La condition des reines …

 » Au XXIe siècle, où la féminisation des noms de fonction ( et des fonctions elles-mêmes ) bat son plein, le nom de reine, féminisé depuis la plus haute Antiquité, fait plus que jamais battre les cœurs. Les reines dans les interminables millénaires machistes, ont été les rarissimes exceptions à la subjection féminine. Les seules à occuper officiellement une fonction politique et à en revêtir les attributs symboliques ; les seules, en cas de veuvage, d’absence d’héritier direct du trône, de trop jeune âge du fils aîné, ou, plus rarement, d’autorité partagée avec leur époux, comme ce fut le cas de la byzantine Theodora ou d’Isabelle la Catholique, à exercer dans sa plénitude, le pouvoir d’État.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Reste intacte aujourd’hui la fascination exercée depuis l’Antiquité par la très courte liste de ces femmes qui ont assumé une autorité publique en principe réservée aux mâles : Sémiramis, Athalie, Cléopâtre, Zénobie, Elisabeth Ière d’Angleterre, Marie-Thérèse d’Autriche, Catherine II de Russie, toutes des ancêtres de Golda Meir, Margaret Thatchert ou Angela Merkel.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

En France, nation célèbre dès le XIIIe siècle pour sa courtoisie envers les dames, une loi salique interdisait que le trône français fût occupé par une fille de la dynastie régnante. Sauf au titre provisoire et affaibli de régente, en cas d’éloignement du roi ou en attendant que le fils aîné soit majeur. Après la régence mémorable de Blanche de Castille, mère de Saint Louis parti en croisade, il revint à la mère de François Ier,  Louise de Savoie, d’exercer une régence de fait pendant le temps où son fils prisonnier à Pavie en 1525, fut emmené à Madrid.

Louise de Savoie par Jean CLOUET
Louise de Savoie ( mère de François Ier ) – un tableau de Jean CLOUET

Vint ensuite la série des trois régentes : deux florentines : Catherine et Marie de Médicis, et une Habsbourg d’Espagne Anne d’Autriche, et des reines qui n’eurent pas la moindre occasion d’exercer la régence à savoir : la timide Marie-Thérèse d’Espagne (épouse de Louis XIV ) , la discrète Marie Leszcynska ( épouse de Louis XV ) et la trop brillante Marie-Antoinette ( épouse de Louis XVI) qui conclut tragiquement le cycle des reines de France.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Chacun croyait, dans l’Ancien Régime, qu’une régence féminine était de très mauvaise augure, liée à un grand deuil ou à un désastre imminent. De surcroît, cette suppléance affaiblissant le pouvoir royal vouait le royaume aux troubles civils. Catherine de Médicis, devenue régente jeune, à la mort tragique de Henri II en 1559, dut à la mort prématurée de ses deux fils aînés et à l’influence qu’elle exerça sur le troisième, de rester au pouvoir pendant trente ans, quasiment jusqu’à sa propre mort en 1589. Ce furent les années de guerre civile les plus terribles de l’histoire de France.

La faute en fut attribuée, tant du côté catholique que protestant, à cette étrangère en costume de deuil, dont la persistance maléfique sur le trône avait pris un air d’usurpation. Un scénario analogue, quoique moins sanglant, se déroula sous la régence de Marie de Médicis accusée de complicité dans l’assassinat de Henri IV et forcée à céder à la pression des factions. Il se reproduisit sous la régence de Anne d’Autriche , contrainte de tenir tête avec Mazarin à deux frondes successives.

Depuis 1651, aucune régence féminine ne fut envisagée en France, malgré les vains efforts de Chateaubriand en 1830, après la fuite de Charles X, en faveur de la belle-fille du roi déchu, la duchesse de Berry. Le souvenir amer laissé par les interrègnes féminins était resté vivant dans l’inconscient national.

duchesse de Berry
Marie Caroline Louise DE BOURBON – Duchesse de Berry

La touche riante de la royauté française toute masculine, c’est l’institution de la maîtresse royale, sans équivalent, à ce degré d’officialité, dans les autres monarchies européennes. Par leurs attraits érotiques, certaines femmes pouvaient donc accéder non au trône, comme les princesse qu’on épouse, mais au lit royal, où les français étaient ravis de savoir leurs rois comblés, tout en ne se privant pas d’accuser ces concubines de ruiner l’État. » Marc FUMAROLI (Écrivain, essayiste, historien, critique littéraire et académicien  français)

3 réflexions sur “La condition des reines …

    1. Comme il est écrit dans l’article, Marc Fumaroli n’a donné qu’une  » courte liste « . Il est vrai qu’il aurait pu en citer d’autres comme la très influente reine égyptienne Hatshepsout vous avez raison … Merci d’avoir mentionné son nom 🙂 et passez un beau dimanche Miriam 🙂

      Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s