Le pont de l’Europe … Gustave CAILLEBOTTE

 » Caillebotte fut probablement témoin de la dernière phase de la construction du pont de l’Europe qui fut inauguré en 1868. Cette vaste construction de fer, qui enjambe les rails de la gare St-Lazare, a immédiatement fasciné le public. Dès 1867, le Guide de Paris mentionne cette curieuse structure métallique qui  » étonne par sa forme bizarre et par son immensité « . Le sujet est résolument moderne, à la fois par son architecture en fonte et par sa situation près d’une gare. «  Ces cathédrales de l’humanité nouvelle où se déploie la religion du siècle écrit Théophile Gautier, sont le point de rencontre des nations, le centre ou tout converge  ».

Selon une légende familiale, la fascination de Caillebotte pour le pont de l’Europe fut telle, qu’il se fit construire un omnibus de verre afin de pouvoir l’observer et le peindre par tous les temps. Contrairement aux vues de la gare Saint-Lazare peintes à la même époque par Monet (Caillebotte en achètera trois versions) où l’écran de fumée obstrue la vision, l’image du pont est très nette.

En effet, le peintre ne cherche pas à décomposer le sujet mais, au contraire, à l’inscrire dans une géométrie inflexible. Le regard est contraint de suivre les principales lignes de composition : une série de diagonales qui, dans un effet de pénétration accélérée, convergent vers un point de fuite situé de façon inhabituelle au centre de la toile. Un critique écrit :  » Mr Caillebotte, si remarquable par son mépris de la perspective, saurait très bien, s’il voulait, faire la perspective comme le premier venu. Mais son originalité y perdrait. Il ne fera pas cette faute !  »

La perspective est soulignée par les barres obliques qui constituent un relais entre le grand angle du premier plan et le second plant. Cependant, le peintre joue subtilement sur l’orientation des regards pour contredire la rigidité de la perspectives. Un couple de promeneurs s’avance vers le spectateur.Attiré dans la même direction que celui de l’homme, notre regard est progressivement reconduit vers le premier plan, sur le personnage accoudé à la balustrade. Tourné vers la droite, il nous incite, à son tour, à fixer notre regard dans une direction perpendiculaire à l’axe du tableau. A ce chassé-croisé oculaire s’ajoute une composition toute en contraste. Contraste entre l’élégance du couple bourgeois et la mélancolie de l’ouvrier ; entre la singularité des figures et la répétition rythmique des croisillons de fer brut ; entre le bleu azur du ciel et le gris métallique des poutrelles.

Le pont de Caillebotte est fragmenté, arbitrairement interrompu par le bord de la toile. Chaque personnage est orienté dans une direction différente. Les regards ne se croisent pas, les mouvements sont figés. Les individus paraissent artificiellement réunis par la perspective, la coexistence sociale n’implique pas d’échanges. » Itzhak GOLDBERG (Professeur de l’histoire de l’Art à l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne, critique d’art français au Journal des Arts, et à de nombreuses reprises : commissaire d’expositions.)

PONT EUROPE CAILLEBOTTE
 » Pont de l’Europe  » Gustave CAILLEBOTTE

 

 

 

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