L’eau …

 » Pour un esprit, venu d’ailleurs, qui tomberait sur cette terre et qui en ignorerait tout, l’eau serait un objet de stupeur presque autant que le temps. L’eau est une matière si souple, si mobile, si proche de l’évanouissement et de l’inexistence qu’elle ressemble à une idée ou à un sentiment. Elle ressemble aussi au temps, qu’elle a longtemps servi à mesurer, au même titre que l’ombre et le sable. Le cadran solaire, le sablier, la clepsydre jettent un pont entre le temps et la matière impalpable de l’ombre, du sable et de l’eau. Plus solide que l’ombre, plus subtile que le sable, l’eau n’a ni odeur, ni saveur, ni couleur, ni forme. Elle n’a pas de taille. Elle n’a pas de goût. Elle a toujours tendance à s’en aller ailleurs que là où elle est. Elle est de la matière déjà en route vers le néant. Elle n’est pas ce qu’on peut imaginer de plus proche du néant : l’ombre, bien sûr, mais aussi l’air sont plus, si l’on ose dire, inexistants que l’eau.  » Jean d’ORMESSON (Écrivain, journaliste,philosophe, académicien  français – Extrait de son livre Presque rien sur presque tout)

EAU NATURE 2
Eau de la cascade de Nomizo au Japon 

 

31.5.2020 : Pentecôte – Cantate BWV 34 Jean-Sébastien BACH …

 »« Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu, quand, tout à coup, vint du ciel un bruit tel que celui d’un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient. Ils virent apparaître des langues qu’on eût dites de feu ; elles se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent alors remplis de l’Esprit Saint et commencèrent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer. ( Paroles de la Bible sur Pentecôte)

( Vidéo : L’AMSTERDAM BAROQUE ORCHESTRA & CHŒUR – Direction Ton KOOPMAN – Avec Bogna BARTOSZ (Alto) – Paul AGNEW(Ténor ) Klaus MERTENS (Basse)

 » O ewiges, Feuer, o Ursprung der Liebe   » ( Ô feu éternel, ô source de l’amour ) -Cette Cantate religieuse fut composée pour le jour de la Pentecôte soit en 1735 ou 1736. Il semblerait qu’elle vienne d’une Cantate  antérieure que Bach aurait écrit en 1726 . L’auteur du livret est méconnu.

Elle est brillante, de caractère joyeux, empreinte de douceur et sérénité, jubilatoire, avec une belle expressivité vocale et instrumentale. Elle est est fête d’amour et d’humanité et comme l’a dit le musicologue Gilles Cantagrel  » L’Esprit envoyé aux hommes, qui se manifeste par le feu, trouve sa demeure en chacun d’eux. Pour l’évocation de ce feu éternel qui enflamme les cœurs, il ne fallait pas moins qu’une Cantate éclatante … »

PENTECOTE Jean RESTOUT
 » La Pentecôte  »  – Jean RESTOUT

 

L’âme et le violon …

 » Sur les cordes du temps pleure l’archet d’un cœur,
Monotones sanglots d’une vie intérieure
Jouant au violon la complainte des jours,
Lancinante musique des larmes de l’amour.

Dans le puits de mon âme résonne le silence
Et mon cri monocorde tombe sans complaisance ;
Aucune note gaie ne vient troubler la pluie,
Amère mélodie d’une vie qui s’enfuit.

Romances en caprices, votre chant indispose
Et mon cœur, assourdi, dans sa geôle repose,
Imagine cortège à la marche funèbre
De l’ultime soupir jeté dans la ténèbre.

Où est le musicien à la main de caresse
Qui essuie la tristesse d’un revers de tendresse,
Endiable la vie, ensorcelle l’arpège,
Et sous ses doigts de joie, la nostalgie allège ? » Michèle BRODOWICZ (Poétesse française- Poème L’âme et le violon )

musique le violoniste

Il est parfois …

 » Il est parfois de purs instants de transparence où semble s’effacer toute frontière entre le dehors et le dedans, où l’âme et le jardin se regardent, se découvrent accordés et s’accueillent dans la paisible évidence d’une amitié plus ancienne et fidèle que la mémoire des jours  » Henri GOUGAUD (Écrivain français / Extrait de son livre Paramour)

jardin fleuri

Confidence importune …

 » Le marché de l’art et les premiers collectionneurs des États-Unis commencèrent à s’intéresser à l’œuvre du peintre Lawrence Alma-Tadema dans les années 1895-1900. Il dut, en grande partie, son rapide succès à un nouveau type de sujet plus proche de la scène de genre que de la scène historique, qu’il avait créé vers 1889, caractérisé par la mise en scène, sur une terrasse de marbre dominant un paysage maritime méditerranéen d’une ou plusieurs femmes, vêtues plus ou moins à l’antique, conversant, s’amusant ou méditant.  Deux galeries new-yorkaises se partagèrent alors le marché des maîtres anciens et de l’art britannique.

La composition de ce tableau, ramassée dans un angle entre l’arcade décorée de grotesque et le coffre surmonté d’un vase de jacinthes sauvages, souligne l’intimité de la scène. Un arbre en fleur et une statue coupent l’horizon mais laissent apparaître, en pleine lumière, la mer bleue et le golfe de Naples. La peau de tigre, la fourrure à longs poils jetée sur le divan, forment un écrin, dans l’ombre douce de la loggia, pour les deux jeunes femmes dont les figures se détachent contre les fleurs et la mer.

Le pourpre gris et le vert d’eau légers de leurs vêtements qui laissent deviner la grâce de leurs corps s’harmonisent parfaitement avec les fleurs. Alma-Tadema peint avec un remarquable naturel dans les expressions et les attitudes ce drame fréquent des relations féminines, topique des romans britanniques et américains de l’époque, la confidence qui fait souffrir celle qui la reçoit.

Confidence Importune fit partie, pendant quelques années, de la superbe collection de Fred et Sherrie Ross, les fondateurs d’Art Renewal centrée sur la peintre académique française du XIXe siècle.  »  Véronique GERARD ( Maître de conférences et agrégée en Histoire de l’art, professeur en Art européen et Histoire des collections à l’Université de Paris-Sorbonne)

CONFIDENCE IMPORTUNE
 » Confidence Importune  » 1895 – Lawrence ALMA TADEMA

Et je serai face à la mer …

qui viendra baigner les galets.
Caresses d’eau, de vent et d’air.
Et de lumière, d’immensité.
Et en moi sera le désert.
N’y entrera que ciel léger.
Et je serai face à la mer
qui viendra battre les rochers.
Giflant. Cinglant. Usant la pierre.
Frappant. S’infiltrant. Déchaînée.
Et en moi sera le désert.
N’y entrera ciel tourmenté.Et je serai face à la mer,
statue de chair et cœur de bois.
Et me ferai désert en moi.
Qu’importera l’heure. Sombre ou claire. » Ester GRANEK (Poétesse belgo-israélienne francophone – Extrait du recueil De la pensée aux mots )
MER 3
Tableau de : Sergei DOROFEEV