Il y a des livres écrits de telle sorte …

 » Il y a des livres écrits de telle sorte que, parfois, il font, sur certains lecteurs, un effet semblable à celui de ces coquillages que l’on presse contre son oreille ; et soudain, on entend la rumeur de son sang mugir en sourdine dans la conque. Le bruit de l’océan, le bruit du vent, le bruit de notre propre cœur. Un bruissement de limbes. Il a lu ce livre qui à d’autres ne raconte qu’une histoire étrange, confuse, dont ils ne franchissent pas le seuil, et le livre se sera posé contre son oreille ; un livre en creux, en douve, en abîme, où une nuée d’échos se sera mise à chuchoter …  » Sylvie GERMAIN ( Romancière française, essayiste et dramaturge / Extrait son livre Magnus )

Shells and books still life by Benedict Ramos
 » Livres et coquillages  » – Photo/Nature-morte  de Benedict RAMOS

Un jardinier …

« Ainsi que l’écrit, avec un certain humour, l’auteur tchèque Karel Capek  » contre toute attente le jardinier ne sort pas d’une graine, ni d’un bourgeon, ni d’un oignon, ni d’un bulbe, ni d’un provin. Il devient jardinier avec l’expérience, sous l’influence du voisinage et les conditions naturelles.  » Les premières définitions, en langue française, du mot jardinier, données par Jean Nicot au début du XVIIe siècle, renvoient aux divers mots utilisés en latin avec  » Jardinier, Olitor – Un jardinier qui esmonde les arbres, Arborator – Un jardinier qui fait ouvrages de verdure qu’on voit parmi les jardins, Topiarius  » , ce que le dictionnaire de Trévoux actualise en précisant que le jardinier est «  celui ou celle qui travaille à cultiver un jardin,  Hortulanus « . Mais quand Trévoux renvoie au mot Hortulanus, il s’appuie sur un latin déjà décadent en faisant référence au mot employé par Apulée de Madaure ( IIe siècle après J.C.) ou Macrobe ( Début du Ve siècle). Il convient de noter que ce métier peut être indifféremment exercé par un homme ou une femme.  Dans son Encyclopédie, Diderot élargit le champ du métier de jardinier qui  » est celui qui a l’art d’inventer, dresser, tracer, planter, élever & cultiver toutes sortes de jardins. Il doit outre cela connaître le caractère de toutes les plantes pour leur donner à chacune la culture convenable.  »

Le jardinier est l’homme de l’attente, attente perpétuelle du résultat, mais dans le mouvement et l’activité permanente. C’est l’homme qui confie son lendemain à un objet qui semble inanimé voire dérisoire, qu’il soit graine, semence, greffe ou bouture. Le jardinier a bien compris que rien ne sert de se précipiter, rien de sert de transgresser les règles du déroulement des saisons, il faut les connaître, les respecter même si la science les explique. Le jardin est un espace de nature contrôlée, voire soumise sous la responsabilité qui décide de la vie, de la survie, de la mort des plantes qui s’étalent devant lui. Le choix du bourgeon sauvegardé, de la branche supprimée, engage non seulement l’avenir du végétal, sa forme, son volume, son aspect, mais aussi le devenir de sa place dans le paysage et l’image du jardin. Un acte pour l’avenir.

Qu’il travaille seul ou en équipe, le jardinier ne dédaigne pas répondre aux questions explicites voire implicites de celui qui observe ses faits et gestes. C’est rarement un homme avare de ses mots. Même s’il conserve par devers lui quelque secrets ou soi-disant tels, il abonde en explications, remarques, constatations ; il devise sur les heurs et malheurs des caprices météorologiques, sur les facéties des oiseaux, des insectes et autres. Il partage volontiers son savoir, montre volontiers les résultats de sa culture, comme si ce contact permanent avec une nature vivante, mais muette, devenait pesant et qu’il devenait nécessaire de s’exprimer devant des hommes et des femmes.

Mais le jardinier ne symbolise pas le jardin, il n’est pas l’image du lieu qu’il créé, qu’il cultive, qu’il entretient. Il reste un personnage finalement aussi évanescent et mystérieux que le lieu dont il a la charge  » Yves-Marie ALLAIN ( Ingénieur horticole et paysagiste. Il fut pendant dix ans directeur du Jardin des plantes à Paris et de l’Arboretum national de Chèvreloup. Il a, par ailleurs, travaillé au Ministère de l’Environnement et du Développement durable. Il est membre permanent de l’autorité scientifique française chargée de la Flore et écrit des ouvrages se référant à ses compétences )

JARDINIER Emil CLAUS
 » Le jardinier  » – Emil KLAUS