupable de quelques enfants naturels. Casanova obtient le droit d’échanger avec lui quelques livres. Les deux hommes communiquent en latin en glissant des messages sous la reliure. Très vite ils envisagent de préparer leur évasion .C’est ainsi que Balbi récupère un stylet dans une bible, rejoint Casanova dans son cachot. Par la force des bras et un effort terrible, les deux hommes parviennent à dégager les plaques de plomb et se glisser sur le toit. Ils sont à califourchon sur le faîte du palais. L’appareillage de drap destiné à descendre les deux hommes jusqu’à terre, se révèle inutile. Ils parviennent à s’introduire par une lucarne dans les bureaux administratifs du palais, petite pièce tapissée de bois, sorte de cabine de bateau construire par les ouvriers de l’Arsenal. Ils dévalent l’escalier, passent la salle de la Grande Chancellerie et la Chancellerie secrète, le bureau du notaire ducal avant de rejoindre l’Atrium carré. Après avoir longtemps attendu et avoir changé de vêtements, ils parviennent à se faire ouvrir la porte par un garde qu’ils saluent comme deux convives qui se seraient attardés. Ils descendent l’escalier d’Or, puis l’escalier des Géants, traversent la cour, passent la porte de la Carta et sur la Piazzetta respirent à pleins poumons l’air humide de la liberté.

CASANOVA Illustration de Auguste LEROUX pour l’ évasion de Casanova et Balbi arrivés sur le toit du Palais des Doges
Évasion de Casanova et Balbi, arrivés sur le toit du Palais des Doges  – Illustration de Auguste LEROUX
CASANOVA Autre illustration supposant l’évasion de Casanova de la prison des Plombs Elle est parue dans le Dictionnaire populaire illustré en 1864
Autre illustration sur l’évasion de Casanova – Elle est parue dans le Dictionnaire Populaire Illustré en 1864

Quand il reviendra à Venise, le jeune homme aura bien vieilli. Vingt ans auront passé et tous l’auront presque oublié. Il aura pris le titre de chevalier de Seingalt, nom dont il se flatte d’être l’auteur. Chargé de mission par les services secrets de la Sérénissime, il entre alors dans le Plais des Doges par la grande porte. Il fait arrêter petits et grands, raconte ses souvenirs à Lorenzo Da Ponte, inspire sans doute une partie du livret de Don Giovanni, lance des journaux, écrit des pamphlets.

En 1783, à nouveau disgracié, il quitte sa ville et ne la reverra plus. Il couche alors sa vie sur papier. En 1788 il publie avec succès le récit de son évasion. En 1798, Casanova meurt en Bohème.  » Vincent TREMOLET DE VILLERS ( Journaliste français, chroniqueur en Histoire )

CASANOVA Louis ICART
CASANOVA par Louis ICART   » Il n’y a pas de femme au monde qui puisse résister aux soins assidus et à toutes les attentions d’un homme qui vent la rendre amoureuse  » Giacomo CASANOVA

P.S. :   » Casanova fut un très bel homme d’un mètre quatre-vingt-sept. Il avait de l’allure, s’exprimait merveilleusement bien et savoir faire des femmes ses complices. Pour les femmes, c’était un homme disponible, à l’écoute de leurs requêtes et moindres désirs. Ses conquêtes, estimées par ses soins à plus de cent vingt, étaient issues de tous les milieux et classes sociales : soubrettes, aristocrates, comédiennes, religieuses. Casanova est l’expression la plus aboutie du paradis de la liberté sexuelle qu’était alors Venise. Toute l’histoire de sa vie est ponctuée de maladies vénériennes qui se soignaient alors très mal. Mais la plus grave était la syphilis, dite le mal de Naples ou bien encore le mal français. Casanova est mort au château de Dux, édenté, très malade, entouré de domestiques qui le détestaient, oublié du beau monde qui l’avait tant choyé ! Il lui restera l’écriture. Il meurt en 1798  » Stéphane BERN ( Animateur de radio et de télévision, acteur et écrivain franco-luxembourgeois.)

 

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