Il était une feuille …

 » Il était une feuille …

Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de cœur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de cœur
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de cœur
Cœur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l’arbre
Racines vignes de vie.
Vignes de chance
Vignes de cœur
Au bout des racines il était la terre
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.  » Robert DESNOS ( Poète français – Poème extrait de son recueil Les portes battantes )

feuille 1

Fleur du printemps : la Primevère …

primevères

La primevère fait partie de la famille des primulacées ( genre primula : terme venant de primulus signifiant tout premier  ). Elle arrive avec le printemps et les oiseaux qui chantent. En effet, on dit qu’elle est la fleur du coucou car elle le fait chanter dès les premiers jours du renouveau printanier.

On les trouve, sauvages, dans les prairies, les sous-bois, au bord de l’eau également, car elles aiment les endroits humides, mais elles se cultivent  et ornent magnifiquement bien les massifs, les potées et les jardinières des balcons.

On compte environ 400 variétés de primevères. Elles offrent un spectacle magnifique grâce à l’harmonie de leurs différentes couleurs  : blanc, bleu, rose, orange, jaune, prune, parme, violet, rouge. On note un intérêt pour cette fleur au XVe siècle avec le botaniste flamand, fondateur de l’horticulture : Jules Charles de L’Écluse ou de Lécluse)   qui en fit pousser dans les jardins. La Primula auricula (oreille d’ours)  est l’une de ses œuvres et la préférée de nombreux fleuristes pour leurs compositions florales. Son travail a permis à de nombreux horticulteurs ( notamment anglais ) de créer les premiers hybrides de cette fleur.

CHARLES DE LECLUSE
Jules Charles de L’Écluse dit en romain CLAUDIUS CLUSIUS
primevère oreille d'ours
Primevère oreille d’ours

Comme beaucoup de fleurs, la primevère a sa légende : on raconte que l’apôtre Saint Pierre devint le gardien du paradis à la mort de Jésus. Les clés de la porte étaient attachées à sa ceinture. Un jour qu’il dormait profondément, le trousseau tomba sur terre et les clés s’enfoncèrent dans le sol. On vit alors éclore une multitude de primevères d’un jaune éclatant  .

Une autre légende, venue de Norvège, relie cette fleur à Freyja, déesse de l’amour, de la sexualité, des plaisirs charnels et du bonheur. C’est une des raisons pour laquelle on l’a souvent qualifiée de fleur du libertinage. En Irlande, on les appelle fleur des fées car ces dernières les cueillaient pour en faire des philtres d’amour. La primevère  a  fleuri, par ailleurs,  les fêtes de fiançailles et mariages. Tout comme il arrivait que l’on glisse une fleur de primevère sous son corsage pour aller à un rendez-vous.

Les primevères ont un délicieux parfum . Elles furent autrefois utilisées pour faire des potages , et viennent apporter, de nos jours, dans les salades,  une touche de couleur et un petit goût sucré. En dehors de cela, la primevère dite officinale (sauvage)  a souvent été reconnue pour ses vertus médicinales.

PRIMEVERE officinale

Sous Louis XV,  ses tisanes étaient préconisées contre le bégaiement. Quelques siècles plus tard, on la recommandait pour les douleurs rhumatismales, puis pour lutter contre la toux de la coqueluche ou de la bronchite, l’asthme et les allergies . Elle a, par ailleurs, des vertus sédatives : ses fleurs sont souvent utilisées contre le stress et le sommeil de l’enfant. Diurétiques, elles soignent aussi fort bien les infections urinaires.

De nos jours, on reconnait aux racines de cette fleur  des vertus intéressantes, similaires à celles de l’arnica pour lutter contre les ecchymoses, hématomes et coups. Ce qui est très intéressant compte tenu du fait que l’arnica se fait rare !

Son  langage des fleurs peut avoir différentes significations . D’une manière générale , elle symbolise  les émois des premiers désirs. Mais elle peut être offerte également pour symboliser une marque de tendresse.

George_Dunlop_Leslie. Cueillette de fleurs de primevères
 » Les fleurs de primevère  » George DUNLOP-LESLIE

«  Une jeune fille est passée sous ma fenêtre. Elle vendait des primevères. J’en ai acheté de grosses bottes, je les ai délivrées de leurs liens si serrés et je les ai laissées s’étirer, se détendre les pauvres petites, dans une coupe bleu ciel où l’on met des primevères chaque année. En me penchant sur elles, j’ai vu leurs visages pâles et las me regarder de cet air perplexe et inquiet qu’ont parfois les petits enfants. On eut dit que le printemps était entré dans ma chambre, chantant très bas, tout bas …  » Katherine MANSFIELD (Écrivaine et poétesse anglaise )