Il est une ruelle …

 » Il est une ruelle
étrangement tranquille et qui semble assoupie.
C’est plutôt le week-end que l’étroite venelle
dort tout benoîtement une heure l’après midi.

Elle est tout engluée dans sa douce torpeur.
Une fontaine y pleut une plainte mouillée,
mais nul n’en entend plus le glouglou chuchoteur
car on dort trop profond derrière les volets.

Les murs sont écaillés et croulent sous les fleurs
débordant de gros pots au vernis fissuré.
Un vélo oublié veut croire en un voleur,
mais nul ne le prendra, il est bien trop rouillé.

Et bien que tout ici s’ébrèche de partout,
des pavés aux trottoirs, des gouttières aux pierres,
on y a l’air heureux, l’on a même le goût
d’y vivre pleinement sous l’intense lumière. » Vette de FONCLARE ( Poétesse française)

ArtScans CMYK
Tableau de Inessa & Michael GARMASH

Jeune femme à sa fenêtre …

 » Edma est mariée depuis quelques mois quand elle pose pour cette toile peinte au cours de l’été 1869. Elle a quitté Paris pour s’installer à Lorient avec son époux Adolphe Pontillon, lieutenant de marine, laissant derrière elle l’atelier de la maison de Passy, la peinture et sa sœur Berthe avec qui elle a partagé l’apprentissage de cet art, la vocation d’une carrière artistique et les premières expositions au Salon de 1864 à 1868.

Le mariage met un terme à son activité picturale, à l’exaltante compagnie des artistes et intellectuels parisiens et surtout l’éloigne de Berthe dont elle était si proche. La correspondance qu’elles échangent désormais témoigne, avec acuité de la douleur, de cette séparation et de la mélancolie que suscite la vie oisive et bourgeoise d’épouse.

Le thème de ce tableau s’inscrit résolument dans le renouvellement des sujets et des motifs qui caractérise les peintures de la vie moderne que sont les impressionnistes : Berthe saisit Edma, incarnation de la jeune femme bourgeoise confinée dans la sphère intime de son appartement, retranchée dans sa songerie, ses mains de peintre jouant maintenant distraitement avec un éventail. Son regard, détourné de la fenêtre, erre ennuyé, sur la miniature décorative, la piètre peinture qui orne les plis de l’accessoire. L’extérieur, la vie du dehors, mis à distance par une succession de seuils : le balcon, la ferronnerie, la masse dense des feuillages, exaltent par contraste l’intériorité du modèle, sa présence dans l’instant qui passe. Elle est ici comme le sont l’ample robe blanche imprégnée de lumière, parcourue d’un souffle d’ombres bleutées et rosées ou la petit meuble dont les pieds esquissés s’évanouissent dans l’ombre. »  Jérôme COIGNARD (Historien de l’art, journaliste)

BERTHE MORISOT Jeune femme à sa fenêtre
Entrer une légende