14 mai 1610 : L’assassinat d’Henri IV …

HENRI IV frans POURBUS
 » Portrait d’Henri IV  » par Frans POURBUS

14 mai 1610. Le soleil vient de se lever sur le Louvre et déjà Henri IV ouvre l’œil. Comme à son habitude, il s’habille seul dans le petit cabinet qui jouxte sa chambre. Il est songeur. Un quotidien jalonné de violences et de luttes : voilà son lot depuis cinquante-six ans. Il a conquis le pouvoir à la force du poignet et s’est imposé à la tête d’un royaume qui sort enfin de décennies de conflits religieux.

Pourtant, depuis quelques temps, un sombre pressentiment le trouble. Le 3 mai déjà, des bruits ont couru sur son décès. Le vice-amiral d Hollande a même reçu une lettre l’informant qu’ il avait  » été tué d’un coup de couteau  » . Son astrologue lui a prédit qu’il mourrait dans son carrosse, à la date du 13 ou du 14 sans autre précision. Ses proches conseillers ont voulu le dissuader de sortir aujourd’hui mais il fait peu de cas de leur avis : il a déjà survécu à plus d’une vingtaine d’assassinats.

Le 14 mai donc, Henri IV se lève, se prépare, quitte sa chambre. Il rejoint trois de ses collaborateurs avec lesquels il devis longuement. Il passe un moment aux Tuileries et reçoit la visite du Dauphin. Puis il assiste à la messe au couvent des Feuillants. Le trouve auquel il est en proie depuis qu’il s’est levé, ne le quitte pas et ses amis s’en inquiètent. Visiblement très ému, il se laisse aller à des confidences :  » vous ne me connaissez pas maintenant vous autres, mais je mourrai un de ces jours et quand vous m’aurez perdu, vous connaîtrez ce que je valais et la différence qu’il y a de moi aux autres hommes. »

Après déjeuner il passe saluer son épouse dans sa chambre, et semble être plus détendu. Il lance même quelque plaisanterie avant de regagner son cabinet pour y rédiger du courrier. Il doit ensuite rejoindre Sully à l’Arsenal. Peu avant 16 H, il retourne voir la reine et présente, à nouveau, un visage soucieux. Quelqu’un lui a remis un billet disant :  » Sire ne sortez pas ce soir  » . Marie de Médicis le supplie de ne point quitter le palais. Il hésite, puis, finalement commande son carrosse. Il y prend place avec quelques gentilshommes dont le Duc d’Épernon avec lequel il est souvent en rivalité. Seuls une poignée de cavaliers et de valets de pied l’accompagnent.

Duc d'Epernon
Portrait de Jean Louis de NOGARET, Seigneur de la Valette et de Caumont, duc d’Épernon

Nul ne remarque dans la foule, un étrange personnage tout de vert vêtu. Rue de la Ferronnerie, le passage est obstrué par deux charrettes et le carrosse doit s’immobiliser devant une taverne. L’homme en vert qui l’a suivi, saute sur un rayon de la roue arrière, se penche dans l’habitacle et de la main gauche, frappe par trois fois la royale poitrine avec un couteau. Je suis blessé crie Henri IV , un flot de sang coule de sa bouche.

Assassinat d'Henri IV et arrestation de Ravaillac le 14 mai 1610
 » L’assassinat d’Henri IV et arrestation de Ravaillac  » par Charles-Gustave HOUSEZ

Ramené au Louvre, il y meurt peu après. Et l’assassin ? Il est immédiatement appréhendé, sauvé du lynchage par Épernon, enfermé à la Conciergerie. Il s’agit d’un certain Ravaillac, un angoumois sujet à des crises de mysticisme. Sous les pires tortures, il jure avoir agi tout seul. Il avait entend dire que le roi voulait faire la guerre au pape et n’a vu qu’une seule condition pour l’en empêcher.

François RAVAILLAC
François RAVAILLAC – Estampe de Chirpin DE PASSE –

Mais cette thèse du tueur solitaire ne convaincra pas.  Les rumeurs les plus folles circulent. Mademoiselle d’Escoman, suivante de la marquise de Verneuil, affirme que cette dernière et le duc d’Épernon ont armé le bras du régicide. Certains soulèvent l’hypothèse d’un complot jésuite … ou espagnol.  D’autres encore y voient la patte des Concini. Et que penser du prévôt de Pithiviers annonçant la mort du roi au moment même où Ravaillac accomplissait son geste et que l’on a retrouvé pendu peu de temps après ?  » Françoise SURCOUF ( Écrivain, journaliste passionnée d’Histoire)

L’historien Jean-Christian PETITFILS donne sa version :  » Ravaillac a-t-il agi seul ? On peut en effet se poser la question. Quelques jours avant l’attentat, un groupe de tueurs était arrivé à Bruxelles, avec pour mission d’assassiner le roi Henri IV. Ce dernier, en effet, s’apprêtait à partir en guerre et à traverser les Pays-Bas espagnols ( l’actuelle Belgique) malgré la ferme opposition d’Albert de Habsbourg. L’ambassadeur de Genève en France citait des noms : le comte de Sallenove, et son adjoint La Motte, précisant qu’un des tueurs avait promis au prince qu’il ne faillirait pas le roi quand il l’attaquerait au Louvre. Les dépenses secrètes enregistrées par la Chambre des comptes belge mentionnent également pour l’année 1610, une somme de 15.000 livres versée à des personnes chargées d’une mission en France, dont on ne veut plus ample déclaration être faite.

Certes Ravaillac n’a pas été l’agent conscient de cette conspiration, mais il est possible que les tueurs l’aient encouragé à agir à leur place, quitte à se débarrasser de lui par la suite. Le jour du drame, sitôt après son arrestation, un des gentilshommes escortant la voiture royale s’était heurté à un groupe d’une dizaine d’hommes, tous armés, qui, au lieu de porter secours au souverain agonisant, hurlaient à l’encontre de Ravaillac : «  Tue, tue, il faut qu’il meure !  »  Quant il leur cria que le roi n’était que blessé, ils disparurent dans la foule.  »

 

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