La musique …

 » O musique, pouvoir inexpliqué, mystère
Que la science en vain scrute d’un œil austère ;

Langue où le verbe cesse, où commence le cri
Du gouffre que nul mot n’articule et n’écrit ;
Rendez-vous merveilleux où convergent dans l’ombre
L’espace avec le temps, la forme avec le nombre,
Et traduits en accords de leur mélange issus,
Se pénétrant l’un l’autre en magiques tissus,
Comme les flots couvrant les sables de la grève,
Laissent apercevoir le réel sous le rêve !
Fleuve au large murmure, où cent peuples divers
Viennent se retrouver des bouts de l’univers.
Et que chaque homme ému jusqu’au fond de son être,
Aussitôt qu’il l’entend, comprend sans le connaître !

Par quel rapport étrange et quel chemin subtil,
Par quelle loi secrète, un tel accord fait-il,
Éveillant mille échos dans nos fibres intimes,
Chanter et résonner la joie aux cris sublimes,
Et tel autre en sanglots éclater la douleur ?
Et d’où vient que le son, comme aux yeux la couleur,
En détours inconnus arrivant par l’oreille,
Sait parler à l’esprit une langue pareille ?
Si bien que nous voyons, lorsqu’en flots écumants
L’orchestre ouvre l’écluse à tous ses instruments,
Apparaître tantôt des figures rieuses,
Tantôt des visions graves et sérieuses !

Dans le scherzo badin le plaisir fugitif
Secouant ses grelots, et, d’un rythme furtif.
Amenant après lui la folie et sa danse,
Et les masques joyeux sautillant en cadence ;

Et le sarcasme, fifre au rire étincelant,
Qui sait punir les sots, et, comme un fouet sifflant,
Sur le dos des bassons qu’en jouant il étrille,
Faire claquer l’arpège et rebondir le trille ;
Et la plaisanterie, avec ses gais propos,
Où la verve déborde, où le chœur des pipeaux,
Des flûtes, des haut bois, des violons alterne
Avec les cors profonds grondant d’un air paterne !

…. O prodige inouï ! le maître souverain,
Faisant parler les bois, les cordes et l’airain,
Par son art formidable arrive à tel prestige
Que l’esprit s’épouvante, et, saisi de vertige,
Éperdu, s’interroge, et doute par instant
Si par l’oreille émue il voit, ou s’il entend !…Charles BELTJENS ( Poète néerlandais d’expression française / Extrait de son poème  » A Beethoven  » écrit en 1880)

Musique roger SURAUD
 » La musique  » par Roger SURAUD

Année BEETHOVEN : Symphonie N°9 Op.125 …

 

( Vidéo : Ier mouv. Allegro ma non troppo –  Nikolaus HARNONCOURT à la direction du CHAMBER ORCHESTRA OF EUROPE )

Elle n’est pas la seule œuvre que Beethoven composera avec un chœur puisqu’il avait déjà écrit la Fantaisie pour piano, chœur et orchestre Op.80 en 1808 . Certes, elle voit le jour entre 1822 et 1824, mais elle est le résultat d’un projet qu’il avait en tête depuis une trentaine d’années,  à savoir une partition grandiose, pour ne pas dire titanesque, quelque chose qui soit ,comme il le disait,  novateur et incroyable.

Elle verra  le jour avec en 4e mouvement, ce sublime Hymne à la joie, et sera créée en 1824 au théâtre Kärntnertor de Vienne, en présence de Beethoven où elle obtiendra un triomphe.  Elle est dédiée à Friedrich Wilhelm III roi de Prusse.

A cette époque,  Beethoven était sourd , mélancolique, dépressif et il avait  des problèmes financiers même si ses partitions se vendaient bien. Malgré son état inquiétant, il produira deux chefs d’œuvre qui seront créés ensemble : Missa Solemnis et la Symphonie N°9.

(Vidéo :  2nd mouv.- Nikolaus HARNONCOURT à la direction du CHAMBER ORCHESTRA OF EUROPE )

Elle reste assurément la plus célèbre des symphonies de Beethoven, notamment en raison du dernier mouvement, ce chœur sublime, cet apocalyptique Hymne à la joie empreint  de fraternité et d’amour universel , dont le thème musical deviendra (avec quelques arrangements)  l’Hymne officiel de l’Union européenne, une décision prise par le Conseil de l’Europe en 1972, adoptée par les États membres en 1985.

Le texte a été écrit en 1785 par le poète allemand Friedrich Von Schiller. Il plaisait énormément à Beethoven parce que porteur des idéaux qu’il avait en lui en matière d’égalité, de fraternité et de liberté. Il  souhaitera le mettre en musique. C’est ainsi que quelques passages apparaîtront d’abord dans un lied, puis dans la Fantaisie dont j’ai parlé au début, jusqu’au jour une partie plus importante du poème initial  sera insérée dans cette  symphonie avec chœur.

C’est une partition qui rassemble, qui console, complexe, prenante, très novatrice dans l’instrumental, subtile, toute en finesse, révoltée, impétueuse, expressive, obsédante, mais également empreinte de délicatesse et de sérénité . La voix vient tel un instrument, lyrique, fougueuse, émotionnelle.

(Vidéo : CHOEUR Arnold SCHÖNBERG – Birgit REMMERT (Contralto ) – Charlotte MARGIONO (Soprano) – Robert HOLL (Basse-Bariton) – Rudolf SCHASCHING (Ténor) – Direction du CHAMBER ORCHESTRA OF EUROPE : Nikolaus HARNONCOURT)

 »Joie ! Joie ! Belle étincelle divine,
Fille de l’Elysée,
Nous entrons l’âme enivrée
Dans ton temple glorieux.
Ton magique attrait resserre
Ce que la mode en vain détruit ;
Tous les hommes deviennent frères
Où ton aile nous conduit.Si le sort comblant ton âme,
D’un ami t’a fait l’ami,
Si tu as conquis l’amour d’une noble femme,
Mêle ton exultation à la nôtre!
Viens, même si tu n’aimas qu’une heure
Qu’un seul être sous les cieux !
Mais vous que nul amour n’effleure,
En pleurant, quittez ce chœur !Tous les êtres boivent la joie,
En pressant le sein de la nature
Tous, bons et méchants,
Suivent les roses sur ses traces,
Elle nous donne baisers et vendanges,
Et nous offre l’ami à l’épreuve de la mort,
L’ivresse s’empare du vermisseau,
Et le chérubin apparaît devant Dieu.Heureux,
tels les soleils qui volent
Dans le plan resplendissant des cieux,
Parcourez, frères, votre course,
Joyeux comme un héros volant à la victoire!
Qu’ils s’enlacent tous les êtres !
Ce baiser au monde entier !
Frères, au-dessus de la tente céleste
Doit régner un tendre père.
Vous prosternez-vous millions d’êtres ?
Pressens-tu ce créateur, Monde ?
Cherche-le au-dessus de la tente céleste,
Au-delà des étoiles il demeure nécessairement.  » Friedrich Von SCHILLER