Il me semble avoir lu …

 » Il me semble avoir lu que nous lisons moins les livres qu’ils ne nous lisent. Nous croyons aller vers eux, vers ce qu’ils nous disent, entrer en eux : ils viennent à nous, ils font surgir de nos oublis des pans et des verstes de notre vie. Leur voix nous peuple d’échos. Ils suscitent en nous des horizons. Ils descellent des profondeurs, nous révèlent des puits, des citernes. Le livre de papier encore ouvert dans nos mains, nous voici lisant au livre de nous-mêmes. Peut-être que les livres que nous aimons le plus et que nous admirons, sont ceux qui rallument en nous ce que nous ne savions plus, même éteint.  » Claude Henri ROCQUET ( Écrivain français – Extrait de son livre Lecture de Rimbaud-Les Carnets d’Hermès ) – Verste : unité de mesure, de longueur, de distance –

Claude Henri ROCQUET
Claude Henri ROCQUET ( 1933-2016)

 

La fleur & le papillon …

 » La pauvre fleur disait au papillon céleste :
ne fuis pas !
Vois comme nos destins sont différents. Je reste,
tu t’en vas !
Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes
et loin d’eux,
et nous nous ressemblons, et l’on dit que nous sommes
fleurs tous deux !
Mais, hélas! l’air t’emporte et la terre m’enchaîne.
sort cruel !
Je voudrais embaumer ton vol de mon haleine
dans le ciel !
Mais non, tu vas trop loin ! – Parmi des fleurs sans nombre
 vous fuyez,
et moi je reste seule à voir tourner mon ombre
à mes pieds.
Tu fuis, puis tu reviens; puis tu t’en vas encore
luire ailleurs.
Aussi me trouves-tu toujours à chaque aurore
toute en pleurs !
Oh! pour que notre amour coule des jours fidèles,
Ô mon roi,
prends comme moi racine, ou donne-moi des ailes
comme à toi !  » Victor HUGO ( Écrivain, romancier, dramaturge, poète et intellectuel engagé français – Extrait de son recueil Les chants du crépuscule/1835 )
PAPILLON ET FLEUR