Arlequin et Pierrot …

 » Arlequin bariolé
de losanges, de carrés,
de triangles rouges
qui sans cesse bougent.
Habillé tout en blanc
Pierrot rêve nez au vent :
il pense à sa belle
assis auprès d’elle.
Fée, pirate et mariée
ce jour se sont rencontrés,
sourit la princesse
en ses longues tresses.
Petits pieds dégourdis,
la musique les convie
à entrer en danse
pour qu’ils se fiancent.  » Gina CHÉNOUARD ( Poétesse française)

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 » Arlequin et Pierrot  » – André DERAIN

 

Street Art … par Julien de CASABIANCA

 » Mon histoire est une histoire de prince charmant. J’étais au Louvre et dans un coin il  y avait une princesse abandonnée sur un mur que personne ne regardait. Dans un musée, il y a des blockbusters. Tout le monde se précipite vers des tableaux comme le Joconde par exemple, mais ils ne voient plus les autres. Ils courent vers des trucs essentiels, spectaculaires. Et l’impact sur la France de cette pauvre fille semble limité. C’est là que le prince charmant intervient. Je l’ai prise en photo. Je l’ai imprimée en grand, découpée de son paysage et je l’ai placardée dans la rue. Je l’ai libérée de son château. Techniquement, pas besoin d’un savoir-faire : il faut un téléphone, un ciseau et l’imprimeur du coin de la rue.

CASABIANCA Julien
Julien de CASABIANCA

Julien de Casabianca a été, au départ, un journaliste ( à l’Express notamment) et un écrivain. Il a également collaboré à des émissions télévisées sur France 2 en tant qu’animateur, cinéaste  et réalisateur ( un court métrage La Nuit après la pluie écrit par le prix Nobel de littérature Gao Xingjian,  et un film très touchant salué par la critique et les réalisateurs, notamment Costas Gavras :  Passing By ). Mais il est surtout  internationalement connu pour être  un photographe qui amène l’art dans la rue. Un travail né en 2014 avec le concept qu’il a lancé et qui s’appelle Outings Project.

Passionné par les tableaux des musées, il se laisse séduire par des détails ou des personnages de ces toiles, les photographie, les magnifie en très grand format, parfois même monumental, sur papier et s’en va les coller lui même sur des murs de la ville, avec l’aide d’un échafaudage ou une grue parfois.

Ce travail, très original, inventif, ludique, esthétique, culturel et quelque peu décalé,est l’union de l’art et de l’urbain et son action est tout à fait accepté par les conservateurs des musées,  parce que la démarche de cet artiste n’est pas de dérober une œuvre,  mais une façon d’apporter l’art dans la rue et permettre qu’il soit à la portée de tous. Non seulement son travail les enchante, mais il l’invite très souvent à venir découvrir les tableaux de leur musée et  » piquer  » quelques figures intéressantes, lesquelles seront ensuite placardées sur les murs de la ville.

Il met son concept en application dans différentes villes françaises, notamment et surtout sa ville natale, à savoir Montauban, avec l’approbation du Musée Ingres , mais également d’autres institutions muséales  à Bordeaux, Angers, Lyon,  ou Paris avec, notamment,  le musée Carnavalet qui, durant sa fermeture pour travaux de rénovation, a accepté, après un vote,  que l’une des figures du tableau Le dôme central de la galerie des machines à l’Exposition universelle de Paris en 1889, signé par Louis Béroud, soit collée et format XXL sur un mur.

CASABIANCA 8
Julien de CASABIANCA ( Personnage issu du tableau de Louis BÉROUD )

Le travail si particulier de Casabianca  ne s’arrête pas là puisqu’il a eu l’occasion de le faire également en Angleterre, Russie, Chine, Japon ( qui l’a également invité à faire des conférences à l’Université des Arts et rencontrer aussi des plasticiens japonais) , Suisse, Etats Unis, Espagne, Brésil, Pologne, Corse, Allemagne , Bulgarie,  Slovénie, Mexique et au Paraguay.

CASABIANCA
Julien de CASABIANCA  (Memphis aux USA )
CASABIANCA la femme accroupie de Georges DORIGNAC à Bordeaux
Julien de CASABIANCA (Bordeaux en France)
CASABIANCA 4
Julien de CASABIANCA (Aberdeen en Écosse)
CASABIANCA Calvi
Julien de CASABIANCA ( Calvi en Corse )
CASABIANCA La Roche sur Yon
Julien de CASABIANCA ( La Roche-sur-Yon en France )
CASABIANCA 6
Julien de CASABIANCA ( Sofia en Bulgarie )
CASABIANCA usine Hollander à Choisy le Roi
Julien de CASABIANCA ( une usine à Choisy-le-Roi en France )
CASABIANCA 7
Julien de CASABIANCA ( Bordeaux en France )
CASABIANCA 3
Julien de CASABIANCA ( Lyon en France )
CASABIANCA 2
Julien de CASABIANCA ( Lübeck en Allemagne )
CASABIANCA Anger en France
Julien de CASABIANCA ( Angers en France)

 

 

 

 

 

Incognito …

 » Avec vous ce matin, j’avais pris rendez-vous
à l’heure bleue où l’aurore met la nuit à genoux,
dans un village pas loin au bord de notre histoire,
une halte secrète au creux de ma mémoire.

Quand j’ai poussé la porte, les gonds ont hurlé
tel un cri de souffrance que je n’oublierai jamais
et sous mes pas pesants ont crissé les graviers
comme une déchirure à mon âme écorchée.

Au silence immobile des grands buis torturés,
tels des pans de vie à jamais ébréchés,
j’ai entendu tomber quelques éclats de rêves,
un peu vite emportés par le jour qui se lève.

Un oiseau de faïence, prisonnier de l’ombre,
grelottait de froid au bout de l’allée sombre.
J’ai voulu lui dire j’ai tant d’amour à donner ».
mais hélas on se lasse, ma voix s’est cassée.

Je vous ai laissé un morceau de mon cœur,
quelques miettes de moi imprégnées de bonheur,
juste une offrande posthume, un tout dernier cadeau.
vous ne m’avez pas vue, j’étais incognito.  » Annie KUSABIAK-BARBIER ( Écrivain et poétesse – Titre du poème  » Incognito  » / Extrait de son livre La voyageuse sur le banc) 

souvenir

Une bibliothèque …

 » Une bibliothèque n’est pas un sanctuaire pour le culte du livre. Ce n’est pas un temple où l’encens littéraire doit être brûlé ou sa dévotion au livre relié s’exprime dans un rituel. Pour modifier la célèbre métaphore de Socrate, une bibliothèque doit être le lieu de livraison de la naissance des idées, un lieu où l’histoire se dévoile.  » Norman COUSINS (Journaliste américain, professeur et auteur)

BIBLIOTHEQUE DE DROIT DE L.ETAT DE L.IOWA
Bibliothèque de droit de l’État de l’Iowa aux Etats-Unis

Autoportraits …

autoportrait NORMAN ROCKWELL
 » Auto-portrait  » – Norman ROCKWELL

« Il serait prudent de s’en tenir à la seule définition donnée par un dictionnaire, par exemple le Petit Robert : «  AUTOPORTRAIT n.m. (V.1950 ; de auto et portrait) – Portrait d’un dessinateur, d’un peintre exécuté par lui même. Les autoportraits de Rembrandt, de Goya, de Van Gogh « . La mention faite entre parenthèses ( V.1950) atteste que ce mot n’est pas bien vieux. Le Dictionnaire de l’Académie française, plus circonspect, se garde de donner une date d’apparition de ce mot. Il s’en tient à cette seule indication « XXe siècle« .Par ailleurs, selon le Trésor de la langue française, c’est en 1928 dans Mes modèles que Jacques-Émile Blanche a eu recours pour la première fois à ce mot auto-portrait avec un trait d’union. Il  n’est pas indifférent que ce mot soit apparu à l’initiative d’un peintre. Sans doute pressent-il qu’un autoportrait est une chose singulière.

Avec ou sans trait d’union, l’autoportrait aura été, pendant des siècles, ignoré. Pourquoi se serait-on soucié de quelque chose qu’aucun mot n’avait pris la peine de désigner ? Il guère que le portrait de l’artiste par lui même ou le portrait du peintre par lui-même. Un portrait parmi tant d’autres. Pourquoi donc prêter à ces portraits de peintres une attention particulière ? Parce qu’il n’est pas sur qu’un peintre peigne comme il peint le modèle qui pose en face de lui. Rembrandt, premier nom cité par mon dictionnaire usuel, a dessiné, gravé et peint une centaine d’autoportraits. Goya et Van Gogh se sont représentés encore et encore.

Première évidente remarque : pour un peintre le modèle qu’il est lui-même est le plus disponible qui soit. Ce n’est pas le miroir auquel il fait face qui se plaindra des séances de pose qui n’en finissent pas. Qui plus est, le modèle qu’il aura été pour lui-même ne lui fera pas de reproche de ce portrait posé sur le chevalet. Si pouvoir faire face à son propre visage pour se  livrer quand on veut à ce qui peut-être est un exercice, un expérience, n’est pas indifférent.

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Comment douter que c’est par l’auto-portrait qu’un peintre prouve mieux qu’avec aucune autre œuvre sa valeur ? C’est pour donner la preuve irréfutable de son talent que Parmigianino se peint en 1524, il a vingt-et-un ans alors.

PARMIGIANINO
 » Auto-portrait  » Girolamo Francesco Maria MAZZUOLI dit PARMIGIANINO  – » Pour enquêter sur les subtilités de la peinture, il commença son auto-portrait à l’aide d’un miroir convexe de barbier ; il observa les curieuses déformations subies par les poutres du plafond et la fuite bizarre des portes et des éléments architecturaux reflétés dans la courbe du miroir. Par curiosité, il voulu reproduire ce qu’il voyait. Il fit faire autour une boule en bois qu’il divisa pour obtenir une demi-sphère de la même taille que le miroir, sur laquelle, avec grand talent, il représentait tout ce qu’il voyait dans le miroir, d’une manière si naturelle qu’on a peine à le croire.Comme tout ce qui se reflète dans un miroir convexe s’agrandit de près et diminue avec l’éloignement, il fit au premier plan sa main, un peu agrandie comme montrait le miroir, si belle qu’elle semble vraie. Francesco était très beau et avait un aspect si gracieux qu’il ressemblait plus à un ange qu’à un homme Son portrait sur cette demi-sphère avait une allure divine. Ce fut une réussite si heureuse que la peinture égalait la réalité. Tout y était : le brillant du verre, chaque reflet, les ombres et les lumières d’une vérité telle qu’on ne pouvait espérer mieux d’un talent humain. » Giorgio VASARI ( Peintre, architecte et écrivain italien – A propos de l’auto-portrait de PARMIGIANINO

L’autoportrait n’aura t-il pas, siècle après siècle, cessé d’être le même défi, le moyen le plus abouti de montrer son excellence ? Paradoxe singulier, les peintres se moquent de leur propre réalité. Il y a longtemps que les peintres savent que  » je suis un autre  » . Quand à savoir qui est cet autre, c’est une autre affaire.La question est au bout du compte toujours la même : se peindre, c’est peindre qui ? Picasso assura : «  chaque être humain est une colonie  » Comment choisir le modèle qui convient dans cette colonie ?  » Pascal BONNAFOUX (Historien de l’Art, professeur, écrivain )

14.2.2020 … Saint Valentin

 » Il le faut avouer, l’Amour est un grand maître ;
Ce qu’on ne fut jamais, il nous enseigne à l’être,
Et souvent de nos mœurs l’absolu changement
Devient par ses leçons l’ouvrage d’un moment.
De la nature en nous il force les obstacles,
Et ses effets soudains ont de l’air des miracles.
D’un avare à l’instant il fait un libéral,
Un vaillant d’un poltron, un civil d’un brutal ;
Il rend agile à tout l’âme la plus pesante
Et donne de l’esprit à la plus innocente… » Jean-Baptiste POQUELIN dit MOLIÉRE (Extrait de l’École des femmes)

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Un baiser …

 » Qu’est ce qu’un baiser ? Un souffle, une douceur légèrement humide, la palpitation de deux lèvres, un élan de tendresse ou d’amour déposé au coin d’une joue, d’une lèvre, ou même sur tout le corps de l’autre ; un instant arrêté aussi éphémère que la rosée d’une émotion. Un baiser c’est le clin d’œil d’une étoile dans l’immensité du cosmos ; c’est bon comme la mie de pain doré par l’amour. Aussi, la vie d’un baiser est-elle courte, même si chaque baiser paraît contenue, à chaque fois, une part d’éternité. » Jacques SALOMÉ (Psychosociologue et écrivain français)

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 » Un baiser  » – Photo Gérard UFÉRAS

De mon temps …

 » De tous les temps, à toutes les époques, il s’est trouvé des sages vrais ou faux, des hommes d’expérience, de ces hommes mûrs qui frappent doux et fort pour regretter le passé et parler de décadence. Homère avait déjà dit : les hommes d’autrefois valaient mieux que ceux d’aujourd’hui. L’humanité ne marque le pas ni se presse, malgré les apparences parfois violentes. Nous sommes moins différents que nous le croyons, de ceux qui ont ont précédés. Cependant, si je ne m’abuse, en regrettant ma jeunesse, il me semble que de mon temps, il y avait plus de bonne humeur, plus de bonhomie dans la grandeur, plus de bienveillance et de tolérance, mais aussi plus de respect de soi, moins de prétention voyante, plus d’attention aux hommes et aux choses et plus d’ardeur à connaître.  » Jean-Paul FARGUE ( Écrivain et poète français / Extrait de son livre Refuges)

FARGUE Léon Paul par BRASSAÏ
Jean-Paul FARGUE ( 1876-1947) par BRASSAÏ

HOKUSAI-HIROSHIGE-UTAMARO … Les grands maîtres du Japon / Collection Georges LESKOWICZ

AIX CAUMONT AFFICHE

« Les surimonos, les impressions moelleuses où la couleur et le dessin semblent tendrement bus par la soie du papier japonais et qui sont ces images à la tonalité si joliment adoucie, si artistiquement perdue, si délavée de colorations pareilles aux nuages à peine teintés, que fait le barbotage d’un pinceau chargé de couleur dans l’eau d’un verre, ces images, qui par le soyeux du papier, la qualité des couleurs, le soin du tirage et des rehauts d’or et d’argent, et encore par ce complément du gaufrage obtenu, le croirait-on, par l’appuiement du coude de l’ouvrier sur le papier, ces images n’ayant rien de similaire dans la gravure d’aucun peuple de la terre  ….  » Edmond de GONCOURT

Ce qui est aujourd’hui Tokyo était autrefois Edo. A cette époque, comprise entre 1603 et 1868, sous la dynastie Tokugawa, le Japon était complètement fermé à tout contact avec le monde extérieur, mis à part les marchands chinois, coréens, et hollandais. Coupé du monde occidental pendant presque deux siècles ( 1641/1854 ) le Japon ré-ouvrira ses portes aux étrangers. Le Commodore américain Matthew Calbraith-Perry accoste à Uraga ( baie de Tokyo ) . Il est porteur d’une lettre que lui a remis le président de son pays , à savoir Millard Filmore, et insiste auprès du shogun pour qu’il accepte d’ouvrir ses frontières et son commerce au monde extérieur.Cette période de coupure  s’appelait le Sakoku. Premier traité signé avec les Etats-Unis en mai 1854 ( il s’agit de la convention de Kanagawa) qui ouvrira la voie à d’autres puissances occidentales. En 1868 commence l’ère Meiji.

Tokugawa Leyasu  devint shogun en  1603 après la bataille de Sekigahara  . Il vivait dans un petit village de pêcheurs (quasiment un marécage) appelé Edo. Il s’engagera à ramener la paix dans le pays, et voudra faire de Edo la capitale administrative. Pour se faire, il entreprendra  un gros travail de métamorphose totale. Un jour son vœu se réalisera car elle sera à même de rivaliser avec Kyoto qui était la capitale impériale.

Tokugawa_Ieyasu
Représentation de TOKUGAWA LEYASU

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 » La forêt près du sanctuaire Masaki au bord de la Sumidagawa  » ( 35e vue de la série Cent vues célèbres de Edo  » 1857 – HIROSHIGE

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 » Averse soudaine sur le pont Shin Ohashi et Atake  » ( 58e vue de la série Cent Vues célèbres d’Edo) – 1857 – Utagawa HIROSHIGE

AIX le type populaire
« Le type populaire  » 1821/1822 ( Série Physionomie de trente-deux types dans le monde moderne ) – Utagawa KUNISADA ( Sert l’affiche de l’expo )

La société fut divisée en différentes classes sociales  : les grands et riches  seigneurs  (daimyô) , les samouraïs ( guerriers issus de la noblesse ou du monde rural) , les paysans qui produisaient le riz et l’alcool qui en était issu (saké ) , les marchands , et  les artisans en accessoires de luxe. Par contre, les acteurs, artistes, poètes, courtisanes ou personnes pauvres et modestes, étaient considérés comme des marginaux. Chaque catégorie ayant son quartier pour éviter les problèmes.

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 » Jûro Sukenari est tué par Nitta Shirô Tadatsune au cours d’une bataille à l’âge de 22 ans  » ( 25e scène de la Série La revanche des Frères Saga) – 1843/47 – Utagawa HIROSHIGE

Les seigneurs du pays (  Daimyô  ) se verront contraints  de faire construire et vivre avec leur famille,  dans des demeures somptueuses et fort coûteuses à Edo ; un style de vie qui était, à la longue, très difficile à maintenir et entraîner parfois leur ruine. Le shogun leur imposait par ailleurs, de voyager sans cesse  dans tous le pays et revenir souvent auprès de lui pour lui faire des compte-rendus de ce qu’ils voyaient et bien entendu, il  leur donnait de nouvelles instructions pour qu’ils repartent à nouveau en voyage. Pendant ce temps, les marchands, vers qui les Daimyô  se tournaient souvent pour leur emprunter de l’argent, s’enrichissaient. De ce fait leur statut changera et leur permettra, eux aussi, de  faire connaître ce qu’ils appréciaient que ce soit en art, en littérature, en spectacles et d’imposer leurs goûts.

Le terme Ukiyo avait à l’origine un sens assez solennel, bouddhiste, philosophique et plutôt pessimiste. Curieusement, il sera repris au XVIIe siècle par les habitants de Edo, lesquels vont vouloir en changer totalement le sens, le rendre plus optimiste, plus zen, voire même parfois plus humoristique et décalé . Il deviendra alors celui du divertissement.

 » Vivre uniquement le moment présent, se livrer tout entier à la contemplation de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier et de la feuille d’érable. Ne pas se laisser abattre par la pauvreté et ne pas laisser transparaître sur son visage, mais dériver comme une calebasse sur la rivière : voilà ce qui s’appelle l’Ukiyo  » ( Asai Ryoi emploie pour la première fois le terme Ukiyo dans ses Contes du monde flottant (1665)

L’Ukiyo-e ( tableau du monde flottant ) reste surtout le terme donné aux  estampes.C’est un art qui est né à Edo. Il représentait  un nouvel art de vivre, un monde plein de poésie, raffinement, rêverie, s’inspirant des traditions, de la nature, des paysages, de la flore, la faune, la vie quotidienne , mais qui traite aussi du monde du théâtre, des acteurs du Tabuki, des  cérémonies du thé, de l’amour, des geishas, des courtisanes, des plaisirs futiles, des images érotiques(shunga) ….

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 » Faucon sur un pin  » 1853 – HIROSHIGE ( Ce type d’estampe appelée kachôga fait partie des adaptations japonaises de fleurs ou oiseaux que l’on pouvait trouver  en Chine sous la dynastie Ming et Qing. Hiroshige et Hokusai furent les deux plus importants maîtres dans ce genre.

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 » Travail d’aiguille  » 1794/95 – Kitagawa UTAMARO

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 » La courtisane Shungetsu dans sa loge  » ( Série des Huit Vues dans le quartier du plaisir ) – Fin 1832 – Utagawa SADAKAGE

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 » Femmes de la Cour admirant des cerisiers  »  1858 (fait partie d’un triptyque )Utagawa UTAMARO

Au départ, quasiment une illustration qui deviendra un art à part entière. – Telles des cartes postales, ou tel que le ferait un média de nos jours , elles permettaient de mieux connaitre, voir d’admirer, ou de conserver en souvenir les images de la vie citadine. Apprécié, au départ, par une classe plutôt populaire, et qui fin du XVIIIe siècle touchera fortement les élites.

Ce n’est pas un art qui restera figé. Tout au contraire, il va  considérablement changer, se développer, ne serait-ce que par les techniques qui se modernisent  : les premières estampes ( sumizuri-e) étaient à l’encre de chine noire, jusqu’au jour où la demande de couleur se fit plus pressante. C’est ainsi que naîtront les tan-e, (utilisation de tan soufré qui donnait une couleur orangée), puis les beni-e (avec du rouge) et les urushi-e(avec du noir), et enfin  les benizuri-e qui furent les première estampes couleur à être imprimées. Le premier artiste à réaliser ce genre d’estampes polychromes dites de brocart (nishiki-e) fut Suzuki harunobu en 1775. Sept ans plus tard, le maître du genre sera Kitagawa Utamaro.

Le dessinateur (eshi) n’est pas tout seul dans la réalisation d’une estampe. C’est un travail d’équipe. Il donne son dessin au graveur ( horishi ) qui la confie à l’imprimeur (surishi) après l’avoir transféré sur bois. C’est une coordination qui doit être en parfaite osmose  pour que la pièce finale soit de très bonne qualité. La qualité étant un critère important pour la vente.

Autre petit point historique à savoir : la gravure sur bois ( à l’origine chinoise ) sera employée au Japon au VIIIe siècle pour y imprimer, au départ, des textes sacrés.

L’hôtel de Caumont à Aix-en-Provence, nous fait entrer dans le monde enchanteur des estampes, au travers d’une exposition mettant en lumière 200 pièces de la merveilleuse collection de l’entrepreneur franco-polonais Georges Leskowicz, reconnue comme étant l’une des plus importantes au monde, riche en totalité de 1800 pièces signées par les grands maîtres du genre comme Hokusai (le virtuose et ses incroyables paysages )  –Hiroshige (intéressé au départ par les portraits, puis se tournera avec toujours autant de sensibilité vers les paysages, les fleurs etc..) – Utamaro (et ses beaux portraits de geishas et courtisanes) – mais aussi Gakutei ( élève de Hokkei et donc influencé par Hokusai . Il réalisera des estampes, des surimonos, et écrira des poèmes assez drôles) ,- Sharaku (spécialisé dans les portraits d’acteurs de théâtre . Il a été une grande source d’inspiration pour Toulouse Lautrec) –  Kunisada ( a débuté lui aussi avec les acteurs du Kabuki, puis s’est spécialisé avec énormément de raffinement dans les surimonos) , Shinsai ( fut élève de Hokusai. Il débute dans le paysage, puis se spécialise avec grand talent dans l’art des surimonos) , Hokkei ( Un ancien poissonnier, élève de Hokusai. Un  grand observateur de la nature. Il a réalisé un nombre important de surimonos et s’est distingué dans l’art de l’illustration pour des livres érotiques) et bien d’autres … des pièces que certains musées rêveraient d’avoir !

L’expo s’intitule :  »  HOKUSAI – HIROSHIGE – UTAMARO – Les grands maîtres du Japon – La collection Georges Leskowicz  » jusqu’au 22 mars 2020 ( Estampes, Surimino, objets, documents, photos, vidéos)

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Georges LEIKOWICZ

AIX Kosode
Kosode décoré de vagues et de fleurs de pivoines, iris, chrysanthèmes et mauves / 1800 – Prêt du Musée national des Arts asiatiques Guimet à Paris

Georges Leskowicz a hérité le goût des collections de son père Alexander. Celui-ci avait une grande passion pour les livres et manuscrits rares, donc précieux. En ce qui concerne son fils, c’est l’art japonais qui va l’intéresser. Pour parfaite sa culture de la collection dans le domaine de l’Ukiyo-e, il va se former auprès de personnalités compétentes,  très connues et réputées à l’échelle internationale. Sa fondation, créée en 2015, a pour but de permettre au tout à chacun de découvrir les pièces magnifiques

Cette promenade colorée dans ce monde flottant ancestral , nous conduit, au travers d’un parcours thématique,  dans le monde des Surimonos ( choses imprimées ) – Ils représentent la quintessence des estampes japonaises , gravures sur bois  précieuses, raffinées,  exceptionnelles, rares, car faites en très peu d’exemplaires, commandées par  une clientèle de la haute société japonaise, souvent des intellectuels, érudits, lettrés, ou personnalités culturelles, pour un usage privé ( on les offrait, par exemple, pour fêter le Nouvel An).

Ces Surimonos sont luxueux et coûteux de par les matériaux qui étaient utilisés, soyeux, avec de très belles couleur, fabriqués avec un papier blanc/opaque de qualité qui se compose de fibres de mûrier et de colle ( le hôsho). Leur éclat vient du fait que l’on ajoutait parfois de la poudre de mica et des pigments ( cuivre, laiton, étain, or ou argent) – L’effet relief structuré quant à lui, était obtenu par une technique de gaufrage.

AIX Acteur Danjuro
 » L’acteur Tchikawa Danjüro VII dans le rôle de Soga no Gorö et Omi no Okane  » – Surimino / 1818/1820 – Utagawa KUNISADA

Les textes imprimés sont soit des courts poèmes (sans rimes), soit des références littéraires issus d’œuvres classiques, ou bien des mots d’humour et d’esprit ( kyôka « poèmes fous »). La peinture et le texte y sont étroitement liés. C’est un art peu connu en Europe. D’ailleurs peu d’expos les mettent à l’honneur, la dernière en date était celle du Musée national d’arts asiatiques Guimet  » Meilleurs vœux du Japon  » en 2016 .

AIX Fuji au printemps
 » Nouveau Fuki au printemps  » – 18101829 – ( Surimino ) Utagawa TOYOHIRO

AIX La rivière Sumida
 » Vue sur le fleuve Sumida  » Surimino – (détail – Série Toutes les sortes de chevaux ) 1822 – HOKUSAI

AIX Deux dames admirant des cerisiers.jpg
 » Deux dames de la Cour admirant les cerisiers  » Surimino / 1820 – Yashima GAKUTEI

AIX Le coquillage
« Le coquillage violet  » – Surimino – 1821 – HOKUSAI