Symphonie N°6 dite  » le matin  » … Joseph HAYDN

( Vidéo : Sir Neville MARRINER à la direction de l’ACADEMY St MARTIN  IN THE FIELDS )

Cette magnifique Symphonie fait partie d’une trilogie écrite en 1761. Des œuvres de jeunesse dédiées au Comte hongrois Paul Anton II Esterhazy qui l’avait engagé comme maître de chapelle  . Elles seront créées toutes les trois lors d’une soirée musicale chez ce dernier. C’est lui, d’ailleurs, qui lui demandera de composer des œuvres  sur les différentes heures du jour (matin – midi – soir ) . Il faut savoir que Haydn est entré au service des princes hongrois Esterhazy en 1761. Il y en a eu quatre : Paul Anton II – Nicolas Ier – Anton (son fils) – Nicolas II , auprès desquels il restera  quasiment jusqu’à la fin de sa vie.

Haydn  a écrit au total 106 symphonies. C’est un genre qui l’a occupé durant  40 ans  et c’est dans les cinq premières années passées auprès de la famille Esterhazy qu’il a travaillé le plus sur ce genre instrumental.

Les symphonies de cet Opus sont, comme l’avait justement indiqué le musicologue Jean Peter Larsen «  à la frontière entre le genre symphonie et le concerto grosso  » –  Ce sont des partitions inventives,  brillantes, virtuoses, mystérieuses, éthérées, contrastées, somme toute assez modernes pourrait-on dire. Elles font preuve d’une grande maîtrise instrumentale et un rôle important a été donné aux instruments solistes.

Le Matin  représente le lever du soleil, le jour qui s’annonce éclatant d’abord, puis qui continue sa course en douceur.

La fenêtre …

 » Tant qu’il y aura des fenêtres, l’être humain le plus humble de la  terre aura sa part de liberté. » Amélie NOTHOMB (Romancière belge d’expression française)

FENETRE Bartolomé Esteban Murillo
Tableau de Bartolomé Esteban MURILLO

 

 » Le Covid-19 a t-il ouvert une nouvelle page dans l’histoire de l’art à la fenêtre. Célébrée comme jamais, cette ouverture sur le monde extérieur a de tout temps servi l’imagination des peintres, des écrivains, des cinéastes. Séparément, mais tous ensemble, nous avons renoué avec la poésie de la fenêtre. En l’ouvrant, on fomente une évasion. Sans sortir de chez soi, on fait du regard un saut vers l’extérieur.

La fenêtre nous promet autant d’évasions que d’extraordinaires évasions. Bien sur, la plupart du temps, les fenêtres s’ouvrent sur l’ordinaire. Contrairement aux hublots des navires, elles n’offrent au mieux que les saisons, la lumière du jour ou le paysage accidenté des heures comme l’a écrit Marcel Proust à la fenêtre de l’hôtel de Balbec.

Les peintres nous entraînent dans une spirale mélancolique de femmes à la fenêtre. Caspar David Friedrich trace une silhouette en contre-jour, absorbée dans la contemplation de l’horizon….Au sud, le bleu de la Méditerranée inonde une Jeune fille à la fenêtre de Salvador Dali, dont la robe et les songes se confondent entre ciel et mer. A l’ouest, Edward Hopper peint une femme fatiguée dans le pâle éclat d’une Morning light crépusculaire. Dans ses Fenêtres sur le monde, Raymond Bozier décrit ainsi les modèles du peintre américain : «  Un vent amoureux profitant d’une ouverture, juste avant qu’elle ne se couchent ou ne s’enfoncent dans le sommeil, s’enroule dans un rideau comme pour leur rappeler que ce n’est pas le temps qui passe à travers les fenêtres obscures .. »

FENETRE femme à la fenêtre Caspar Friedrich
 » Femme à la fenêtre  » Caspar David FRIEDRICH
FENETRE Salvador DALI
 » Une jeune fille à la fenêtre  » Salvador DALI
FENETRE Morning light HOPPER
 » Morning light  » Edward HOPPER

A la fenêtre on observe le monde autant qu’on s’offre à son regard. En 1857, Flaubert décrit sa Bovary à la fenêtre, car la fenêtre, en province, remplace les théâtres et la promenade. Dix ans plus tard, Le Balcon de Manet n’est-il pas lui aussi une scène de boulevard ? Dans le rôle du bellâtre le peintre Antoine Guillemet, au premier plan la violoniste Fanny Clauss en colombe innocente, et Berthe Morisot en beauté indifférente. Quant au spectateur, il se trouve face aux personnages, suspendu dans les airs, comme au balcon …. d’un théâtre !

FENETRE Edouard MANET
 » Au balcon  » Edouard MANET

Dans Éloge de la Dialectique, Magritte peint la façade d’un immeuble et une fenêtre qui s’ouvre, non pas sur un intérieur mais sur la vision vertigineuse d’un extérieur et d’une autre façade.

FENETRE Eloge de la dialectique MAGRITTE
 » Éloge de la dialectique  » – René MAGRITTE  » Pour la maison, je fis voir par la fenêtre ouverte dans la façade d’une maison une chambre contenant une maison. C’est l’éloge de la dialectique. » René MAGRITTE

Depuis quelques décennies le monde entre plus volontiers dans nos chambres par les Windows de nos ordinateurs que par nos fenêtres ouvertes. Les puissants se font rares aux balcons. Aux fenêtres, les grands de ce monde préfèrent les baies vitrées. Ils ne regardent lus la cité dans haut. Il la domine, invisibles, depuis les sommets climatisés des gratte-ciel. La nouvelle chambre avec vue  permet de voir sans être vu, à l’abri d’immenses vitres scellées étanches à la rumeur des villes. La lutte contre le Covid-19 signera t-elle durablement le retour en force de nos humbles fenêtres, lucarnes et oeils-de-bœuf ? Rondes ou carrées, ce soir encore nous les ouvrirons pour briser le silence du confinement, applaudir les médecins, les infirmières, les brancardiers, mais aussi nos voisins proches ou lointains.

Du regard on parcours l’heureux travelling de René Clair, le long des fenêtres et lampions de 14 Juillet, en reprenant cette rengaine parisienne :  » Ils habitaient le même faubourg, la même rue, la même cour. Il lui lançait des sourires. Elle l’aimait sans lui dire. Mais un jour qu’un baiser les unit, dans le ciel elle crut lire comme un espoir infini. » – Adrien GOMBEAUD (Écrivain et journaliste français)