Marguerite de Valois dite la reine Margot …

MARGUERITE DE VALOIS François CLOUET musée Condé
Marguerite de Valois (  » D’après l’historienne Éliane Viennot, le surnom Margot n’aurait jamais été employé que par une seule personne de l’entourage de la reine de Navarre : son frère Charles IX. Il viendrait d’une bergerie composée par Ronsard, interprétée par les enfants royaux et leurs cousins, Henri de Navarre et Henri de Guise vers 1563. Tous avaient alors entre 8 et 12 ans. Marguerite y jouait Margot, surnom donc adopté et qu’ allait populariser, bien des siècles plus tard, le roman éponyme d’Alexandre Dumas. »)

Alexandre Dumas lui a consacré un livre. Patrice Chéreau, une vaste fresque cinématographique. Puissamment enracinée en notre imaginaire, la reine Margot se révèle, sous le prisme historique, plus fascinante encore. Autopsie d’un mythe…

 

( Vidéo : La reine Margot film de Patrice CHÉREAU en 1994 / avec Isabelle ADJANI (reine Margot) , Daniel AUTEUIL (Henri IV ) , Jean-Hugues ANGLADE (Charles IX) – Vincent PÉREZ ( La Môle) – Virna LISI ( Catherine de Médicis) – Pascal GREGGORY ( Henri duc d’Anjou) – Miguel BOSÉ (Henri de Guise) – Julien RASSAM ( François duc d’Alençon) – Jean-Claude BRIALY ( Amiral COLIGNY ) et bien d’autres ….

Avant tout un sang ! Celui des Valois. Marguerite en est fière, et sa certitude d’être née au sein des élus, malgré les difficultés ou le sort qui s’acharne, demeure inébranlable. La dernière reine de Navarre est la petite-fille de François Ier. La renommée de son père Henri II est parvenue jusqu’à elle. Certes, Marguerite n’a pas six ans lorsqu’il meurt, mais elle a hérité de lui présence et élégance. Elle est son sixième enfant.

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Trois de ses frères règneront: François II – Charles IX ( le bon frère )dont elle ressentira si cruellement la disparition –  Henri III, le dernier roi de la Maison des Valois, brillant, séduisant, habile politique, mais peu à peu acharné à la détruire. Seul François, duc d’Alençon, le compagnon des jeux enfantins, malgré une ambition dévorante, manquera de ceindre la couronne d’Angleterre et celle des Pays-Bas.

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Deux de ses sœurs sont souveraines en leurs Etats. Elisabeth a épousé Philippe II, fils du tout-puissant Charles Quint. Claude est duchesse de Lorraine. Catherine de Médicis veille sur sa progéniture et n’a qu’un but: assurer la pérennité de la dynastie mise en péril par la mort de son époux.

 

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Face à cette mère, crainte et amour, fascination et horreur sont étroitement mêlés. « J’ai été nourrie, écrit Margot dans ses Mémoires, avec telle contrainte auprès de la reine ma mère que non seulement je ne lui osais parler mais quand elle me regardait je transissais de peur d’avoir fait quelque chose qui lui déplût. » L’éducation de Marguerite au château de Saint-Germain-en-Laye, d’abord confiée à des nourrices, se veut collective, déambulatoire -la cour est en perpétuel mouvement- et placée au sein d’une flamboyante constellation: sa famille.

Comme l’ensemble de ses frères et sœurs, Margot est traitée en princesse. À sept ans, sa Maison  ne compte pas moins de cent vingt personnes. Parmi elles, des précepteurs. L’enfant apprend le latin, le grec, l’italien et l’espagnol. Mais également la danse, la musique l’équitation. En tout, elle excelle! L’essentiel n’est pas là. Elle doit au plus vite acquérir un savoir-faire politique et donc participer à la vie de la cour, assister aux cérémonies officielles, se plier docilement à l’étiquette. Bon nombre de monarchies sont à l’époque dirigées par des femmes.

De sa mère, Marguerite reçoit le goût de l’intrigue, et la passion du paraître. Devant une princesse déjà coquette, s’amoncellent les toilettes fastueuses, les bijoux… L’affectation de la mode, l’étourdissant ballet de fêtes dissimulent à peine la volonté de mieux charmer ses ennemis afin de les détruire. Très vite, Marguerite est confrontée à un terrible constat: elle n’est que l’otage d’une famille, désirant l’utiliser à sa guise. Le choc est brutal. À Saint-Jean-d’Angély, elle tombe malade. Lorsque son corps est remis, son âme n’appartient déjà plus au monde de l’enfance. Devenue vénéneuse, la fleur est définitivement éclose.

En 1570, l’heure est aux négociations. Le traité de Saint-Germain-en-laye tente de mettre un terme aux luttes qui opposent protestants et catholiques. Marguerite a dix-sept ans: l’âge d’être mariée. Le traité est avantageux pour les huguenots: liberté de conscience, gage de la bonne foi royale, places de sûreté. En accord avec son fils Charles IX, Catherine voudrait parfaire cet équilibre enfin retrouvé. Une solution s’impose, marier Margot à Henri de Navarre, chef charismatique du parti des Réformés, enfant chéri du défunt Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret.

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Henri de Bourbon et Marguerite de Valois -Miniature du Livre d’Heures de Catherine de Médicis //   » En 1572 Catherine donne Marguerite pour épouse à son cousin Henri de Bourbon, chef du parti protestant et roi du minuscule royaume de Navarre. La différence de religion ne sera pas le seul obstacle à un mariage entre deux personnes qui n’avaient pas reçu la même éducation, ne s’aimaient pas et n’éprouvaient aucune attirance l’un envers l’autre. Il était plutôt laid, venait d’un milieu rustique et austère, n’avait rien pour plaire à une princesse élevée dans le luxe et le raffinement. Quant aux parfums, cosmétiques , dépilatoires et autres fards de Marguerite, ils dégoûtaient à un tel point Henri que la guerre entre les époux fut aussi une guerre d’odeurs propre à décourager deux authentiques champions de l’amour….  » Benedetta CRAVERI (Historienne italienne) 

Marguerite se trouve au désespoir. Elle ne veut « épouser personne qui ne fut de ma religion« . Ses propos et sa ténacité font un temps reculer Jeanne. Qui cède, pourtant, rassurée par une armada de théologiens calvinistes: son fils Henri n’entrera pas dans l’église, n’entendra pas de messe nuptiale, la bénédiction lui sera donnée par le cardinal de bourbon, regardé comme un oncle et non comme un prêtre.

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 » Mariage de Henri de Bourbon, roi de Navarre et Marguerite de Valois en présence de Catherine de Médicis et Charles IX  » 1572 – par Edmond LECHEVALLIER-CHEVIGNARD

Le mariage est célébré à Paris le 18 août 1572. Margot décrit ainsi la toilette de ses noces étranges et manifestement hautes en couleur: « Moi habillée à la royale avec la couronne et couet d’hermine mouchetée, qui se met au-devant du corps, toute brillante des pierreries de la couronne, et le grand manteau bleu à quatre aulnes de queue portée par trois princesses. » Les Valois se sont surpassés… et durant trois jours, les fêtes suivent: ballets, mascarades, bals et pantomimes théâtrales.

Le jour d’après sonne le glas de la Saint-Barthélemy. L’amiral de Coligny, l’un des chefs du parti protestant, est victime d’une tentative d’assassinat. La colère de Charles IX monte à son zénith. Le roi croit les Guise inspirateurs du complot. Mais dans la soirée, raconte Marguerite dans ses Mémoires, Pardaillan, tout dévoué aux Valois, dénonce lors du souper de la reine mère « la mauvaise intention des huguenots, qui la nuit même attenteraient contre le roi et elle« . En fils obéissant, Charles cède et le massacre a lieu.

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Gaspard De COLIGNY

 

Soupçonnée par les protestants pour sa naissance catholique, suspecte aux yeux des « papistes » pour son mariage avec un parpaillot, Marguerite, tenue à l’écart, n’est au courant de rien. Sa mère la presse de s’en aller coucher. Effrayée, la nouvelle reine de Navarre gagne sa chambre et trouve son jeune mari déjà au lit. À l’aube, -Henri est parti jouer à la paume-, des coups redoublés font trembler la porte. Un jeune gentilhomme protestant, blessé, La Môle, vient se réfugier chez Margot. Il devra son salut au sang-froid de la jeune femme.

MASSACRE SAINT BARTHELEMY François Dubois musée des B.A. à Lausanne
 » Massacre de la Saint-Barthélémy  » – François DUBOIS
MARGUERITE DE VALOIS Scène dans la chambre durant la Saint Barthélémy par Alexandre-Évariste_Fragonard.jpg
 » Scène dans la chambre de Marguerite de Valois durant la Saint Barthélémy  » par Alexandre Évariste FRAGONARD

Marguerite, reine de Navarre, doit s’accommoder de ce minuscule royaume. Ses revenus considérables frisent les 170.000 livres! Et pourtant, la désorganisation de la France est telle que certaines sommes ne lui sont pas versées. toute sa vie, elle souffrira d’une situation financière précaire. Margot se console avec le train magnifique de sa maison et tente de s’impliquer en politique. Envers son mari, elle adopte une attitude loyale. Entre 1572 et 1579, son attachement indéfectible à son jeune frère. Alençon explique ses prises de position. La rivalité entre ses trois frères est à son comble. Le jeune duc veut un royaume, même au détriment de l’hexagone. Alors pourquoi pas les Flandres?

Charles IX meurt. Henri III lui succède et avec lui la résurgence d’un parti ultra-catholique. On conseille vivement à Marguerite de fuir et de joindre l’utile à l’agréable en tâtant le terrain flamand. Fière de sa mission diplomatique, Margot est accueillie à Liège en souveraine. Las ! À Paris, la politique s’est encore durcie. Henri III voit d’un fort mauvais œil sa sœur s’allier avec un parti adverse. Contrainte et forcée, Marguerite retrouve le Louvre le 16 novembre 1577.

Si elle a su faire preuve durant ce périple de véritables qualités de chef d’Etat, la reine de Navarre retrouve en France un climat d’hostilité épouvantable. Par factions interposées, ses frères se livrent un duel à mort. Désireuse de servir, elle envisage de remplir une autre mission de conciliation entre son mari, protecteur des protestants du Midi, et Henri III. Illusions… Le Béarnais tombe malade. Margot le soigne avec dévouement. Entre ces deux êtres que tout oppose, naît une ultime embellie. Marguerite s’installe à Nérac, la cour traditionnelle des d’Albert.

CHATEAU DE NERAC
Le château de Nérac fut construit par Alain d’Albret le Grand, un aïeul d’Henri IV. Ce dernier y a passé toute son enfance. Lorsqu’il s’installera à Nérac avec Marguerite, tous deux vont y installer une Cour prestigieuse dont on parlait dans toute la France. L’édifice a été détruit durant la Révolution, seule l’aile nord a été conservée. Cette partie fut classée monument historique en 1862, restaurée et transformée en musée en 1934.

Loin de son frère Henri III et de sa mère, la reine de Navarre est bien résolue à jouer son meilleur rôle. Celui d’une souveraine éprise d’art et de poésie, retenant auprès d’elle tout ce que la région compte de beaux esprits. Saluée comme la perle de l’humanisme, Marguerite reçoit Montaigne et d’Aubigné. Dans sa comédie, Peines d’amour perdues, Shakespeare évoque Nérac, cette Cythère gasconne! Les accords de luth cachent les larmes d’une épouse délaissée, odieusement trompée par son mari et qui se console avec des gentilhommes à l’accent si chantant… Henri de Navarre ne pardonne pas ce qu’il s’octroie si facilement.
Marguerite s’ennuierait-elle déjà de la capitale et de sa famille? Craint-elle les représailles de son époux? Elle demande et obtient de sa mère l’autorisation de regagner Paris. Seules les épaisses murailles la réconfortent: elle barricade sa chambre! Sa réputation de femme politique, de négociatrice, d’érudite, de mécène, de femme libre pour tout dire, ne plaît guère aux siens. Trop remuante, Marguerite agace, elle qui n’a pas su conquérir son mari, toujours en dehors de la cour de France, ni lui donner d’héritier.

Ultime recours, Marguerite se rapproche encore de son frère d’Alençon. En Flandres, le prince combat toujours les Espagnols aux côtés des révoltés protestants. C’est directement s’opposer au roi de France. La haine d’Henri pour sa sœur atteint son paroxysme. Il la chasse de la cour : meurtrie, humiliée, rejetée par son mari, bafouée par son frère aînée, Marguerite est seule.

Son exil la conduit à Nérac. Là, une nouvelle manque de l’achever. Le duc d’Alençon est mort. Cette disparition ouvre une crise dynastique. À qui va revenir la couronne ? Henri III n’a pas d’héritier… Le sceptre ne peut aller qu’à Henri de Navarre. On imagine la colère des catholiques et l’émotion de Margot qui se prend à rêver ! Le 5 janvier 1589, le destin frappe. Catherine de Médicis rend son âme à Dieu. Le 1er août, Henri III est mortellement blessé par un fanatique. Le roi de Navarre est devenu roi de France.

 

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 » Adjuration d’Henri IV  » par Nicolas BAULLERY

Cloîtrée depuis cinq ans dans sa forteresse d’Usson, Marguerite a désespérément besoin de lui. Sa rancœur à son égard est tombée. Mais il faut une fois encore compter avec la politique. Henri IV patientera trois ans avant de pénétrer dans sa bonne ville de Paris, et sept ans, avant de pouvoir prétendre être le souverain d’un pays unifié.

Durant quatorze longues années, Marguerite patientera en Auvergne. Elle doit vivre, et s’occuper. Lecture, prière, musique, écriture lui apportent la sérénité. A-t-elle le choix? En juillet 1593, « on » songe activement à son démariage. Les pourparlers vont durer six ans et demi. Rome, lassée, admettra une filiation de parenté encombrante. Vous m’êtes et père et frère et roi, écrit-elle à Henri six mois après la dissolution de leur union.

Une nouvelle femme est née, avec un nouveau nom. Pour les Parisiens, elle devient la reine Marguerite. Précieuse avant la lettre, féministe, elle lutte pied à pied pour redonner aux femmes une véritable dimension politique et culturelle. Cette existence presque heureuse est bouleversée par l’assassinat d’Henri IV. Sa peine est sincère. Dans les premiers jours de mars 1615, Marguerite tombe malade. Intuitivement, elle sent que sa fin est proche. Lorsqu’on lui demande quelle cérémonie elle désire pour ses funérailles, sa réponse ne surprend personne. « Rien! Que les prières des gens de bien. » …  » Philippe SEGUY (Écrivain et journaliste français)

 

2 réflexions sur “Marguerite de Valois dite la reine Margot …

  1. Belle chronique dune époque que j’aime car liée à Montaigne dont je ne me lasse pas. Je lis actuellement les récits de voyage…, bientôt sur mon blog. J’ai beaucoup aimé la façon dont Simone Bertière a su faire vivre cette époque dans « Les années sanglantes ». Merci pour la qualité de votre article et des illustrations.

    Aimé par 2 personnes

    1. Avec plaisir 🙂 … Vous avez fait référence à Simone Bertière et je vous en remercie parce qu’elle a l’art, la manière et le grand talent de savoir merveilleusement parlé d’un personnage de l’Histoire. J’ai lu quelques-uns de ses ouvrages et je les ai toujours trouvés très passionnants. Merci beaucoup et bon dimanche ♥

      Aimé par 2 personnes

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