Elisabeth VIGÉE-LEBRUN… de la Cour de France à l’exil

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 » Auto-portrait  » – 1790 Elisabeth VIGÉE-LEBRUN

 » En voyant sa petite Élisabeth dessiner sur les murs, son père, grand pastelliste, en est certain : sa fille sera peintre. En revanche, il ne peut imaginer que la Révolution lui donner un rayonnement international. La portraitiste de Marie-Antoinette est de ces femmes résilientes qui est devenue un modèle. Au début de sa carrière, la jeune femme bénéficie de soutiens hauts placés. Son mari, Jean-Baptiste Lebrun, un prospère marchand d’art parisien, propose les services de sa femme à sa riche clientèle. Le style délicat et sensuel d’Élisabeth plaît : elle a à peine plus de 20 ans et peint déjà la reine. Les deux femmes se prennent d’amitié.

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 » Marie-Antoinette à la rose  » 1783 – Élisabeth VIGÉE-LEBRUN

Subjuguée par le talent de sa jeune amie, Marie-Antoinette obtient son entrée à l’Académie royale de peinture et sculpture et ce contre l’avis de son directeur. Dès 1783, Élisabeth est reconnue par ses pairs, et jusqu’en 1789 sa célébrité ne cessera de croître. Toute la Cour veut poser pour elle. Elle immortalise les visages de La Polignac ( amie intime de la reine ) ou celle de La du Barry ( ex-favorite de Louis XV).

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 » Portrait de la duchesse de Polignac  » 1782 – Élisabeth VIGÉE-LEBRUN
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« Portrait de Madame du Barry  » – Élisabeth VIGÉE-LEBRUN

Néanmoins, avec les journées d’octobre, elle comprend qu’être la peintre de la reine fera d’elle une cible pour les révolutionnaires. Ainsi, le 6 octobre 1789, alors que sa souveraine fait route vers les Tuileries, escortées par les dames des Halles, elle monte dans une voiture avec sa fille âgée de 9 ans et sa gouvernante. Elle devra désormais gagner seule sa vie à l’étranger.

A 34 ans, elle commence son grand tour en Italie. Sa réputation la précède et les nobles aux grandes villes lui commandent des portraits alors que les Académies locales l’accueillent chaleureusement. En 1790, elle séjourne à Naples où elle est reçue par la sœur de Marie-Antoinette, Marie-Caroline d’Autriche. Elle peint des portraits de la reine et ses enfants. Deux ans plus tard, la virtuose aspire à se mettre au service de l’Autriche, mais la Cour de Vienne se méfie des français. Elle gagne alors sa vie en peignant des étrangers eux aussi en exil.  Ses ambitions sont frustrées.

Elle veut redevenir une peintre de Cour, aussi met-elle le cap vers Saint-Pétersbourg où la Grande Catherine lui ouvre les bras. Élisabeth vit là des années fastes. Elle aime faire poser les dames de l’aristocratie avec leur enfant tendrement enlacé entre leurs bras à l’instar de la princesse Alexandra Golitsyna et son fils Piotr. Élisabeth elle-même peint des portraits avec sa fille. Julie lui sert de modèle complice et l’amour qu’elles se portent illumine les toiles.

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 » Portrait de la Princesse Alexandra Golitsyna et son fils Piotr  » – Élisabeth VIGÉE-LEBRUN
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 » Elisabeth VIGÉE-LEBRUN et sa fille Julie « 

A la mort de la tsarine, Paul Ier lui commande un tableau de son épouse Maria Feodorovna. La peintre prospère sur les rives de la Néva avant de reprendre son errance vers Berlin, Potsdam et Dresde. Elle profite du Consulat pour revenir en France en 1802. Paris n’est plus la ville qu’elle a connue. A présent officiellement divorcée, elle vit parmi les artistes jusqu’à ce que le succès l’appelle à Londres. Elle reprend une série de voyages pour peindre des hôtes illustres, de Madame de Staël, persona non grata en France, à la sœur de Napoléon, Caroline Bonaparte, alors reine de Naples, aux côtés de Murat.

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 » Portrait de Germaine de Staël en Corinne  » –  Élisabeth VIGÉE-LEBRUN

Élisabeth a l’intelligence de ne jamais parler politique et peut donc travailler partout. Elle peint un point c’est tout ! Lors de la Restauration, elle séjourne à nouveau en France avec bonheur. Dans les années 1830, elle entreprend la rédaction de ses Mémoires. Leur publication en trois volumes connaît un immense succès. L’artiste est admise dans toutes les Cours européennes, séduit les lecteurs.

Si elle était restée en France, en admettant qu’elle n’ait pas fini sur l’échafaud, elle aurait vu le monde des arts se fermer à son sexe. En 1789, les femmes représentaient 5,6 % des peintres exposés. En 1791, elles étaient 11 %, mais les hommes ont vu d’un mauvais œil cette concurrence. D’ailleurs, l’Académie fustige alors la citoyenne Le Brun pour leur avoir donné un bien mauvais exemple. 

La suppression des Académies royales en 1793 met un coup d’arrêt aux carrières féminines. La Société populaire républicaine des arts, qui prend le relais, est purement et simplement interdite au beau sexe. L’École des Beaux-Arts, fondée en 1817, n’autorisera les femmes à y suivre des cours qu’au début du XXe siècle.

Élisabeth Vigée-Lebrun s’éteint à 87 ans en 1842 dans un monde plus misogyne que jamais.  » Virginie GIROD ( Historienne française )

 

10 réflexions sur “Elisabeth VIGÉE-LEBRUN… de la Cour de France à l’exil

    1. Vous avez entièrement raison France : La rétrospective du Grand Palais a été un grand bonheur pour moi également. En effet, ce n’est pas si souvent qu’on lui consacre une exposition. Bonheur également dans la lecture des deux tomes de son livre Souvenirs, que je conseille vivement tant l’écriture est à son image : délicieuse et délicate. Merci à vous ! Amicales pensées et passez un agréable week-end ♥

      J'aime

  1. Making of de roman

    Merci beaucoup pour cet article qui parle d’une femme que j’admire ! J’écrit un roman sur elle, donc cet article m’aide pour mes recherches, et je vais essayer de me procurer le livre de ses souvenirs…

    Aimé par 1 personne

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