Antoine de Saint-Exupéry … Voyage sans retour

Antoine de Saint Exupéry aviateur

 » Que s’est-il passé le 31 juillet 1944, lors d’un funeste vol de reconnaissance ? De théorie fumeuse en explication trompeuse, il aura fallu cinq décennies pour lever un peu le voile sur la disparition du pilote-écrivain.

En juillet 1944, le groupe 2/33, spécialisé dans la reconnaissance photographique aérienne, est basé à Borgo, près de Bastia, en Corse. De là, il enchaîne les missions au-dessus du sud de la France, pour préparer la grande offensive qui suivra le tout proche débarquement allié en Provence. Entré en guerre, l’écrivain Antoine de Saint-Exupéry appartient à cette prestigieuse escadrille. Le 31 juillet, peu après 8 h, il décolle pour une mission de cartographie à haute altitude, au-dessus de Annecy et Grenoble. Mais à 14 H 30, il n’est toujours pas revenu et chacun sait qu’on ne reverra plus l’avion : quoi qu’il soit arrivé, il est désormais à court de carburant, et il y a peu de chance de retrouver son pilote vivant.

Ça devait arriver … pensent beaucoup sans oser le dire. L’avion de la mission fatale est un Lockheed P-38 Lightning, bi-moteur américain, reconnaissable à son double fuselage, un des appareils le plus rapide de sa génération. Il atteint 700 km/h, mais ne tolère aucune erreur. Aussi, passé 30 ans, plus question pour quiconque d’en prendre les commandes. Saint-Exupéry a déjà 44 ans mais il a obtenu une dérogation. Le général Giraud en personne a demandé une dispense au commandement américain. La notoriété de l’auteur de Pilote de guerre ( énorme succès d’édition aux Etats-Unis) l’a emporté sur le règlement. L’État-major lui a donc accordé une autorisation pour dix vols. Celui de Juillet 1944 devait être le dernier.

Le vol de trop ont exprimé certains qui se rappellent qu’un mois plus tôt, Saint-Ex’ s’était égaré au-dessus des Alpes et au retour, il avait négligé la procédure de sécurité, à savoir déclencher son signal d’identification radio pour éviter d’être confondu avec l’ennemi.

SAINT EXUPERY et son P.38

Bien qu’il s’agisse d’une mission de guerre, l’hypothèse du P-38 abattu par l’ennemi, est à peine considérée. La Luftwaffe ne dispose quasiment plus d’appareil dans le sud de la Franc et , en outre, le bi-moteur américain surclasse largement tous les chasseurs allemands. En revanche, une panne d’oxygène semble plausible car cela s’est déjà produit. Et à plus de 10.000 mètres d’altitude, un pilote privé d’assistance respiratoire perd conscience en moins d’une minute.

L’avion a pu s’écraser en haute montagne ou en mer, là où personne n’aurait rien vu. Une faute de pilotage à basse altitude fut également envisagée. Dans ses livres, Saint-Exupéry n’évoquait-il pas ses fréquentes rêveries en vol ? A 700 km/h quelques secondes d’inattention peuvent être fatales et mener au clash.

1950 : nouvelle théorie. Un pasteur allemand d’Aix-La-Chapelle qui avait fait la guerre comme officier de renseignement dans la Luftwaffe, se souvient d’un P-38 abattu par un Focke-Wulf, le 31 juillet 1944, au-dessus de la Méditerranée. Le fait est assez singulier pour n’être pas passé inaperçu dans les services, mais il fut jugé peu crédible. Bien plus d’un témoignage vient pourtant abonder en ce sens.

En 1972, en effet, une revue allemande publie une lettre écrite par un aviateur Robert Heichele, durant la guerre. Il avait touché un P-38 au-dessus de Castellane, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Heischele a été tué à son tour durant le conflit : il n’a donc pas pu confirmer ou infirmer. Mais l’article fit tant de bruit que le propriétaire est pris de panique devant l’ampleur médiatique et il se rétracte. C’était un faux.

Dans les années 1990, le mystère refait surface en même temps que se réveille la mémoire des habitant de Carqueiranne dans le Var : en 1944 un corps a été rejeté par la mer après qu’un avion ait été abattu. L’homme repose depuis dans le cimetière du village. Est-ce l’auteur de Terre des hommes ? Pour le vérifier le cadavre est exhumé. Il portait un uniforme, mais c’était celui de la Lutwaffe !

Le 7 septembre 1998 l’histoire connait un rebondissement ayant pour décor le Vieux-Port de Marseille. Dans un filet mouillé devant la côte des Calanques, le patron pêcheur Jean-Claude Bianco remonte la gourmette de Saint-Exupéry. La gravure est si nette que c’en est à peine croyable. L’objet est authentifié.

Bianco Jean-Claude
Jean-Claude BIANCO le pêcheur qui a trouvé la gourmette de Saint-Exupéry
gourmette
Gourmette de Saint-Exupéry ( elle porte l’inscription  :Antoine de Saint-Exupéry-Consuelo
c/o Reynal and Hitchcock
386, 4th Ave, N. Y. C )

Deux ans plus tard, Luc Vanrell repère les reste d’un Locheed P-38 Lightning au nord-est de l’Île de Riou. Chose étrange, au même endroit, entre le Cap Croisette et la Calanque de Sormiou, le plongeur découvre un moteur qui ne provient pas du P-38. En septembre 2003, les experts ont fini par livrer leurs conclusions. Les numéros de série des débris attestent qu’il s’agit bien de l’appareil de Saint-Exupéry. L’analyse des pièces démontre également que l’appareil a percuté l’eau en piqué et, forcément, à grande vitesse. A la suite d’une panne ? D’un malaise ? … L’oxygène donc …La thèse du suicide est également abordée, inspirée par des écrits très noirs de l’auteur.

VANRELL Luc
Luc VANRELL

Quant au moteur, c’est celui d’un Messerschmitt Bf 109F-4. Les deux avions seraient- ils entrés en collision ? En Allemagne une association se mobilise, spécialisée dans la recherche d’avions de guerre portés disparus. Les travaux de ce groupe de passionnés démontrent qu’un chasseur allemand abattu en de toutes autres circonstances, a coulé dans les mêmes fonds sous-marins. Hallucinante coïncidence !

Cette enquête de longue haleine permet aussi d’identifier quelques pilotes de la Luftwaffe qui ont volé, à l’époque, au-dessus de la Provence. L’un des survivants affirme sans ambages :   » C’est moi qui ai abattu Saint-Exupéry  » – Horst Rippert, devenu journaliste après la guerre raconte : le 31 juillet 1944 il est posté, en alerte, sur le camp des Milles à Aix-en-Provence, lorsqu’il est chargé d’intercepter un avion de reconnaissance allié qui fait route au sud, après avoir survolé la région d’Annecy. Le chasseur décolle, prend de l’altitude et repère un P-38 qui vole plus bas que lui.

C’est la seule situation où un appareil allemand a une chance de victoire. Il plonge sur sa proie. Une rafale dans les ailes et le bimoteur pique du nez dans la mer. Plus tard, Rippert apprendra qu’il a sans doute tué son écrivain préféré. Depuis, il restera pétri de regrets.  » Dans notre jeunesse nous l’avions tous lu. On adorait ses bouquins. Il savait admirablement décrire le ciel, les pensées et les sentiments des pilotes. Son œuvre a suscité la vocation d’un grand nombre d’entre nous. J’aimais le personnage. Si j’avais su, je n’aurai pas tiré. Pas sur lui.« Dominique LE BRUN (Journaliste français, écrivain )

Hors RIPPERT
Horst RIPPERT

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