Le doigt de la femme …

« Dieu prit sa plus molle argile
et son plus pur kaolin,
et fit un bijou fragile,
mystérieux et câlin.

Il fit le doigt de la femme,
chef-d’oeuvre auguste et charmant,
ce doigt fait pour toucher l’âme
et montrer le firmament.

Il mit dans ce doigt le reste
de la lueur qu’il venait
d’employer au front céleste
de l’heure où l’aurore naît.

Il y mit l’ombre du voile,
le tremblement du berceau,
quelque chose de l’étoile,
quelque chose de l’oiseau.

Le Père qui nous engendre
fit ce doigt mêlé d’azur,
très fort pour qu’il restât tendre,
très blanc pour qu’il restât pur,

Et très doux, afin qu’en somme
jamais le mal n’en sortît,
et qu’il pût sembler à l’homme
le doigt de Dieu, plus petit.

Il en orna la main d’Eve,
cette frêle et chaste main
qui se pose comme un rêve
sur le front du genre humain.

Cette humble main ignorante,
guide de l’homme incertain,
qu’on voit trembler, transparente,
sur la lampe du destin.

Oh ! dans ton apothéose,
femme, ange aux regards baissés,
la beauté, c’est peu de chose,
la grâce n’est pas assez ;

Il faut aimer. Tout soupire,
l’onde, la fleur, l’alcyon ;
la grâce n’est qu’un sourire,
la beauté n’est qu’un rayon ;

Dieu, qui veut qu’Eve se dresse
sur notre rude chemin,
fit pour l’amour la caresse,
pour la caresse ta main.

Dieu, lorsque ce doigt qu’on aime
sur l’argile fut conquis,
s’applaudit, car le suprême
est fier de créer l’exquis.

Ayant fait ce doigt sublime,
dieu dit aux anges : Voilà !
puis s’endormit dans l’abîme ;
le diable alors s’éveilla.

Dans l’ombre où Dieu se repose,
il vint, noir sur l’orient,
et tout au bout du doigt rose
mit un ongle en souriant.  » Victor HUGO ( Extrait de son recueil Les chansons des rues et des bois / 1865 )

doigt 2.jpg
Photo Nikolai KRUSSER Photography

L’art du pli et des éventails … Sylvain Le GUEN

«  L’éventail m’offre une grande liberté de création car les possibilités de formes, de choix et de combinaisons des matières sont infinies. Un éventail, c’est tout d’abord, la mécanique de l’objet : sa densité et son caractère compact quand il est fermé. Intriguant car on ne sait pas ce qu’il cache. Puis à l’ouverture, son changement d’état, la révélation de son intimité, de son apparente fragilité, de l’expression de son caractère. Pour moi, il s’agit d’une éclosion de forme, d’un développement qui a attrait au végétal, à la géométrisation du vivant. L’image de l’éventail véhicule beaucoup de préjugés : entre la Sévillane, la Geisha et Marie-Antoinette.

Dans son histoire, il est un objet utilitaire, mais aussi symbolique. Peu de gens savent, en effet, que l’éventail fut d’abord utilisé par des hommes. Véritable attribut de pouvoir du chef de clan, de guerre, l’éventail pouvait servir autant à maintenir le feu de la horde que chasser les insectes ou guider les troupes lors d’un combat militaire. Sous des formes et des aspects très variés, il est un objet présent dans toutes les cultures à travers le monde. En Chine, on le trouvait dans la main des lettrés, des notables, des juges et des courtisanes. En Égypte il pouvait être en or, en plumes, véritable sceptre marquant l’autorité du souverain. Sous nos latitudes, importé en Europe depuis le XVIe siècle du Japon et de la Chine, il n’a été adopté que par la gente féminine. Les dames de l’aristocratie ont vu dans cet objet exotique et intriguant , un accessoire frivole occupant les mains  et pouvant servir de marqueur social par la richesse de son ornementation. Les Reines et les Impératrices de toutes les Cours européennes portaient des éventais, bijoux qui rivalisaient de délicatesse et de somptuosité.  » Sylvain Le GUEN ( Maître-Éventailliste contemporain, français )

LE GUEN Photographie
Sylvain Le GUEN

Sylvain Le Guen, 37 ans, est l’un des rares éventaillistes que nous ayons en France. Il imagine, conçoit, et fabrique des éventails, un art qui nécessite un savoir-faire très exigeant, de la précision, de la finesse, de l’élégance  et du raffinement. Son talent lui a permis d’être récompensé à de nombreuses reprises, notamment recevoir en 2013 le prix de la création de la ville de Paris, et en 2015 le titre de Maître d’art du Ministère de la culture.

Les éventails sont une véritable pour lui et ce depuis l’enfance. A 10 ans il confectionnait déjà son premier éventail. Il fera son apprentissage en la matière au musée de l’éventail de Paris à l’âge de 19 ans, mais c’est la rencontre avec des collectionneurs qui va véritablement l’encourager à persévérer dans cette voie. Première exposition en 2001 au musée de la mode à Paris, laquelle va lui amener ses premières commandes.

Chaque modèle qu’il créé est unique. Du reste et dans la mesure du possible, il n’aime pas reproduire un modèle déjà existant. Les matières utilisées sont la nacre, la dentelle, la corne(bovins), les bois précieux, les os repercés, le cuir, les plumes, la soie, et le papier.

En 2006, il a été appelé par Sofia Coppola pour réaliser les éventail de son film Marie-Antoinette ; en 2011 il a exposé au Fan Museum de Londres et en 2015 il signera à nouveau pour le cinéma avec Cendrillon de Kenneth Branagh.

EVENTAILS MARIE ANTOINETTE
Film Marie-Antoinette / Éventails Sylvain Le GUEN

Passionné par tout ce qui touche au Japon, tant la culture, l’art, et la philosophie ( il s’y est rendu à plusieurs reprises) il partira cette année pour s’y installer durant quelques temps . Certes, il a son propre savoir-faire, mais il veut apprendre de leur art du plissage, des couleurs, de la peinture et bien sur des éventails.

Quelques-uns de ces modèles :

LE GUEN éventail 8

LE GUEN éventail 7

LE GUEN éventail 5

LE GUEN éventail 6

LE GUEN Eventail 1

LE GUEN éventail 4

LE GUEN éventail 3