La fenêtre …

 » Pour les autres, pour les passants,
tu es simplement la fenêtre.
Pour moi qui t’aime du dedans
tu es ma plus profonde fête.

Celle qui accroît le regard
et limite chaque nuage,
la gardienne du paysage
où je viens me perdre le soir.

J’ai le monde sous mes paupières
mon front à ta vitre appuyé
et tu es glissante lisière
sur le bord de l’illimité.

Reste ma sœur très patiente,
fais-moi l’aumône d’un oiseau,
redis-moi les paroles lentes
de cet horizon sans défaut.

Et posée entre ciel et terre
sois ce chemin aérien
près duquel doucement je viens
apaiser ma faim de lumière.  » Anne-Marie KEGELS ( Poétesse belge francophone – Poème extrait du recueil Rien que vivre/1951)

FENETRE Maria ZELDIS
Tableau de Maria ZELDIS

Souvenirs de la Toscane …

TOSCANE Paysage

 » Voici le doux paysage accueillant et fidèle où j’ai vécu ces années enchantées : de modestes collines disposées selon les différents plans d’un même décor, comme en réserve, de sorte que chaque trouée de l’horizon dans le vert intense de la première ligne en laisse aussitôt paraître une autre plus reculée qui s’estompe déjà dans le bleu transparent … Tel devrait être l’aspect de cette région sans doute, avant que les hommes ne s’y installent pour un séjour millénaire. Fascinés par la douceur de ces horizons limités, c’est ici que les Étrusques primitifs venus d’Orient eurent le sentiment d’avoir découvert la patrie : le secret de leur civilisation pensive est dans la mesure de ces panoramas.  » Piero CALAMANDREI ( Écrivain italien, juriste, homme politique, professeur d’université – Extrait de son livre Inventaire d’une maison de campagne)

TOSCANE blé

 » Paysage toscan agréable et noble. Les blés sont éblouissants de fraîcheur ; au-dessus d’eux s’ordonnent des files d’ormeaux chargés de vignes, bordant la rigole qui les arrose. La campagne est un verger que les eaux aménagées viennent fertiliser. On voit ces eaux venir abondamment des montagnes et se tordre bleues et limpides sur leur lit trop large de cailloux roulés. Partout des traces de prospérité. Le versant des montagnes est piqué de mille petits points blancs : ce sont des maisons de campagne et plaisance ; elles sont là, chacune dans son bouquet de châtaigniers, d’oliviers et de pins. Tout produit, la culture monte haut dans la montagne et se continue ça et là par la forêt primitive. L’homme n’a point réduit la terre à un squelette décharné ; il lui a conservé ou renouvelé son vêtement de verdure.  » Hippolyte TAINE ( Philosophe et historien français – Extrait de son livre Voyage en Italie. D’Assise à Florence )

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 » J’étais ivre de sensations avant d’être ivre de pensées. De temps en temps, du haut d’une colline, une échappée de vue me laissait entrevoir au fond d’un bassin de verdure les dômes resplendissants mais encore lointains de Florence. J’aurais voulu franchir d’un élan la distance considérable qui nous en séparait encore.  » Alphonse DE LAMARTINE ( (Poète, romancier, dramaturge, homme politique français – Extrait  » Descente vers Florence  » – Souvenirs et Portraits 1871 )

TOSCANE Vignes

 » Il y a tellement de vérités dont le cœur soit assuré. Et je savais bien l’évidence de celle-ci certain soir où l’ombre commençait à noyer les vignes et les oliviers de la campagne de Florence d’une grande tristesse muette. Mais la tristesse de ce pays n’est jamais qu’un commentaire de la beauté. Et dans le train qui filait à travers le soir, je sentais quelque chose se dénouer en moi. Puis-je douter aujourd’hui qu’avec le visage de la tristesse, cela s’appelait cependant du bonheur ?  » Albert CAMUS (Écrivain, philosophe, romancier, dramaturge, essayiste et nouvelliste français – Extrait de son recueil d’essais Noces/Le désert)