RAPHAËL à CHANTILLY – Le maître et ses élèves …

EXPO RAPHAEL

«  Il possédait si bien l’art de plaire, l’art de séduire et de charmer, que sa main n’attendait pas toujours sa pensée et négligeait parfois le travail de la méditation comme inutile au succès de son œuvre, comptant sur la beauté des lignes pour imposer silence aux juges les plus sévères. Mais cette confiance, même si souvent justifiée, ne reposait-elle pas sur un travail persévérant ? Si Raphaël n’est pas le premier dans toutes les parties de la peinture, aucun peintre ne peut disputer le premier rang car aucun n’a réussi au même degré que lui, toutes les qualités que lui donne dans l’étude et le génie. » Gustave PLANCHE (Critique littéraire et critique d’art)

« On vit clairement dans la personne, non moins excellente que gracieuse de Raphaël, à quel point le Ciel peut parfois se montrer généreux et bienveillant, en mettant, ou pour mieux dire, en déposant et accumulant en un seul individu, les richesses infinies ou les trésors de ses innombrables grâces qui sont des rares dons qu’il ne distribue cependant que de temps à autre et à des personnes différentes.  » Giorgio VASARI (Peintre, architecte et écrivain italien)

2020 fête les 500 ans de la mort du peintre et architecte italien : Raffaello Sanzio dit RAPHAËL. Une commémoration que l’on prévoyait de  célébrer , notamment, par deux expositions importantes 1) du 5.2. au 2.6. au Palais du Quirinal à Rome (Italie) où il était prévu que  l’on puisse admirer 200 pièces dont 40 prêtées par la Galerie des Offices de Florence et 5 par le musée du Louvre à Paris –

2) du 7.3. au 5.7. proposée par le Domaine de Chantilly (France) penchée davantage d’une part  sur les dessins du peintre, des premiers jusqu’à ses chefs-d’oeuvre en passant par ceux préparatoires pour les grandes décorations ; et d’autre part, sur son atelier et ses élèves.

Il devait y avoir aussi Raphaël et son entourage à la National Gallery de Londres de février à juin, puis Raphaël toujours à la National Gallery d’octobre 2020 à janvier 2021. Urbino, sa ville natale, lui avait consacré une exposition en 2019 avec pour sujet sa formation et apprentissage.

Autant le dire : le confinement a modifié toutes ces dates et certains musées ont décidé de faire comme ils pouvaient en proposant soit  des visites virtuelles dans un premier temps, ou reporter les expos à l’automne ou les maintenir en rallongeant, notamment,  la durée de l’expo lorsque cela était possible.

La sortie du confinement a permis la ré-ouverture de certains lieux, c’est le cas du château de Chantilly depuis le 21 mai, pour le bonheur de beaucoup, y compris du mien !

L’expo de Chantilly est d’importance compte tenu que, malheureusement, ce sera la seule en France. Certains pourraient être à même de se dire que cela aurait pu se faire au Louvre par exemple, mais il faut savoir que le musée Condé du Domaine de Chantilly est une institution éminente et reconnue d’une part pour sa grande connaissance de l’œuvre de ce peintre, mais elle est également détentrice de tableaux magnifiques de Raphaël, et d’un fonds important de dessins. L’expo s’intitule :

 » RAPHAËL à CHANTILLY – Le maître et ses élèves  » ( en partenariat avec Christie’s) avec des  prêts du Palais des Beaux Arts de Lille.

RAPHAEL auto portrait
 » Autoportrait  » 1506 – RAPHAËL ( Galerie des Offices à Florence)
RAPHAEL La vierge de Lorette Musée Condé
 » La vierge de Lorette  »  1509/1510 – RAPHAËL (tableau faisant partie de la collection du musée Condé / Chantilly)
TROIS GRACES
« Les trois grâces » 1504/1505 RAPHAËL (Tableau faisant partie de la collection du musée Condé/Chantilly)
RAPHAEL La Madone de la maison d'Orléans de Raphaël vers 1506-1507
 » Madone de la Maison d’Orléans  » 1506/1507 – RAPHAËL( Tableau faisant partie de la Collection du musée Condé/Chantilly)

Raphaël fut un peintre adulé de son vivant, un artiste majeur dans l’histoire de l’art, un génie de la composition, un mythe de la Haute Renaissance italienne, un surdoué de la peinture qui a poursuivi un idéal de perfection. Un esprit inventif, un des maîtres du Cinquecento avec Léonard de Vinci et Michel Ange notamment. Il fut aussi excellent dessinateur et un architecte.

Un homme mystérieux, cultivé, lettré, qui a fréquenté les cercles humanistes où il n’a pas manqué de se faire bon nombre d’amis. Il a été profondément aimé et admiré de son vivant mais il fut aussi incompris et trahi.

La Haute Renaissance italienne, dans laquelle il a évolué,  se situe entre 1500 et 1530. Une époque de grand rayonnement artistique avec un niveau élevé. C’est un mouvement culturel et artistique de renouveau dans laquelle on suit les grandes découvertes, on revient à l’Antiquité, on évolue dans le solennel, le spirituel, l’harmonieux, le réalisme, l’humanisme et on place l’homme au centre de tout. Raphaël a su réunir tout cela.

Il est resté dans les esprits comme une vraie référence d’esthétique et de perfection et ce quasiment jusqu’au XXe siècle : on l’a dit divin, irréprochable, admirable, incomparable. Un ange de la peinture mort, malheureusement, en pleine gloire à l’âge de 37 ans, laissant derrière lui une très importante quantité d’œuvres magnifiques.

Beaucoup de peintres qui viendront des siècles après lui, le placeront au-dessus de tout. Il sera le modèle. Delacroix, par exemple, dira qu’il est la manifestation d’une âme qui converge vers les Dieux.

Comme je l’ai dit, Raphaël fut un excellent dessinateur, utilisant souvent le dessin à titre préparatoire pour ses futurs tableaux. Côté peinture il a su avoir une maîtrise importante dans le trait et la lumière. Ses œuvres  sont auréolées de grâce, de douceur, de sérénité et de modernité avec des couleurs belles et généreuses . Il a placé le dessin et la couleur à égalité dans leur utilisation et n’a jamais tenu à ce que l’on prenne l’un prenne le pas sur l’autre et la domine.

En tant que dessinateur, il a utilisé le crayon, la plume, le lavis, la sanguine, le stylet. Tout dépendait de ce qui’l traitait. Chacun ayant ses caractéristiques bien déterminées. Ses dessins ont servi à ses élèves car ils étaient à la base de l’enseignement prodigué par le maître et c’est ce qui leur permettait aussi de comprendre l’art pictural de Raphaël. On peut dire qu’ils ont eu une grande chance.

Raphaël a eu vraiment une maîtrise totale du dessin et comme l’ont fait Michel Ange et Léonard de Vinci, il portera le dessin à sa plus haute expression. Son trait est très expressif et s’il en est arrivé là, c’est parce que le dessin a été une véritable passion dès son plus jeune âge. Sa formation auprès du Pérugin, lui a sans nul doute apporté un trait doté de pureté et de précision. Avec le temps, il a appris la perspective et la composition mais cela n’effacera pas sa délicatesse. Chacun de ses tableaux ou décorations sont passés par le dessin.

Petite chose à savoir : le terme disegno ( dessin ) dans la Renaissance italienne avait deux significations. Il était une technique de création et la conception d’un projet. Il était à la fois manuel et intellectuel.

RAPHAEL homme à demi drapé portant fardeau RAPHAEL
 » Dessin Homme à demi drapé portant fardeau  » RAPHAËL (Collections du musée Condé/Chantilly)
RAPHAEL 2
 »Étude de La Vierge assise avec l’Enfant et le petit Saint Jean dans un paysage  » RAPHAËL (Cette étude illustre l’affiche de l’expo)
RAPHAEL Madone d’humilité couronnée par deux anges volant et entourée par six autres anges
 » Madone d’humilité couronnée par deux anges et entourée par d’autres anges  » -RAPHAËL (fait partie des collections du musée Condé/Chantilly)

Ce fut un artiste prolifique qui a su intégrer les principes du passé en les synthétisant de façon intelligente, harmonieuse, talentueuse. Il s’est souvent tourné vers l’Antiquité que ce soit dans les tableaux ou en architecture. Il s’est montré doué dans les règles de la perspective : tout y est pensé de façon claire et rigoureuse.

Il a été influencé par des grands noms : le Pérugin de qui il tiendra d’ailleurs cette grande douceur et grâce qui le caractérisent et qui ressortent notamment dans ses Madones – Léonard de Vinci ( qu’il a tant admiré ) à qui il a emprunté la technique du sfumato qui atténue les contours, mais conservera aussi la subtilité dans les modulations des jeux de lumière, le naturel des visages, la présentation des personnages souvent positionnés en trois-quarts ( comme la Joconde)  – Michel Ange qui lui inspirera des corps magnifiquement bien proportionnés, sculptés et modelés.

Raffaello Sanzio di Urbino dit Raphaël est né en 1483 à Urbino, une commune située dans la région des Marches en Italie. A la tête de ce duché se trouvait Frédéric III de Montefeltro un grand protecteur et mécène des arts.

Giovanni, le père , est peintre. Il possède son propre atelier et travaille pour le duc. Nul doute que c’est auprès de lui que Raphaël commencera sa formation, et dès le départ, il se montrera infiniment doué pour le dessin.

A 11 ans, il se retrouve orphelin. Ses parents sont tous deux décédés à quelques années d’intervalle. A la mort de son père, il continuera à utiliser un temps son atelier, puis décidera de rejoindre Pérouse pour suivre son apprentissage auprès de Pietro Vanucci dit le Pérugino.

Pietro PERUGINO
 » Autoportrait  » Pietro VANUCCI dit le PERUGINO (Fresque du Collègio del Camgio à Pérouse en Italie)
RAPHAEL Buste d'homme Pietro VANUCCI dit le PERUGINO
 » Dessin buste d’homme  »  -Pietro VANUCCI dit LE PÉRUGINO ( Collections du musée Condé/Chantilly)
RAPHAEL Pietro VANUCCI dit le PERUGINO buste de la justice
 » Dessin buste de la justice  » Pietro VANUCCI dit LE PÉRUGINO (Collections du musée Condé/Chantilly)

L’influence de ce dernier va être considérable. On retrouve, en effet, dans les tableaux de  » l’assistant  » ( car il le fut, bien plus qu’un apprenti ! ) cette lumière et cette clarté, toutes deux auréolées de sérénité, de douceur et de finesse des traits, qui font partie des caractéristiques picturales de son maître. D’ailleurs, on peut confondre certaines de leurs toiles tant il y a de similitudes. Six ans plus tard, il quitte Pérouse, retourne à Urbino pour s’occuper de l’atelier de son père. Les portraits de l’époque sont très réalistes, plaisent et lui apportent le succès. La critique l’encense.

En 1506 c’est le départ pour Florence avec, en poche, une recommandation bien appuyée de Giovanna della Rovere, épouse de Francesco duc d’Urbino, dans laquelle elle requiert une aide au chef de la République florentine pour son jeune protégé. Dans la belle cité florentine, les peintres s’affrontent de façon redoutable. Ils sont rivaux, se critiquent, et éliminent ceux qui se montrent fragile et faibles ou feraient ombrage à leur travail. Ils se suspectent même.

Dans cette atmosphère étrange, Raphaël arrivera malgré tout à se faire une place, être reconnu et apprécié. Entre autres artistes d’importance, il y a Léonard de Vinci et Michel Ange ( avant que ce dernier ne se rende à Rome pour travailler dans la Chapelle Sixtine notamment) – Tout deux se disputaient la première place dans la cité florentine et honoraient beaucoup de commandes. Il va apprendre beaucoup des deux !

En effet, ils favoriseront considérablement son style. Du reste, à Florence, Raphaël va emmagasiner bon nombre de techniques, de formules, de compositions que les autres avaient développé. Il les assimilera , les approfondira pour mieux les comprendre. Comme l’a dit très justement Delacroix «  son originalité ne paraît jamais plus vive que dans les idées qu’il emprunte. Tout ce qu’il touche, il le relève et le fait vivre d’une vie nouvelle. C’est bien lui qui semble alors reprendre ce qui lui appartient et féconder des germes stériles qui n’attendaient que sa main pour donner leurs vrais fruits« .

Malgré le succès obtenu à Florence, son souhait sera de se rendre à Rome. Il faut dire que si la belle Florence fut longtemps le centre de l’art italien, c’est vers Rome que partaient désormais les artistes, tout simplement parce que c’était là-bas que se trouvait l’esprit créatif le plus important de la Haute Renaissance et les plus éminents peintres, sculpteurs et architectes.

1508 : il arrive donc à Rome, appelé par le pape Jules II, exigeant donateur, qui lui demandera de travailler sur une suite de trois salles ( stanze ) dans son appartement au Vatican. Elles occuperont Raphaël jusqu’à son décès. Son travail dans ce lieu saint reste à l’apogée de cette Haute Renaissance, tant la perfection picturale est précieuse et importante, notamment dans la perspective des volumes, la lumière et les couleurs. La mort de Jules II ne changera en rien dans la collaboration avec le Vatican. Elle se poursuivra avec son successeur Léon X de la famille Médicis.

Ces deux papes ont été plus souverains que guides spirituels. Giovanni da Rovere (Jules II) fut nommé pape en 1503, un vrai chef de guerre qui aimait beaucoup les femmes ( il a eu trois enfants) mais n’était absolument pas contre des relations homosexuelles de temps à autres, particulièrement avec un certain Francesco Alidosi qu’il a aimé passionnément.

Léon X va lui succéder en 1513. Un homme cultivé, fils de Laurent de Médicis. Un homme que l’on disait bien, mais pas un ange pour autant. Il a souvent commandité des assassinats lorsque le besoin s’en faisait sentir. Il aimait la fête et se travestir notamment pour le Carnaval.

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Non seulement il honorera les commandes papales, mais également celle de l’aristocratie en place, celle de ses mécènes italiens et français aussi. Portraits, retables, tableaux pour autels dans les églises, cartons pour tapisseries, fresques murales et plafonds. Son travail était fortement apprécié.

A la mort de l’éminent architecte Bramante, Raphaël sera appelé à poursuivre d’une part les travaux de la Cour des Loges au Vatican, et, continuer, en tant qu’architecte, ceux de la Basilique Saint Pierre.

Il a son propre atelier et les commandes sont telles qu’il s’est entouré d’une cinquantaine d’assistants. Une partie des œuvres de cette époque furent bien sur réalisée par lui, et une autre par ses plus proches collaborateurs, à savoir Giulio Romano et Gianfrancesco Penni.

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Dans l’atelier, Raphaël étudiait, inventait les compositions. Un collaborateur les réalisait. Les élèves quant à eux, exécutait les cartons. Raphaël revenait ensuite pour l’application de la couleur et les finitions souvent assisté par Giulio Romano. Cette façon de faire n’avait rien d’exceptionnel à l’époque, c’était même très courant. Le maître est là pour superviser, surveiller, contrôler et le faire de façon rigoureuse et sérieuse. Les portraits officiels sont confiés à ses collaborateurs, ceux des proches ou des amis sont exécutés par le maître.

RAPHAEL Giulio ROMANO
 »  L’Amour réveillant Psyché  » Giulio ROMANO ( Musée Condé – Chantilly )

Il a eu une cinquantaine d’élèves et au-delà d’être des élèves, certains, par leur talent, sont devenus des assistants et collaborateurs. A la mort de Raphaël, ils resteront dans l’atelier , conserveront ses dessins,  termineront les commandes de leur maître et voyageront beaucoup en Italie notamment pour diffuser les enseignements reçus de   leur Maître.

L’atelier ( bottega ) de Raphaël croulait littéralement sous les commandes. Il était reconnu comme étant d’un niveau supérieur. La réputation était qu’il ne cantonnait pas ses élèves à des travaux inintéressants. Tout au contraire, il avait à cœur de leur donner un enseignement pluriel, rigoureux, qui comportait la pratique du dessin d’après un modèle vivant, l’étude de l’art antique. En dehors de cela, il était très paternel et à l’écoute avec chacun d’entre eux..

RAPHAEL Étude pour la Dispute du Saint Sacrement vingt clercs et ecclésiastiques discutant
« Étude pour la dispute du Saint Sacrement -Vingt clercs et ecclésiastiques  » RAPHAËL – (Faisant partie des collections du musée Condé/Chantilly)
RAPHAEL Deux enfants nus montés sur des sangliers et jouant à la lance en présence de six autres enfants nus
 »  Dessin Deux enfants nus montés sur des sangliers en présence d’autres enfants  » RAPHAËL (Faisant partie des collections du musée Condé/Chantilly)
RAPHAEL étude pour le Banquet des dieux aux noces d’Amour et de Psyché
 » Trois jeunes femmes drapées jetant des fleurs dans le banquet des Dieux / Noces d’Amour et Psyché – Étude pour les Heures – RAPHAËL (Collections du musée Condé/Chantilly)

Raphaël a été l’un des artistes le plus riche de son époque. Il a réellement vécu en prince. Il a été fidèle en amitié, a aimé les femmes et fut un grand humaniste. Il  a toujours eu une santé très fragile. Alors qu’il travaillait à son tableau La transfiguration, il va être pris d’une forte fièvre due à la malaria. Elle va durer une bonne quinzaine de jours avant qu’il ne décède. Il n’avait que 37 ans.

Son tombeau se trouve au Panthéon de Rome. Sur sa tombe sont gravés des mots  du poète Pietro Bembo : Ci-gît Raphaël, à sa vue la nature craignit d’être vaincue ; aujourd’hui qu’il est mort, elle craint de mourir.

Tomb of Raphael, Pantheon, Rome
Tombe de RAPHAËL au Panthéon de Rome

 

«  Quand Raphaël mourut, la peinture disparut avec lui. Quand il ferma les yeux elle devint aveugle. » Giorgio VASARI en 1550