Le corps et l’âme …

 » Dieu fit votre corps noble et votre âme charmante.
Le corps sort de la terre et l’âme aspire aux cieux ;
L’un est un amoureux et l’autre est une amante.

Dans la paix d’un jardin vaste et délicieux,
Dieu souffla dans un peu de boue un peu de flamme,
Et le corps s’en alla sur ses pieds gracieux.

Et ce souffle enchantait le corps, et c’était l’âme
Qui, mêlée à l’amour des bêtes et des bois,
Chez l’homme adorait Dieu que contemplait la femme.

L’âme rit dans les yeux et vole avec la voix,
Et l’âme ne meurt pas, mais le corps ressuscite,
Sortant du limon noir une seconde fois.

Dieu fit suave et beau votre corps immortel :
Les jambes sont les deux colonnes de ce temple,
Les genoux sont la chaise et le buste est l’autel.

Et la ligne du torse, à son sommet plus ample,
Comme aux flancs purs de vase antique, rêve et court
Dans l’ordre harmonieux dont la lyre est l’exemple.

Pendant qu’un hymne à Dieu, dans un battement court,
Comme au cœur de la lyre une éternelle phrase,
Chante aux cordes du cœur mélodieux et sourd.

Des épaules, planant comme les bords du vase,
La tête émerge, et c’est une adorable fleur
Noyée en une longue et lumineuse extase.

Si l’âme est un oiseau, le corps est l’oiseleur.
Le regard brûle au fond des yeux qui sont des lampes
Où chaque larme douce est l’huile de douleur.

La mesure du temps tinte aux cloisons des tempes ;
Et les bras longs aux mains montant au firmament
Ont charitablement la sûreté des rampes.

Le cœur s’embrase et fond dans leur embrasement,
Comme sous les pressoirs fond le fruit de la vigne,
Et sur les bras croisés vit le recueillement.

Ni les béliers frisés ni les plumes de cygne,
Ni la crinière en feu des crieurs de la faim
N’effacent ta splendeur, ô chevelure insigne,

Faite avec l’azur noir de la nuit, ou l’or fin
De l’aurore, et sur qui nage un parfum farouche,
Où la femme endort l’homme en une mer sans fin.

Rossignol vif et clair, grave et sonore mouche
Frémis ou chante au bord des lèvres, douce voix !
Douce gloire du rire, épanouis la bouche !

Chaque chose du corps est soumise à tes lois,
Dieu grand, qui fais tourner la terre sous ton geste,
Dans la succession régulière des mois.

Tes lois sont la santé de ce compagnon leste
De l’âme, ainsi qu’un rythme est l’amour de ses pas,
Mais l’âme solitaire est joyeuse où Dieu reste.

La souffrance du corps s’éteint dans le trépas,
Mais la douleur de l’âme est l’océan sans borne ;
Et ce sont deux présents que l’on estime pas.

Oh ! ne négligez pas votre âme ! L’âme est morne
Que l’on néglige, et va s’effaçant, comme au jour
Qui monte le croissant voit s’effacer sa corne.

Et le corps, pour lequel l’âme n’a pas d’amour,
Dans la laideur, que Dieu condamne, s’étiole,
Comme un fou relégué dans le fond d’une cour.

La grâce de votre âme éclot dans la parole,
Et l’autre dans le geste, aimant les frais essors,
Au vêtement léger comme une âme qui vole.

Sachez aimer votre âme en aimant votre corps,
Cherchez l’eau musicale aux bains de marbre pâle,
Et l’onde du génie au cœur des hommes forts.

Mêlez vos membres lourds de fatigue, où le hâle
De la vie imprima son baiser furieux,
Au gémissement frais que la Naïade exhale ;

Afin qu’au jour prochain votre corps glorieux,
Plus léger que celui des Mercures fidèles,
Monte à travers l’azur du ciel victorieux.

Dans l’onde du génie, aux sources sûres d’elles,
Plongez votre âme à nu, comme les bons nageurs,
Pour qu’elle en sorte avec la foi donneuse d’ailes !

Dans la nuit, vers une aube aux divines rougeurs,
Marchez par le sentier de la bonne habitude,
Soyez de patients et graves voyageurs.

Que cette jeune sœur charmante de l’étude
Et du travail tranquille et gai, la Chasteté,
Parfume vos discours et votre solitude.

La pâture de l’âme est toute vérité ;
Le corps, content de peu, cueille une nourriture
Dans le baiser mystique où règne la beauté.

Puisque Dieu répandit l’homme dans la nature,
Sachez l’aimer en vous, et d’abord soyez doux
A vous-mêmes, et doux à toute créature.

Si vous ne vous aimez en Dieu, vous aimez-vous ?  » Germain NOUVEAU ( Extrait de son recueil La doctrine de l’amour/1881

CIMETIERE DE STAGLIENO à GENES l'âme vole
 » Le corps et l’âme   »  – Sculpture au Cimetière de Staglieno à Gênes ( Italie )

Teun HOCKS …

«  Le monde de la réalité à ses limites. Le monde de l’imagination est sans frontières. » Jean-Jacques ROUSSEAU (Écrivain et philosophe genevois)

HOCKS Teun 5

Quand on regarde les clichés de Teun Hocks,   on ne peut s’empêcher de penser un peu à l’univers surréaliste des tableaux de Magritte.

C’est un artiste néerlandais, né en 1947,   un peu particulier, très connu,  un rêveur qui combine dessin-photographie-peinture (depuis 1973) à savoir qu’il fait des photos au Polaroid  en noir et blanc,  puis les peint en transparence à l’huile par la suite. On pourrait croire que son travail est quelque chose de  » facile « , mais ça ne l’est pas. La technique employée est longue réaliser, méticuleuse. Ses créations, une fois terminées sont des œuvres d’art à part entière.

Il se représente dans des décors qu’il réalise personnellement. Un homme face à sa solitude, dans des situations et des scènes assez grotesques. C’est intelligent, étrange, décalé, bizarre,  plein d’humour, mais empli de poésie également. Ces photos-tableaux n’ont pas de titre car l’artiste veut que chacun de celles et ceux qui les regardent, aient la liberté de leur en trouver un.

Pour lui, elles sont l’illustration des frustrations et des attentes de l’homme dans sa vie, dans son quotidien, mais aussi dans le monde dans lequel il vit, confronté à l’adversité. Mais c’est aussi l’artiste incapable de saisir le réel.

Il a reçu en 1992  le prestigieux prix Capi-Lux Alblas Prijs des Pays-Bas pour l’ensemble de son œuvre. Il fait l’objet de nombreuses expositions individuelles et collectives. Il a fait partie durant l’été  2019 de l’exposition-promenade & rencontre  Le Chemin des Images à Épinal, en France.

Ses œuvres sont régulièrement représentées dans des galeries internationales. Indépendamment de cela, il est directeur artistique, metteur en scène . Il enseigne, par ailleurs, à la Design Academy d’Eindhoven et à la Gerrit Prietveld Academy de Amsterdam.

 » J’ai fait au départ une école d’art. Je dessinais beaucoup, je peignais jusqu’au jour où j’ai décidé d’intégrer la photographie et faire des œuvres influencées par le pop art et réunissant ces trois dimensions. J’ai toujours aimé combiner les choses entre elles. J’ai donc repris une technique assez ancienne à savoir peindre des photos en noir et blanc avec de la peinture à l’huile. Je commence sans véritable idée en faisant des dessins sur des situations sorties de mon imagination. Mes croquis peuvent rester longtemps dans mes boites de projets jusqu’au jour où je repense à l’un d’entre eux pour en faire un travail. Je construis et peint alors un décor. Puis je prends place et commence à me photographier dans ce décor, le tout devant être plongé dans une atmosphère qui peut faire penser que tout ce que l’on voit s’est réellement passé. Personnellement, j’aime bien que ce soit narratif. Dans le passé, ça aurait été impensable, n’est-ce pas, car ce n’était pas de l’art proprement dit. Je me sens très vulnérable. Comme mon oeuvre. Je préfère rester à l’écart et rire sous cape, plutôt que de me mettre à nu. Je crois que c’est la raison pour laquelle mes œuvres sont des archétypes: j’essaie d’exprimer des choses qui valent pour tout le monde, qui ont une valeur générale, et non de montrer mes propres frustrations.   » T. H.

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HOCKS Teun

Imagination et réalité

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