La CASTIGLIONE … L’espionne courtisane

CASTIGLIONE photo
Elle a posé pour de très nombreux photographes –  » Avez-vous bien conscience de ce que Dieu accomplit pour vous en vous faisant le collaborateur de la plus belle créature qui ait existé depuis le commencement du monde  » déclara t-elle à l’un d’entre eux.

La fête impériale est éblouissante ce 9 janvier 1856 au Tuileries. Napoléon III y donne un grand bal de saison pour célébrer la victoire de Crimée. Les lustres scintillants des salons révèlent tout l’éclat des tenues des 6.000 invités. Le couple impérial les rejoint vers 21 h 30 et ouvre le bal, puis s’attardent ensuite pour échanger quelques mots avec les participants avant de convier quelques privilégiés à partager leur dîner.

NAPOLEON III
Napoléon III

Le bal se poursuit et l’assistance n’a d’yeux que pour une mystérieuse italienne : Virginia Oldoïni, comtesse de Castiglione. Dans sa robe bleu chatoyant, cette jeune femme de 19 ans stupéfait l’assemblée par sa beauté : yeux clairs, épaules potelées, poitrine ronde, taille de guêpe, longs cheveux bouclés. Les invités remarquent le trouble de l’empereur qui ne la quitte pas des yeux. Il l’avait croisée auparavant, mais, ce soir, elle le subjugue.

Elle est née le 22 Mars 1837 à Florence, issue de l’aristocratie piémontaise. Elle a reçu une éducation classique qui la prépare à son destin de femme du monde. C’est une enfant adorée par ses parents, voire même adulée, sa maman en parle comme d’un chef-d’œuvre ! Sa beauté fait sa renommée. Ils la marient en 1854 au comte François Vérasis de Castiglione. Il a 28 ans, veuf, séduisant, fortuné et l’un des meilleurs partis de l’Italie.

Elle montre très vite un caractère rebelle, impétueux, distant et trouve, hélas, dans d’autres bras l’exaltation des sens. Mais l’histoire va bouleverser son existence. A l’issue de la guerre de Crimée, l’Italie est victorieuse. Le roi de Piémont-Sardaigne, Victor Emmanuel, souhaite unifier son pays. Pour cela, il a besoin de l’appui de l’empereur Napoléon III.

Le roi, conseillé par son ministre Cavour, décide d’envoyer la cousine de ce dernier, la comtesse de Castiglione, en mission secrète pour  » sensibiliser  » l’empereur à la cause italienne. Flattée par cette marque d’estime, Virginia rencontre discrètement Victor Emmanuel, devient sa maîtresse et prend son ordre de mission au sérieux, acceptant de jouer les ambassadrices de charme. En décembre 1855 Cavour lui glisse :  » réussissez ma cousine, par tous les moyens qu’il vous plaira, mais réussissez. »

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Lorsqu’elle rencontre Napoléon III, il a 48 ans. C’est un homme au regard doux, pas très beau, mais avec du charme. Il est notoirement infidèle. Sa relation avec la comtesse de Castiglione fera scandale après l’épisode de Villeneuve-l’Étang, en juin 1856, lors d’une fête champêtre, l’empereur invitera la comtesse à monter avec lui dans une barque. Ils disparaîtront sur une petite île et ne reviendront que plusieurs heures après. La comtesse était toute chiffonnée et affichait un air de triomphe. Pendant plusieurs mois, l’empereur est envoûté par la belle et jeune italienne. Il l’entretient. Mais sa vanité, son manque et discrétion et son caractère ombrageux finissent par le lasser. Il pense déjà à une autre.

Un accident tragique scellera bientôt la fin de leur liaison : dans la nuit du 5 au 6 avril 1857, l’empereur est victime d’un attentat alors qu’il sort de chez elle. Il est sain et sauf, mais l’identité des auteurs de l’agression, des nationalistes italiens, accusent la comtesse. Elle est innocente, mais l’occasion est trop belle : l’empereur en profite pour éloigner son encombrante maîtresse et la renvoie officiellement en Italie.

En réalité, elle revient discrètement à Paris, fait quelques apparitions et sombre peu à peu dans l’oublie. Elle survivra à la chute du Second Empire. Vieille très tôt, elle mènera une vie de demi-mondaine entretenue, puis de recluse. Elle meurt criblée de dettes en novembre 1899.

Quant à son rôle dans l’unification de l’Italie, sans être déterminant, il a certainement appuyé la démocratie. Avec les accords de Plombières, le 21 juillet 1858, Napoléon III a apporté le soutien militaire de la France à Victor-Emmanuel en échange de la Savoie et de Nice.  » Béatrice DANGVAN (Journaliste, historienne française)

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