Le café …

 » Il est une liqueur, au poète plus chère,
Qui manquait à Virgile, et qu’adorait Voltaire ;
C’est toi, divin café, dont l’aimable liqueur
Sans altérer la tête épanouit le cœur.
Aussi, quand mon palais est émoussé par l’âge,
Avec plaisir encore je goûte ton breuvage.
Que j’aime à préparer ton nectar précieux !
Nul n’usurpe chez moi ce soin délicieux.
Sur le réchaud brûlant moi seul tournant ta graine,
A l’or de ta couleur fais succéder l’ébène ;
Moi seul contre la noix, qu’arment ses dents de fer,
Je fais, en le broyant, crier ton fruit amer,
Charmé de ton parfum, c’est moi seul qui dans l’onde
Infuse à mon foyer ta poussière féconde ;
Qui, tour à tour calmant, excitant tes bouillons,
Suis d’un œil attentif tes légers tourbillons.
Enfin, de ta liqueur lentement reposée,
Dans le vase fumant la lie est déposée ;
Ma coupe, ton nectar, le miel américain,
Que du suc des roseaux exprima l’Africain,
Tout est prêt : du Japon l’émail reçoit tes ondes,
Et seul tu réunis les tributs des deux mondes.
Viens donc, divin nectar, viens donc, inspire-moi.
Je ne veux qu’un désert, mon Antigone et toi.
A peine j’ai senti ta vapeur odorante,
Soudain de ton climat la chaleur pénétrante
Réveille tous mes sens ; sans trouble, sans chaos,
Mes pensées plus nombreuses accourent à grands flots.
Mon idée était triste, aride, dépouillée ;
Elle rit, elle sort richement habillée,
Et je crois, du génie éprouvant le réveil,
Boire dans chaque goutte un rayon du soleil. » Jacques DELILLE (Poète français – Extrait de son traité Les trois règnes de la nature / 1808/09 )

21.6.2020 : fête des pères …

 » Peut-on s’habituer à être père ou mère ? De la même façon que l’on s’habitue aux tristesses ou à la joie ? Je ne le pense pas. …. Un jour, tu connaîtras l’émotion d’appartenir à un petit être. C’est un sentiment indescriptible, même lorsqu’il est vécu   au quotidien. Tout à coup notre planète personnelle bascule. Notre nombril se rapetisse. On ne vit plus pour soi, ni pour un autre, on vit dans l’autre. Je ne m’en serai jamais douté avant que tu ne déboules sur ma route. Tous les pères du monde se sont faits la même réflexion. Toutes les mères aussi. Même celles et ceux qui proclamaient ne pas avoir la fibre paternelle ou maternelle. Tôt ou tard, au détour d’une larme ou d’un éclat de rire, le ventre se noue, l’émotion jaillit, et tous les atermoiements s’évanouissent comme sous l’effet d’une baguette magique.

Tu sais de quelle façon tu t’es posé sur notre vie. Tu n’es pas le fruit du hasard. Je n’es pas un accident de parcours. Tu es un choix. Le choix que l’on fait d’aimer. D’aimer totalement, définitivement, sans condition aucune. Quoi qu’il advienne, ne doute jamais de cette affirmation. Jamais. Ni demain ni dans mille ans. Il m’arrivera certains jours de te bousculer, de te rabrouer, de me montrer injuste. Dis-toi que ces états d’âme n’ont aucune importance. Ce sont des petites secousses sismiques qui ne méritent pas que l’on remette en question les jours et les nuits de grand calme.

Si je te dis ces choses, bien que te sachant trop jeune pour les bien comprendre, c’est pour demain. Quand les années viendront et que tu commenceras à éprouver le manteau du temps. Tu reliras ces lignes et elles effaceront d’un grand coup de gomme les chagrins et les doutes qui auront pu t’assaillir à mon insu. Les parents sont souvent maladroits. On ne trouve pas toujours les mots justes quand il faut, le jour où il faut. Parce que les enfants ne sont rien d’autres que d’anciens enfants. Ils conservent, toute leur existence durant, les maladresses, les changements d’humeur, les égoïsmes de l’enfance, les coups de froid, les rhumes. Certains guérissent mieux que d’autres . C’est tout …  »  Gilbert SINOUÉ ( Écrivain égyptien de langue française -extrait de son livre A mon fils à l’aube du troisième millénaire )

Fête des pères
Tableau : Daniel GERHARTZ