Une bibliothèque …

 » Une bibliothèque n’est pas un sanctuaire pour le culte du livre. Ce n’est pas un temple où l’encens littéraire doit être brûlé ou sa dévotion au livre relié s’exprime dans un rituel. Pour modifier la célèbre métaphore de Socrate, une bibliothèque doit être le lieu de livraison de la naissance des idées, un lieu où l’histoire se dévoile.  » Norman COUSINS (Journaliste américain, professeur et auteur)

BIBLIOTHEQUE DE DROIT DE L.ETAT DE L.IOWA
Bibliothèque de droit de l’État de l’Iowa aux Etats-Unis

Autoportraits …

autoportrait NORMAN ROCKWELL
 » Auto-portrait  » – Norman ROCKWELL

« Il serait prudent de s’en tenir à la seule définition donnée par un dictionnaire, par exemple le Petit Robert : «  AUTOPORTRAIT n.m. (V.1950 ; de auto et portrait) – Portrait d’un dessinateur, d’un peintre exécuté par lui même. Les autoportraits de Rembrandt, de Goya, de Van Gogh « . La mention faite entre parenthèses ( V.1950) atteste que ce mot n’est pas bien vieux. Le Dictionnaire de l’Académie française, plus circonspect, se garde de donner une date d’apparition de ce mot. Il s’en tient à cette seule indication « XXe siècle« .Par ailleurs, selon le Trésor de la langue française, c’est en 1928 dans Mes modèles que Jacques-Émile Blanche a eu recours pour la première fois à ce mot auto-portrait avec un trait d’union. Il  n’est pas indifférent que ce mot soit apparu à l’initiative d’un peintre. Sans doute pressent-il qu’un autoportrait est une chose singulière.

Avec ou sans trait d’union, l’autoportrait aura été, pendant des siècles, ignoré. Pourquoi se serait-on soucié de quelque chose qu’aucun mot n’avait pris la peine de désigner ? Il guère que le portrait de l’artiste par lui même ou le portrait du peintre par lui-même. Un portrait parmi tant d’autres. Pourquoi donc prêter à ces portraits de peintres une attention particulière ? Parce qu’il n’est pas sur qu’un peintre peigne comme il peint le modèle qui pose en face de lui. Rembrandt, premier nom cité par mon dictionnaire usuel, a dessiné, gravé et peint une centaine d’autoportraits. Goya et Van Gogh se sont représentés encore et encore.

Première évidente remarque : pour un peintre le modèle qu’il est lui-même est le plus disponible qui soit. Ce n’est pas le miroir auquel il fait face qui se plaindra des séances de pose qui n’en finissent pas. Qui plus est, le modèle qu’il aura été pour lui-même ne lui fera pas de reproche de ce portrait posé sur le chevalet. Si pouvoir faire face à son propre visage pour se  livrer quand on veut à ce qui peut-être est un exercice, un expérience, n’est pas indifférent.

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Comment douter que c’est par l’auto-portrait qu’un peintre prouve mieux qu’avec aucune autre œuvre sa valeur ? C’est pour donner la preuve irréfutable de son talent que Parmigianino se peint en 1524, il a vingt-et-un ans alors.

PARMIGIANINO
 » Auto-portrait  » Girolamo Francesco Maria MAZZUOLI dit PARMIGIANINO  – » Pour enquêter sur les subtilités de la peinture, il commença son auto-portrait à l’aide d’un miroir convexe de barbier ; il observa les curieuses déformations subies par les poutres du plafond et la fuite bizarre des portes et des éléments architecturaux reflétés dans la courbe du miroir. Par curiosité, il voulu reproduire ce qu’il voyait. Il fit faire autour une boule en bois qu’il divisa pour obtenir une demi-sphère de la même taille que le miroir, sur laquelle, avec grand talent, il représentait tout ce qu’il voyait dans le miroir, d’une manière si naturelle qu’on a peine à le croire.Comme tout ce qui se reflète dans un miroir convexe s’agrandit de près et diminue avec l’éloignement, il fit au premier plan sa main, un peu agrandie comme montrait le miroir, si belle qu’elle semble vraie. Francesco était très beau et avait un aspect si gracieux qu’il ressemblait plus à un ange qu’à un homme Son portrait sur cette demi-sphère avait une allure divine. Ce fut une réussite si heureuse que la peinture égalait la réalité. Tout y était : le brillant du verre, chaque reflet, les ombres et les lumières d’une vérité telle qu’on ne pouvait espérer mieux d’un talent humain. » Giorgio VASARI ( Peintre, architecte et écrivain italien – A propos de l’auto-portrait de PARMIGIANINO

L’autoportrait n’aura t-il pas, siècle après siècle, cessé d’être le même défi, le moyen le plus abouti de montrer son excellence ? Paradoxe singulier, les peintres se moquent de leur propre réalité. Il y a longtemps que les peintres savent que  » je suis un autre  » . Quand à savoir qui est cet autre, c’est une autre affaire.La question est au bout du compte toujours la même : se peindre, c’est peindre qui ? Picasso assura : «  chaque être humain est une colonie  » Comment choisir le modèle qui convient dans cette colonie ?  » Pascal BONNAFOUX (Historien de l’Art, professeur, écrivain )