Entendre parler les jardiniers …

 » J’adore entendre parler les vrais jardiniers. Les noms latins roulent sous leur langue, sonores et beaux. Je me sens un peut gênée quand l’ayant appelé : « regardez cette fleur rose là « , il me répond :  » Ah Centaurea hypolenca, très jolie !  » … Peu importe, elle  nous sourit autant à l’un qu’à l’autre. » Odile DORMEUIL (Écrivain et poétesse française)

jardinier Donna MUNSCH
 » Un jardinier  » Donna MUNSCH

Le jardinier VALLIER …

«  L’aboutissement de l’art, c’est la figure  » Paul CÉZANNE ( Peintre français – Propos tenus au marchand d’art Ambroise VOLLARD)

The Gardener Vallier
 » Le jardinier Vallier  » 1905 – Paul CÉZANNE   » Le Portrait de Vallier ménage entre les couleurs des blancs. Elles ont pour fonction désormais de façonner, de découper, un être plus général que l’être-jaune ou l’être-vert ou l’être bleu . Comme dans les aquarelles des dernières années, l’espace, dont on croyait qu’il est l’évidence même et qu’à son sujet du moins la question où ne se pose pas, rayonne autour des plans qui ne sont en nul lieu assignable, mouvement flottant des plans de couleurs qui se recouvrent, avancent, et qui reculent . Comme on le voit, il ne s’agit plus d’ajouter une dimension aux deux dimensions de la toile, d’organiser une illusion ou une perception sans objet dont la perfection serait de ressembler autant que possible à la vision empirique. La profondeur picturale ( et aussi bien la hauteur et la largeur peintes) viennent on ne sait d’où se poser, germer sur le support.  » Maurice MERLEAU-PONTY (Philosophe français, écrivain – Extrait de son livre L’oeil et l’esprit )

 » Durant les dernières années de sa vie, Cézanne trouve les modèles de ses portraits parmi les habitants qui l’entourent, ses voisins des Lauves, des paysans, des journaliers qui travaillent dans les vignes, mais aussi son jardinier : un homme qui a fait pour lui des petits travaux autour de son atelier. Il est connu sous le nom du jardinier Vallier. La boucle est bouclée : il revient aux modèles qu’il affectionnait au début de sa carrière à Paris, lorsqu’il prenait pour modèles des gens du peuple, modestes et travailleurs.

Les proches de Cézanne, dont sa sœur Marie, ont toujours dit que le tableau sur lequel Cézanne travaillait à sa mort était un portrait du jardinier Vallier. Cézanne en a peint plusieurs qui portent ce titre : certains représentent le jardinier Vallier assis sur une chaise , ou bien vu de face, ou en buste.

Sachant que, depuis le début de sa carrière, Cézanne épuise ses modèles car il avance très lentement, nous pouvons légitimement nous demander si le portrait du jardinier n’est que le portrait du jardinier. N’y a-t-il pas quelqu’un d’autre qui se cache derrière ces portraits, en l’occurrence Cézanne lui-même ?

Les heures et les journées de pose s’enchaînent et deviennent vite éprouvantes. Pour des personnes jeunes et bien portantes, poser pour un artiste est en effet une épreuve difficile dans la mesure où l’on doit rester immobile. C’est douloureux. Le corps s’engourdit et finit par être ankylosé. Mais pour des personnes vieillissantes et non habituées à cet exercice, c’est encore pire ! Or, depuis qu’il a installé son atelier aux Lauves, Cézanne n’a pas recours à des modèles professionnels entraînés à supporter la pose, mais à des gens du pays, souvent âgés et pas forcément aptes à tenir la pose aussi longtemps, et revenir le lendemain et les jours qui suivent, sans entrevoir la fin de ce qui devient vite désagréable. Le jardinier Vallier est un vieil homme. Il nous apparaît maigre, fatigué et semble perpétuellement endormi sous son chapeau. On dirait qu’il dit la pose car il dort dans la torpeur de l’été.

Après la canicule de l’été 1906, il n’est pas certain que Vallier fut présent à chaque fois que Cézanne a eu besoin de lui pour la pose. Il a pu ne venir que certains jours. Il a donc fallu que Cézanne s’organise autrement et nous savons qu’il employait différents moyens pour réaliser des portraits sans la présence physique du modèle. Nous ne connaissons pas le vrai visage du jardinier Vallier, n’ayant pas de photographie de lui. Par contre, nous avons des photos de Cézanne à différents âges de sa vie et des éléments concrets nous amènent à penser que les portraits du jardinier son en partie des autoportraits de Cézanne.

A cette époque, Cézanne est vieux et malade. Vallier est également un vieil
homme. Cézanne a donc pu facilement s’identifier à cet homme simple et
travailleur attaché à sa terre provençale comme il l’est lui-même. Il s’est
perçu comme tel et le tableau est une synthèse de cette perception.

Les tableaux du jardinier Vallier nous restituent un jardinier grand et maigre,
les mains jointes posées sur ses genoux. Cette attitude est la même que celle
de Cézanne sur une photo qui le montre assis sur une chaise dans son atelier
des Lauves devant son tableau des Grandes baigneuses en 1904.  » Jean-Charles HACHET (Critique d’art français)

CEZANNE Paul photo
Paul CÉZANNE dans son atelier des Lauves