L’affaire du collier de la reine Marie-Antoinette…

COLLIER dit de la REINE MARIE-ANTOINETTE
Reproduction en zircone du collier de la reine de Boehmer et Bassenge – Cette réplique est entrée dans les collections du château de Versailles en 1963 à la demande de Alain Decaux. Il a été réalisé en 1960 par le joaillier Albert Guerrin. A l’époque de la reine, il était évalué à 1.600.000 Livres – Il se composait alors de 647 diamants et pesait 2800 carats. La copie de Versailles n’est pas la seule, il y en a deux autres : une au château de Breteuil et une autre assez ancienne qui vient de la collection Baszanger ( descendant de Bassenge). Cette  dernier et celle de Versailles ont souvent été prêtées pour des expositions dans le monde.

 » L’affaire du collier de la reine est, avec celle de la Tour de Nesle et celle des poisons, le plus grand scandale qui ait jamais éclaboussé le trône de France. Pour comprendre les dessous de cette escroquerie et le mystère qui l’entoure encore, remontons quinze ans avant les faits, en 1770.

La dauphine Marie-Antoinette n’est pas prude, mais les récits que lui font Mesdames, filles de Louis XV, de la jeunesse houleuse et les débordements de Madame du Barry, suffisent à la prévenir de celle-ci. Dans les salons, dans les couloirs, la petite Autrichienne n’a pas un regard pour l’ancienne prostituée. Lorsqu’elle la croise, elle ne la salue même pas. La favorite s’en plaint alors au roi et exige que la dauphine lui adresse une fois la parole. L’ambassadeur d’Autriche, Mercy-Argenteau, appelé à la rescousse, finit par écrire à l’impératrice Marie-Thérèse. Celle-ci qui a besoin de la non-intervention de la France dans l’affaire du partage de la Pologne, tance vertement sa fille.

Et le 1er janvier 1772, la dauphine, la mort dans l’âme s’approche de Madame du Barry et lui dit, en la regardant bien droit dans les yeux : il y a bien du monde aujourd’hui à Versailles ! … La favorite a gagné. Si Madame du Barry triomphe, elle n’en voue pas moins une rancune tenace à Marie-Antoinette. Elle fait donc courir des bruits que les pamphlétaires s’empressent de colporter : Marie-Antoinette trompe son chaste mari avec son frère cadet le comte d’Artois (futur Charles XI), avec le jeune Fersen, avec des gentilshommes, et même avec ses dames d’honneur …

Pendant ce temps, Louis XV, toujours amoureux de sa favorite, décide de lui offrir un cadeau inégalable. Il demande aux joailliers Boehmer et Bassenge (ou Bassange)  de lui créer un collier d’exception. Les deux artistes se mettent au travail, mais le roi meurt avant qu’ils ne l’aient achevé. La comtesse du Barry tombe en disgrâce et le collier reste sur les bras de ses créateurs.

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En 1778, Louis XVI, très épris de la reine, souhaite lui offrir le collier, mais elle refuse. Les deux artisans désespèrent de vendre leur œuvre. C’est alors que surgissent en coulisses quelques personnages plus que douteux : Jeanne de Valois-Saint Rémy, née en 1756, issue d’une lignée bâtarde du roi de France Henri II. Elle grandit dans la misère, mendiant avec son frère et sa sœur pour survivre. A la mort de leurs parents, les trois enfants sont pris en charge par la marquise de Bougainvilliers qui vient en aide aux nobles désargentés. En 1780, Jeanne épouse Nicolas de la Motte. Le couple s’installe à Paris.Quatre années passent. Jeanne est volage, accorde ses faveurs à beaucoup d’autres hommes, fréquente Versailles où n’importe qui peut pénétrer à condition d’être habillé décemment, et tente, sans succès, de se faire présenter à la reine. Bientôt, Jeanne fait la connaissance du cardinal Louis de Rohan, un curieux ecclésiastique aux mœurs dissolues.

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Ce richissime libertin devient l’amant de Jeanne qui se lie avec plusieurs individus interlopes de son entourage, dont le fameux Cagliostro, faussement mage, mais véritable escroc qui, depuis plusieurs années, extorque à l’ecclésiastique des sommes considérables. Jeanne voit l’immense parti qu’elle peut tirer d’une alliance avec ce personnage bizarre et redouté. Aidée de son mari et de son nouvel amant, Rétaux de Villette, faussaire notoire, et de l’occultiste, elle va mettre sur pied une escroquerie qui entrera dans l’Histoire sous le nom de l’affaire du collier de la reine. Une incroyable machination dont Rohan sera la dupe. Il s’agissait de faire main basse sur le fabuleux collier, d’en dessertir les pierres et de disparaître.

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Brouillé avec Marie-Antoinette, le cardinal nourrit l’espoir de regagner ses bonnes grâce et caresse même l’ambition de devenir Premier ministre. Les La Motte réussissent à le convaincre que la comtesse peut intercepter en sa faveur. En janvier 1785, via de fausses correspondances signées Marie-Antoinette de France, Jeanne parvient à lui faire croire que la reine le charge d’acquérir secrètement le collier, s’engageant à le rembourser par traites. Rohan exige d’obtenir confirmation de cette requête par la bouche même de la reine. Les complices dégotent un sosie de Marie-Antoinette parmi les quelques 600 prostituées qui hantent le Palais-Royal. Nicole d’Oliva tient ainsi son rôle lors d’un rendez-vous nocturne à Versailles.

Nicole d'Oliva
Nicole d’OLIVA

Mais le cardinal doute encore. Cagliostro appelle à la rescousse ses dons prophétiques et promet au cardinal l’amour de la Reine. Rohan, ravi, se précipite chez les joailliers qui lui remettent le collier. Le prélat le confie aux escrocs, à charge pour ces derniers de remettre le bijou de sa part à Marie-Antoinette. Rétaux fille à Londres pour y négocier les fameux diamants … et Rohan commence à se poser des questions.

Du côté des joailliers, l’inquiétude naît également. L’argent des traites n’arrive pas. Boehmer se rend à Versailles où il est reçu par la reine qui tombe des nues. L’affaire vient aux oreilles du roi. Louis XVI prend le risque d’un scandale public en faisant arrêter le cardinal en pleine messe le jour de l’Assomption. Le Parlement l’innocente, le considérant comme une victime et désavouant, du coup, la reine soupçonnée d’avoir trempé dans l’escroquerie. Arrêtée, Jeanne, comme toutes les voleuses est marquée d’un V au fer rouge.

Jeanne marquée au fer rouge.jpeg
Jeanne marquée au fer rouge

Le doute plane. A t-elle agi seule ? Le comportement du baron de Breteuil, ennemi du cardinal, est des plus étranges. Il va jusqu’à promettre aux bijoutiers le paiement entier du collier s’ils jurent que Rohan a bien vu la reine et qu’il tient d’elle sa mission d’acheter le bijou. Il veut certes perdre le prélat, mais pourquoi aussi Marie-Antoinette  ? Madame de la Motte, elle, semble jouir d’aides financières et de hautes personnalités viennent la voir dans sa prison. Elle s’en évade et part pour l’Angleterre où elle meurt en 1791.

Quant au collier, nul n’a jamais retrouvé sa trace …  » Françoise SURCOUF ( Écrivain en Histoire, rédactrice en chef du Magazine des arts, critique d’art, chroniqueuse judiciaire)

 

 

 

 

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