Année BEETHOVEN : Concerto pour violon Op.61 …

( Vidéo : David OISTRAKH (violon) – Accompagné par l’ORCHESTRE NATIONAL DE LA RADIO FRANCAISE dirigé par André CLUYTENS )

« La mélodie se répand avec une sérénité divin, envahie de la pure harmonie de ré majeur  » Walter RIEZLER (Musicologue allemand)  … «  Un moment de poésie pure qui glisse entre rêve et réalité  » André BOUCOURECHLIEV (Compositeur, critique musical, musicographe bulgare naturalisé français)

Le seul Concerto que Beethoven composera  pour le violon. Pas toujours plébiscité par la critique dans le passé, laquelle aura tendance à le trouver trop long et répétitif . Par contre, les musiciens vont beaucoup l’apprécier et auront plaisir à l’exécuter. Ce sont eux qui feront son succès.

Quasi symphonique écrit à la demande de Franz Clément, un violoniste virtuose  rencontré en 1794. La partition porte d’ailleurs son nom, mais Beethoven changera d’avis par la suite et le dédicataire deviendra son ami et protecteur Stephan Von Breuning.

STEPHAN VON BREUNING
Stephan VON BREUNING

Quoi qu’il en soit, Clément créera l’œuvre  en 1806. Malheureusement il semblerait que Beethoven ait quelque peu tardé à la terminer. En conséquence de quoi, le violoniste avait disposé de très peu de temps pour la préparer et  l’histoire raconte qu’il déchiffrait la partition tout en la jouant en direct devant le public, ce qui entraînera un manque total de cohérence entre lui et l’orchestre. De ce fait, le public n’appréciera pas, et la critique pensera que cette partition était injouable.

Ce sera un autre virtuose du violon, Joseph Joachim, qui prouvera le contraire en 1846, sous la direction de Félix Mendelssohn. Malheureusement, Beethoven n’était plus de ce monde pour savoir que son merveilleux Concerto était enfin apprécié à sa juste valeur.

Joseph JOACHIM
Joseph JOACHIM

C’est désormais une œuvre majeure du répertoire pour violon, originale, lyrique, harmonieuse, radieuse, un soupçon capricieuse aussi parfois, cantabile, d’une grande richesse violonistique, avec des rythmes bondissants, un orchestral puissant, et ne manquant pas de poésie et de délicatesse dans certains mouvements.

Photographie électorale ..

 »Certains candidats-députés ornent d’un portrait leur prospectus électoral. C’est supposer à la photographie un pouvoir de conversion qu’il faut analyser.D’abord, l’effigie du candidat établit un lien personnel entre lui et les électeurs ; le candidat ne donne pas à juger seulement un programme, il propose un climat physique, un ensemble de choix quotidiens exprimés dans une morphologie, un habillement, une pose. La photographie tend ainsi à rétablir le fond paternaliste des élections, leur nature représentative , déréglée par la proportionnelle et le règne des partis (la droite semble en faire plus d’usage que la gauche).   Dans la mesure où la photographie est ellipse du langage et condensation de tout un ineffable social, elle constitue une arme anti-intellectuelle, tend à escamoter la politique (c’est-à-dire un corps de problèmes et de solutions) au profit d’une manière d’être, d’ un statut socialo-moral.

La photographie électorale est donc avant tout reconnaissance d’une profondeur, d’un irrationnel extensif à la politique.  Ce qui passe dans la photographie du candidat, ce ne sont pas ses projets, ce sont ses mobiles, toutes les circonstances familiales, mentales, voire érotiques, tout ce style d’être, dont il est à la fois le produit, l’exemple et l’appât.   II est manifeste que ce que la plupart de nos candidats donnent à lire dans leur effigie, c’est une assiette sociale, le confort spectaculaire de normes familiales, juridiques, religieuses, la propriété infuse de ces biens bourgeois que sont par exemple la messe du dimanche, la xénophobie, le bifteck-frites et le comique de cocuage, bref ce qu’on appelle une idéologie.   Naturellement, l’usage de la photographie électorale suppose une complicité : la photo est miroir, elle donne à lire du familier, du connu, elle propose à l’électeur sa propre effigie, clarifiée, magnifiée, portée superbement à l’état de type.   C’est d’ailleurs cette majoration qui définit très exactement la photogénie : l’électeur se trouve à la fois exprimé et héroïsé, il est invité à s’élire soi-même, à charger le mandat qu’il va donner d’un véritable transfert physique : il fait délégation de sa race.

Les types de délégation ne sont pas très variés.   II y a d’abord celui de l’assiette sociale, de la respectabilité, sanguine et grasse , ou fade et distinguée . Un autre type, c’est celui de l’intellectuel (je précise bien qu’il s’agit en l’occurrence de types signifiés et non de types naturels : intellectualité cafarde du Rassemblement national, ou perçante du candidat communiste.   Dans les deux cas, l’iconographie veut signifier la conjonction rare d’une pensée et d’une volonté, d’une réflexion et d’une action: la paupière un peu plissée laisse filtrer un regard aigu qui semble prendre sa force dans un beau rêve intérieur, sans cesser cependant de se poser sur les obstacles réels, comme si le candidat exemplaire devait ici joindre magnifiquement l’idéalisme social à l’empirisme bourgeois.   Le dernier type, c’est tout simplement celui du beau gosse, désigné au public par sa santé et sa virilité.   Certains candidats jouent d’ailleurs superbement de deux types à la fois : d’un côté de la feuille, tel est jeune premier, héros (en uniforme), et de l’autre, homme mûr, citoyen viril poussant en avant sa petite famille.   Car le plus souvent, le type morphologique s’aide d’attributs fort clairs : candidat entouré de ses gosses (pomponnés et bichonnés comme tous les enfants photographiés en France), jeune parachutiste aux manches retroussées, officier bardé de décorations.   La photographie constitue ici un véritable chantage aux valeurs morales : patrie, armée, famille, honneur, baroud.

La convention photographique est d’ailleurs elle-même pleine de signes.   La pose de face accentue le réalisme du candidat, surtout s’il est pourvu de lunettes scrutatrices. Tout y exprime la pénétration, la gravité, la franchise : le futur député fixe l’ennemi, l’obstacle, le problème.   La pose de trois quarts, plus fréquente, suggère la tyrannie d’un idéal : le regard se perd noblement dans l’avenir, il n’affronte pas, il domine et ensemence un ailleurs pudiquement indéfini.   Presque tous les trois quarts sont ascensionnels, le visage est levé vers une lumière surnaturelle qui l’aspire, l’élève dans les régions d’une haute humanité, le candidat atteint à l’olympe des sentiments élevés, où toute contradiction politique est résolue : paix et guerre , progrès social et bénéfices patronaux, enseignement libre et subventions betteravières, la droite et la gauche (opposition toujours « dépassée » !), tout cela coexiste paisiblement dans ce regard pensif, noblement fixé sur les intérêts occultes de l’Ordre. » Roland BARTHES (Philosophe, critique littéraire, sémiologue français –  Extrait de son texte  Photogénie électorale  tiré du recueil  de Mythologies / 1954/56 )

BARTHES Roland
Roland BARTHES (1915/1980 )