CÉZANNE et les Maîtres : rêve d’Italie …

CEZANNE ET LES MAITRES REVE D ITALIE

« Cézanne était un grand artiste, un grand homme, un grand chercheur. Nous sommes dans une période de chercheurs plus que de créateurs. Nous aimons passionnément Cézanne pour la pureté de son idéal. Il n’est jamais entré dans son esprit d’autre pensée que celle de faire de l’art. Il ne tenait compte ni de l’argent, ni des honneurs. Avec Cézanne c’était toujours le tableau à venir qui l’occupait, à un point tel qu’il n’accordait peu d’importance à ce qu’il avait déjà fait. J’aime beaucoup ce mot de Cézanne  » j’ai mis quarante ans à découvrir que la peinture n’était pas la sculpture  » …. Cela signifie qu’au début, il pensait devoir forcer ses effets de modelé avec du noir et du blanc et charger ses toiles de peinture pour égaler, si possible, les effets de la sculpture. Plus tard l’étude lui montra que le travail de peintre consistait à utiliser la couleur de telle façon que, même avec très peu d’épaisseur, cela produisait un effet pleinement satisfaisant . Cézanne était un homme de grandes qualités et de grands défauts. Seulement qualités et défauts n’ont aucune importance. Ce qui compte c’est toujours cette passion de l’artiste qui vous entraîne avec lui. » Pierre Auguste RENOIR

CEZANNE en 1906 devant sa maison
Paul CÉZANNE devant sa maison en 1906

Le musée Marmottan Monet vient de ré-ouvrir depuis le 2 juin . Il  nous propose d’aller à la rencontre de Paul Cézanne et l’Italie, en deux parties,  deux influences : une première qui est vue comme un entretien que Cézanne aurait pu avoir avec les maîtres  italiens des XVIe et XVIIe siècles, et une deuxième sur l’influence que lui-même a eu sur les peintres du Novecento : Soffici, Carra, Boccioni, Morandi, Pirandello etc…  Ces derniers ont été amenés à admirer la peinture quasi mystique des dernières années du Maître d’Aix-en-Provence, lors d’expositions faites sur lui, en Italie, en 1907 et 1908 . La confrontation est saisissante et incroyablement intéressante. Elle s’intitule :

 » CÉZANNE et les Maîtres – Un rêve d’Italie  » ( initialement prévue jusqu’au 5 juillet, mais prolongée en raison du confinement ) – On peut y admirer des chefs-d’oeuvre de grands maîtres italiens Vénitiens, Romains ou Napolitains  connus ou d’autres un peu moins, tous très talentueux  : tels que Rosai, Carrà, Boccioni, Soffici, Pirandello, Tintoret, Morandi,  Giordano, Tintoret, Bassano, etc …. mais aussi espagnols et français  (puisque El Greco, élève de Titien, et Millet ou  Poussin sont là aussi) sont donc mis face aux siens.

CEZANNE Poussin
 » Paysage avec Agar et l’ange  » – Après 1660 – Nicolas POUSSIN ( Galleria Nazionali d’Arte Antica / Rome )
CEZANNE château noir
 » Château Noir  » – 1903/1904 – Paul CÉZANNE ( Musée Picasso / Paris )
 » La dame à l’hermine d’après El Greco  » – 1885/86 – Paul CÉZANNE ( Galerie Daniel Katz à Londres)

Au total une soixantaine de toiles issues de prêts venus de collections particulières, musées français, mais également écossais, italiens, espagnols, canadiens, américains, suisses, allemands .

CEZANNE montagne Sainte Victoire vers 1880
 » La montagne Sainte-Victoire  » vers 1880 – Paul CÉZANNE ( Musée d’Orsay / Paris ) – Ce tableau illustre l’affiche de l’expo
CEZANNE Paysage classique Millet
 » Paysage classique  » Jean-François MILLET (Musée du Louvre / Paris )

Cézanne n’a jamais été en Italie. Toutefois, lorsque l’on regarde les tableaux de sa chère Provence, on y sent comme une inspiration profondément italienne , ce qui est d’autant plus curieux car, non seulement il n’a jamais vraiment manifesté un intérêt particulier pour l’Italie, mais  il n’était pas, non plus d’ailleurs ,  du genre à avouer que cela ait pu avoir une quelconque influence sur sa peinture. Toutefois, il n’a pas été stupide et les merveilleux  aspects de la peinture italienne ont très probablement retenu son attention

 » Cézanne s’est dédié à sa Provence natale, porteuse d’une richesse antique toujours vivante. Elle est, au besoin, dans la conquête du mythe, une autre Italie  » Alain TAPIÉ (Commissaire de l’exposition)

En revanche, il fut,  durant toute sa vie, un lecteur fidèle et assidu des œuvres de Virgile, Ovide et Lucrèce, des lectures qui ont l’on souvent guidé dans sa façon d’exprimer son lien spirituel avec le monde.

Tout ce qu’il  a assimilé dans les musées, que ce soit ceux d’Aix-en-Provence ou au Louvre à Paris,  lui a servi pour la création de son oeuvre personnelle. Il a conservé l’esprit de tout ce que son regard a absorbé et il l’a modernisé. Quoi qu’il en dise, l’influence de la peinture italienne aura eu un impact sur son travail, dans  la touche et la couleur,l’intensité,  le mouvement des corps. Cette couleur dans laquelle naissent la forme et la lumière  des maîtres vénitiens ou le mystère de la peinture napolitaine  . Réciproquement la lumière ensoleillée et pleine de clarté de certains de ses tableaux nous rappelle celle de l’Italie.

« Quand on parle de peinture, on imagine des phases successives, croquis, dessin, mise au carreau, application de la couleur. Avec les Vénitiens et avec Cézanne, tout se joue dans la touche. La touche c’est à la fois la ligne, la nuance, la forme, la teinte, la couleur. Il modèle la peinture. » Marianne MATHIEU ( Directrice scientifique au musée Marmottan et co-commissaire de l’expo)

CEZANNE paysage en provence
 » Paysage en Provence  » 1879/1882 – Paul CÉZANNE (Pola Museum of Art / Hakone)
CEZANNE Ottone Rosai
 » Paysage  » 1922 – Ottone ROSAI ( Collection de la Fondation Cariplo / Milan )
CEZANNE La route tournante en Provence
 » La route tournante en Provence  » – 1866 env. Paul CÉZANNE ( Musée des Beaux Arts de Montréal / Montréal )
CEZANNE la route Ardengo SOFFICI
 » La route  » 1911 – Ardengo SOFFICI ( Collection particulière de Marina Poggi, petite fille du peintre

Cézanne a été un novateur, un artiste surprenant qui a révolutionné son art. On peut affirmer qu’il a réinventé la peinture, non pas qu’il ait manqué de respect vis-à-vis de la traditions ou des formes anciennes, mais parce qu’à ses yeux, il fallait la bouleverser pour la faire avancer. A un moment donné de sa carrière, il a complètement changé sa façon de peindre, en travaillant davantage sur le motif. On y voit alors plus de traits, de lignes, des couleurs en touches juxtaposées, même l’ombre, sa chère ombre, est vue comme un ton bien précis. Lumière et obscurité s’accentuent.

Cette modernité , il l’a très très certainement  trouvée  chez les peintres vénitiens et romains . Les premiers  étaient modernes par la force de leur peinture, leur émotionnel et les exigences techniques. Un tel état d’esprit a rendu leur peinture incroyablement magnifique et admirable, ce qui n’a certainement pas échappé à Cézanne quoi qu’il ait pu en dire. Des seconds, il retiendra l’équilibre et l’harmonie des paysages, des figures ou des natures mortes . Tout cela n’échappera pas aux peintres italiens du Novecento !

Précurseur du cubisme en raison du fait de la synthèse et de la géométrisation de ses sujets sur la toile, leur multiplication, il sera aussi le mentor ( à la fin de sa vie )  des peintres avant-gardistes qui viendront après lui. Une façon de voir les choses qui sera, plus tard, reprise par les cubistes ( Pissarro, Monet, Renoir, mais aussi Picasso, Van Gogh, Kankinsky, Rothko, Giacometti, Balthus, Gauguin etc….)

«  Il était notre père à tous. C’est lui qui nous protégeait. Il était mon seul et unique maître ! Vous pensez bien que j’ai regardé ses tableaux et que j’ai passé des années à les étudier. Picasso

 » Personnellement je tiens Cézanne pour un génie. Il a su exprimer, de façon nouvelle, par ses tableaux, la mystérieuse perception du monde qui avait déjà animé Géricault, Goya, Greco, Tintoret, Signorelli et Delacroix  »  Max BECKMAN

CEZANNE autoportrait à la palette
 » Autoportrait à la palette  » 1890 env. Paul CEZANNE ( Fondation et collection Emil G.Bührle) – Cézanne a souvent été son propre modèle. Ceux du début de sa carrière sont assez violents, avec une peinture épaisse qui donnait aux traits une certaine puissance et du volume, des cernes sous les  yeux, un teint sombre. Cela surprendra beaucoup à l’époque, voire même ne plaira pas du tout ! Les autoportraits de sa fin de vie sont beaucoup plus fins, aérés et souvent à l’aquarelle. Probablement avait-il fait la paix avec lui-même avec les années ….

Il y a eu différentes périodes dans la vie picturale de Cézanne : celle de ses débuts, révolutionnaire, impétueuse, volcanique, travaillée au couteau, à la couillarde disait-il. Elle est virile, physique, épaisse. Pas franchement appréciée, ni même comprise. La critique ne sera pas tendre avec lui à chaque fois qu’il exposera dans les Salons. Il sera souvent refusé, rejeté aussi. Ce qui l’amènera à se remettre en question …

Vient ensuite la période impressionniste, sous l’influence de Pissarro (et réciproquement) : il plante son chevalet en pleine nature, peint en bord de Seine ou de l’Oise. La palette est plus claire, plus douce. Pour autant, attention, on ne peut pas tellement le définir comme impressionniste tant il continue d’être inclassable et mystérieux et d’ailleurs, lui même n’a jamais voulu être rangé dans une quelconque catégorie….

Et enfin la période de la maturité où il s’émancipe, dépasse l’impressionnisme avec des toiles plus proches de l’abstrait avec son côté géométrique dans les formes. La touche est empreinte d’une grande liberté. C’est l’époque de la consécration, celle qui va influencer de nombreux mouvements et des peintres de nationalités diverses.

Il a construit son oeuvre autour de différentes thématiques : les portraits, les natures mortes, les baigneuses, et les paysages avec et surtout ceux de sa Provence natale, ceux de la montagne Sainte-Victoire près d’Aix-en-Provence qui à elle seule fera l’objet de très nombreuses toiles. Il a beaucoup  aimé peindre des paysages, plus que des portraits d’ailleurs. Mais lorsqu’il abordait le portrait, les visages et les corps étaient peints un peu  de la même façon qu’il le faisait avec des arbres.

CEZANNE objets en cuivre et vase de fleurs
 » Objets en cuivre et vase de fleurs  » – 1860/62 – Paul CÉZANNE (Collection de la Fondation Pierre Granadda /Martigny )
CEZANNE nature morte cristofo Munari
 » Nature morte  » XVIIe-XVIIIe siècles – Cristoforo MUNARI ( Fondation Custodia – Collection Frits Lugt / Paris )

L’enfant timide et réservé qu’il fut autrefois deviendra un adulte colérique. Il gardera toute sa vie son accent du sud . On le disait  tout aussi rustre  dans ses attitudes que  plein de douceur dans sa façon de s’exprimer. Tous les témoignages que l’on peut lire sur lui, affirment  qu’il était un homme au tempérament très fort, colérique, s’emportant pour un rien, provocateur, misanthrope, réfractaire aux critiques qu’elles soient officielles ou venant de ses camarades.

Il faut savoir qu’en 1895, la carrière de Cézanne va prendre un tournant complètement différent lorsqu’elle sera prise en mains par le marchand d’art  Ambroise Vollard et à partir de là non seulement les expositions de son travail vont se multiplier mais les prix de ses tableaux  ne vont pas cesser de grimper . On achète Cézanne, on le collectionne, il est une référence, même ses collèges peintres feront l’acquisition de ses toiles.

Il a été un très grand ami de Zola ( trente ans ! ) depuis le collège Bourbon à Aix. Une amitié qui malheureusement se terminera en 1886 après la parution du roman de l’écrivain (l’Oeuvre ) dans lequel il décrit Lantier, un peintre raté et incompris. Cézanne le prendra pour lui et ne l’acceptera pas. Il ne donnera plus de ses nouvelles à son ami. Il coupe les ponts. On  voit souvent des pommes dans les natures mortes de Cézanne . C’est un souvenir émotionnel cher à son cœur. Elles ont représenté pour lui l’amitié , celle d’Emile Zola qui  lui avait offert un panier de pommes lorsqu’il  avait pris sa défense au collège.

Quelques années, après la mort de Zola, lors d’une inauguration d’une statue à l’effigie de l’écrivain, il avouera avoir ressenti  une profonde émotion. Il y avait plus de vingt ans qu’il n’avait plus de contact avec lui et éprouvera de profonds regrets.

Cézanne est  né en 1839 à Aix en Provence. Ses parents Louis Auguste et Anne Elisabeth ne sont pas mariés. Ce qui n’empêchera pas son père de le reconnaître lui et ses deux sœurs Marie et Rose. Le couple finira par officialiser en 1844.

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 » Louis Auguste Cézanne, père de l’artiste, lisant L’Événement  » – 1866 – Paul CÉZANNE (National Gallery of Art/ Washington ) – On pense souvent à ce peintre pour ces paysages baignés de lumière et de soleil, ou ces si particulières natures-mortes. On a tendance à oublier qu’il fut aussi un merveilleux portraitiste ( 200 parmi toute sa collection dont 26 de lui et 29 de son épouse) – Ce sont des tableaux audacieux, uniques  pour l’époque que ce soit dans la forme et la couleur. Il a abordé les portraits de façon quasi obsessionnelle, s’y reprenant un nombre incroyable de fois pour arriver à se rapprocher le plus possible d’une ressemblance évidente. On ne peut pas dire qu’ils soient empreints de sentiments. Ils sont plutôt psychologiques, durs parfois, et pourtant il sont touchants et sensibles lorsqu’on les regarde.
CEZANNE portrait du pière de l'artiste Giovanni SERODINE
 » Portrait du père de l’artiste  » 1620/30 – Giovanni SERODINE ( Museo d’Arte della Svizzera Italiana à Lugano )

Louis Auguste était, à l’origine, un chapelier . Suite à une grosse crise économique, une banque réputée d’Aix en Provence fait faillite. Il va en profiter pour s’associer avec le caissier de l’établissement et la racheter. Il deviendra donc banquier. La famille vivra plus aisément et lorsqu’il héritera de son père, Cézanne n’aura jamais plus à ce soucier du lendemain, demander de l’aide à ses mais pour continuer son art ou vendre ses toiles pour vivre et manger comme il a pu le faire à une certaine époque de sa vie.

Adolescent il n’y avait qu’une chose qui l’intéresser vraiment : peindre et dessiner. Il va d’ailleurs prendre des cours. Son père s’opposera longtemps  à cette envie  et pour ne pas se mettre à dos la volonté paternelle, il ira en faculté de droit, travaillera même dans la banque familiale. Mais il abandonnera très vite l’éventuelle idée d’une carrière juridique car elle ne le passionnait absolument pas.

En 1861 il prend sa voie picturale en mains, l’impose à son père.Ce dernier l’autorise à monter à Paris un an plus tard et lui alloue pour ce faire une pension . Malheureusement, il est refusé aux Beaux Arts et suivra des cours à l’Académie Suisse, Quai des Orfèvres,  où il va étudier notamment Rubens, Velasquez, mais également deux peintres français qu’il admire : Delacroix et Courbet.

C’est là également qu’ il rencontrera celui qui deviendra un véritable ami : Camille Pissarro, mais aussi Claude Monet et Pierre Auguste Renoir. Par ailleurs tout en se rendant fréquemment au Louvre où il apprend sur le tas, non pas en copiant, mais en regardant attentivement  les Maîtres d’autrefois pour bien les intégrer non seulement dans son esprit mais dans sa peinture, avec l’idée de moderniser ce qu’il vient de voir.

 » Le Louvre est un livre où nous apprenons à lire. Nous ne devons cependant pas nous contenter de retenir les belles formules de nos illustres devanciers. Sortons-en pour étudier la belle nature, tâchons d’en dégager l’esprit, cherchons à nous exprimer suivant notre tempérament personnel. Le temps et la réflexion d’ailleurs modifient peu à peu la vision et la compréhension nous vient. » P.C.

Pissarro et Cézanne, comme je l’ai dit, vont être de grands amis. Le premier va très vite pressentir ce que le second deviendra un jour. Réciproquement, Cézanne ne tarit pas d’éloges sur Pissarro dont il dit qu’il est humble et colossal. Lorsque Pissarro décédera, Cézanne lui rendra un vibrant hommage en exigeant que dans le catalogue de l’une de ses expositions , il soit inscrit sur l’un de ses propres tableaux «  élève de Pissarro  »

 » Dès le moment où vous cherchez un mouton à cinq pattes, je crois que Cézanne pourra vous satisfaire car il a des études fort étranges et vues d’une façon unique  » Camille Pissarro  au critique Théodore Duret ….  » D’où vient que vous ne dites pas un mot sur Cézanne, que pas un de nous n’admette comme un ds tempéraments les plus étonnants et les plus curieux de notre époque et qui a eu une très grande influence sur l’art moderne  ?  » à Huysmans en 1883, mécontent que le livre de ce dernier ne mentionne pas son ami Cézanne.

C’est dans cette Académie qu’il rencontre également Hortense Fiquet. Elle n’a que 19 ans, lui 30. Elle est ouvrière, pose déjà pour des peintres et sculpteurs et n’est pas franchement attirée par le mariage. Elle deviendra sa maîtresse, son modèle, sa compagne. Leur relation restera très longtemps secrète.. Il finira par l’épouser en 1886 après avoir vécu 16 ans avec elle. Elle lui donnera un fils en 1872. Même s’il fut marié et père de famille, Cézanne a eu d’autres élans amoureux sans suite. D’une manière générale, il a, de toutes façons,  beaucoup plus aimé la vie solitaire, en reclus.

Beaucoup ont affirmé qu’Hortense ne fut pas très heureuse auprès de cet homme assez rudimentaire et dur. Le temps a fini par adoucir leur union.  Elle a , semble t-il, fait preuve d’une grande patience envers son époux, mais apparaissait souvent triste, mélancolique, avec un visage fermé, voire résigné.

CEZANNE Hortense FIQUET
Hortense FIQUET son épouse

En 1872, Cézanne s’installe à Auvers-sur-Oise ( dans la maison du Docteur Gachet)  sur les conseils de Pissarro. Celui-ci lui  enseignera les principes de la peinture impressionniste : être en plein air , à la lumière du jour, tenter de capter les nuances de cette lumière  et ce par petites touches de couleur. Les conseils de Pissarro vont avoir une grande importance au début de sa carrière picturale et il les écoutera avec beaucoup d’attention.

CEZANNE ET PISSARRO à AUVERS
Auvers-sur-Oise en 1874 :  à droite Camille PISSARRO  – Assis sur le banc Paul CÉZANNE – l’enfant au milieu  est Lucien PISSARRO – A gauche il y a des amis

Cézanne fera partie du groupe des Impressionnistes en 1874.  Il sont un trentaine à être refuser par le Jury du Salon Officiel. Du coup, le photographe Nadar leur propose d’exposer dans son atelier. C’est là que le critique Louis Leroy donnera le nom de leur groupe : impressionniste en voyant le tableau de Monet Impression soleil levant. Parmi eux on trouve Cézanne, Degas, Pissarro, Mont, Renoir, Sissley …..

Trois ans plus tard, en 1877, il se sépare de ce groupe pour mieux se concentrer sur la nature, les formes, les volumes, la structuration des objets et sur une autre évolution de la peinture. Le dessin devient alors indissociable de la couleur dans ses tableaux. Il gardera des impressionnistes le goût de la peinture en extérieur, retournera en Provence, s’installera dans l’atelier que son père avait tout spécialement fait construire pour lui dans la propriété familiale du Jas de Bouffan non loin d’Aix-en-Provence.

De temps à autre, il enverra un tableau au Salon. La répétition d’un même sujet à savoir la Montagne Sainte Victoire lui permettra de faire de faire évoluer son langage pictural tel qu’il l’entendait personnellement.

La reconnaissance viendra à lui en 1895 grâce au marchand d’art Ambroise Vollard qui organisera une première exposition lui étant entièrement consacrée . Certes le public n’était pas franchement enthousiaste, mais les collectionneurs le seront infiniment. Pour autant, ce succès tardif ne va l’éblouir. Il continuera sa passion avec acharnement, même vieillissant, à la recherche d’une nouvelle lumière qui pourrait le surprendre.

Ses premières toiles ont souvent une inspiration plutôt romantique, d’inspiration allégorique. On trouve très souvent des natures mortes, et des sujets plutôt réalistes. Lorsqu’il entrera dans le groupe des Impressionnistes, sa peinture va changer, mais pour autant elle est incomprise et scandalise. Les premiers salons sont un échec, il en sera attristé – Quelques temps plus tard,  il va rompre avec le mouvement impressionniste et repart dans sa Provence natale où les paysages de la montagne Sainte-Victoire ne cesseront d’être son sujet de prédilection.

Les toiles à partir de 1880 vont être beaucoup plus sereines, apaisées, quasi intériorisées, traductrices de tous ses ressentis émotionnels.

En 1889, ses parents sont tous deux décédés, il vend alors la propriété du Jas de Bouffan. Il effectuera des voyages en France ( il rendra notamment visite à Monet dans sa maison de Giverny) et en Suisse également.

Entre 1901 et 1902,  Il achète sur la colline des Lauves une ferme et un grand terrain magnifiquement arboré. Il y fera construire un atelier avec une immense verrière  décoré de tous les objets qu’il affectionne tout particulièrement. Il va y passer des journées entières. Il y vit seul car son épouse et son fils demeurent à Paris  . Sa santé est délicate, il est diabétique et souffre de très violentes migraines.

Après avoir passé plusieurs heures  à peindre au cabanon de Jourdan qu’il loue  en pleine nature près du plateau des carrières de Bibémus , il a un malaise à l’extérieur et reste plusieurs heures sous la pluie Des charretiers le trouvent et le ramènent comateux à son domicile. Malheureusement, il  meurt d’une pleurésie à Aix en Provence en 1906. Ses obsèques ont eu lieu à la cathédrale Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence.

 » Je me suis juré de mourir en peignant …  » P.C. peu de temps avant sa mort

Son fils Paul a conservé l’atelier de son père fermé gardant pour lui ce lieu si important pour son père, ainsi que toutes les toiles qui s’y trouvaient. Et puis un jour, en 1921, il va se résoudre à vendre la maison et petit à petit les toiles. lesquelles furent acquises ( pour la plupart) par des collectionneurs américains. C’est du reste, grâce à certains d’entre eux, que l’atelier a réussi à être préservé de la démolition. Ils créent une fondation pour sa préservation et proposent à l’État français de s’en occuper. Ce dernier ne le souhaite pas. C’est l’Office du tourisme de la ville d’Aix-en-Provence qui en est désormais le propriétaire. L’atelier est devenu le musée Cézanne.

La carrière de Paul Cézanne a duré plus de cinquante ans. Elle fut exemplaire. Jamais il ne cessera de peindre, de persévérer,en essayant toujours de peindre ce qu’il ressentait profondément,  essayant toujours de comprendre son art avec ténacité.

CEZANNE Sironi fratello Ettore
 » Ritratto del fratello Ettore  » 1910 env. Mario SIRONI (Collection Romana Sironi/Rome)
CEZANNE l'homme assis
 » L’homme assis  » –  1905/06 – Paul CÉZANNE ( Museo Nacional Thyssen-Bornemisza / Madrid )
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 » Tête de vieillard (Probablement le père Rouvel de Bennecourt) – 1866 env. Paul CÉZANNE (Musée d’Orsay / Paris )
CEZANNE portrait de Jacopo da Ponte
 » Portrait d’Antonio Da Ponte ( architecte officiel de la République de Venise) – d’Après Jacopo BASSANO ( Bassano del Grappa) – ( Musée du Louvre / Paris )

 

« La lecture du modèle (et sa réalisation) est quelquefois très lente à venir pour l’artiste.  Je continue péniblement mes études de peintureJe procède très lentement, la nature s’offrant à moi très complexe.  Je demeure sous le coup de la sensation et, malgré mon âge, vissé à la peinture. » dira t-il à la fin de sa vie.

 

 

 

 

 

 

10 réflexions sur “CÉZANNE et les Maîtres : rêve d’Italie …

    1. L’expo n’est pas une rétrospective, mais elle n’en demeure pas moins intéressante pour le regard qu’elle porte sur ce côté italien que l’on retrouve dans certaines toiles de Cézanne et ce même si, comme je le dis dans mon article, il n’a jamais été dans ce pays. Merci pour l’intérêt Matilde et très belle journée à toi. Je suis ravie que ce peintre te plaise ♥

      Aimé par 2 personnes

    1. L’exposition, de par son sujet et ses œuvres, est vraiment superbe. Cette influence italienne est fort présente chez ce peintre, quoi qu’il ait pu penser ou en dire, ce qu’il a pu voir et admirer dans les musées, l’a amené à faire, en effet, de son cher Aix-en-Provence une petite Italie. Merci Alain ♥

      Aimé par 2 personnes

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