Alicia ALONSO …

«  La danse n’est pas un exercice, c’est un art !  «  Alicia ALONSO

ALICIA ALONSOALICIA ALONSO 2

Presque centenaire, complètement aveugle, elle était toujours là, très présente dans sa compagnie. Certains diront avec un certain autoritarisme et une grande exigence … Oui mais portée par cet amour et cette immense passion pour la danse qui la caractérisaient et qui n’ont cessé de l’accompagner toute sa vie durant.Alicia Alonso a été une très grande danseuse, une légende, avec une virtuosité sans faille, un style pur, une figure emblématique du ballet à Cuba, son pays.

Una prima ballerina assoluta qui, durant toute sa carrière, a dansé, en étant quasiment aveugle (après un accident) , seule ou avec des partenaires qui devaient être bien à la place fixée et où elle était censée les retrouver en dansant. D’autre part, la scène était éclairée à certains endroits particuliers, quelquefois même avec des spots de couleur pour lui permettre de mieux se guider durant sa prestation.

Alicia Ernestina de la Caridad del Cobre Martinez del Hoyo dite ( plus tard ) Alicia  Alonso est née à la Havane en 1921. Elle a grandi dans une famille assez aisée,  fille d’un lieutenant dans l’armée cubaine. L’art de danse s’est révélée en  elle assez tôt. Elle entre en 1930  à l’école de danse de sa ville natale : la Pro Arte Musical où elle ne manquera pas de se faire très vite remarquer et obtenir un an plus tard, un premier rôle dans le ballet La belle au bois dormant.

Elle intègre le corps de ballet à 15 ans, tombe amoureuse du danseur  Fernando Alonso, l’épouse et change de nom à la ville comme à la scène . Elle sera désormais Alicia Alonso.Ils ont eu une fille Laura, et  divorceront en 1975.

Alicia Alonso;Fernando Alonso
Alicia et Fernando

Afin de parfaire leur danse, ils partent tous deux pour les Etats Unis. Lui entre dans une compagnie de danse américaine et elle à l’école du Ballet Théâtre de New York où elle reçoit les cours  de différents  éminents professeurs russes qui enseignent là-bas comme Anatole Vilzac ( élève de Mikhail Fokine, danseur dans les Ballets Russes de Diaghilev ). Elle travaille également dans des comédies musicales à Broadway.

Elle étudiera par la suite à Londres auprès de Vera Volkova ( danseuse et pédagogue russe naturalisée britannique) , une adepte de la méthode Vaganova qu’elle enseignait dans une école dans la capitale anglaise. Un directrice de danse et un professeur qui  eut des danseurs , devenus célèbres, comme élèves  dont Margot Fonteyn, Erik Bruhn, John Neumeier, Rudolf Noureev.

Lorsqu’en 1941 Balanchine fusionne avec Lincoln Kristen pour former l’American Ballet, elle se fera remarquer par le très célèbre chorégraphe qui  lui demandera de venir les rejoindre comme soliste pour remplacer Alicia Markova dans Giselle. La première devait avoir lieu au Metropolitan en 1943.

Malheureusement,  lors d’une promenade, elle reçoit malencontreusement un coup de sabot d’un cheval : double décollement de rétine dans un oeil, clouée au lit pendant un an sans pouvoir bouger la tête, ne pas pleurer ni rire. Elle confiera, bien plus tard, que pour continuer de se sentir vivante, elle répétait ses rôles dans sa tête, notamment Giselle qu’elle devait interpréter pour Balanchine. Elle le faisait en bougeant juste la pointe des pieds, refaisant les gestes des bras et des mains. Le seule grave problème qui subsistera sera que, malheureusement, elle restera quasi aveugle. Endurante à l’extrême, elle reprendra la danse, subira durant des années de nombreuses autres interventions chirurgicales qui iront du  » mieux  » au  » pire « .

Mais elle sera là le soir de la première, sur la scène du Metropolitan où elle obtiendra un triomphe dans Giselle.

 

Dans les mois qui suivront elle entamera une belle carrière aux Etats Unis notamment en se produisant à l’American Ballet Theatre dont elle était devenue, en quelque sorte, l’Étoile, mais également avec l’American Ballet Caravan qui voyageait dans tous le pays, interprétant de nombreux ballets : Coppelia, Le mariage d’Aurore, Giselle, La belle au bois dormant, le Lac des cygnes, Casse Noisette, Thèmes et variations ainsi que certaines autres chorégraphies créées tout spécialement à son attention par   George Balanchine et Jerome Robbins (rencontré lorsqu’elle dansait à Broadway)  .

 

Puis ce sera le retour vers la Havane pour fonder avec son époux sa propre compagnie. Pour ce faire, elle reprend  le Theatre Pro arte,  et créé, pour commencer,  le Ballet Alicia Alonso. Fernando son époux en devient le directeur. Elle engage son beau frère Alberto comme assistant-chorégraphe. Bien sur elle continue de danser, mais elle se lancera dans la chorégraphie  tout en dirigeant le ballet. La compagnie devient une véritable affaire familiale.

Alicia Alonso et Alberto Alonso
Alicia et Alberto ( à droite )

Sans recevoir aucune subvention du gouvernement, elle rencontrera, au départ,  de nombreux obstacles financiers  mais également des problèmes car il y avait des difficultés  pour trouver de très bons danseurs, bien formés. Ceux qui se présentaient venaient bien souvent de petites écoles locales et tous pratiquaient l’art de la danse de façon très différente. Elle va devoir s’accrocher ! En 1950 elle ouvrira  une école dans le but de voir se réaliser son grand rêve : à savoir créer un style classique cubain et surtout former de vraies étoiles issues de cette école.

ALICIA Ecole
Alicia et ses petites élèves

Lorsque Fidel Castro accède au pouvoir en 1959, il proposera à Alicia Alonso de faire évoluer sa compagnie, d’en assurer l’entière direction et pour ce faire lui offre 250.000 dollars annuels de subvention. Il prend à sa charge également les frais généraux de l’école. La compagnie devient alors nationale sous le nom de Ballet National de Cuba. Non seulement elle le développera mais lui donnera  un essor considérable  : du pur classique bien sur, des pièces néo-classique dans le style Balanchine, mais également des spécificités cubaines. Parallèlement, elle n’hésitera pas ,à chaque fois que Castro lui en fera la demande , de se produire dans des camps de jeunesse, des usines, des villages retirés etc…

On lui a souvent reproché son côté  militante  du régime en place, mais elle n’en a eu que faire, ce qui lui a importé c’est la création de cette compagnie pour son pays, c’est pouvoir la mener à être connue et reconnue dans le monde entier et elle y est arrivée !  Certains de ses meilleurs solistes ont fait une brillante carrière à Cuba, mais à  l’étranger également comme Carlos Acosta ( Ballet de Houston et Royal Ballet de Londres ) – Lorna et Lorena Feïjoo ( respectivement au Ballet de Boston et de San Francisco ) – Loïpa Araujo ( devenue directrice adjointe de l’English National Ballet ) –  D’autres dansent toujours dans sa compagnie et sont reconnus comme étant infiniment compétents à chaque fois que l’occasion leur ait  donnée de se produire sur d’autres scènes  : Viengsay Valdès – Annette Delgado –  – Rafael Quenedit – Joël Carreno – Grettel Morejon.

 

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Le rêve prendra tournure : l’enseignement qu’elle prodigue dans son école va se distinguer par ce style  » cubain-classique  » auquel elle aspirait tant ,  à savoir un mélange parfaitement maîtrisé de technique russe, de rapidité d’exécution dite  » à l’américaine  » et expressivité  cubaine à 100 % , à savoir au final :   de la fougue, de la passion, du tempérament ,de la rigueur dans la technique, de la virtuosité classique, et tout cela en donnant, toujours, l’impression d’une grande facilité. Une danse très à l’écoute de la musique pour traduire parfaitement les émotions. Elle réussira , ce qui ne fut pas chose facile dans son pays à l’époque ,  d’attirer des jeunes garçons pour venir danser dans sa compagnie . C’est pourquoi afin  d’ éviter toutes les moqueries et railleries et rendre la chose un peu plus virile,  elle disait qu’il y avait des cours d’escrime pensés pour eux ….

Elle fera entrer au répertoire d’autres chorégraphes cubains  » couleur locale  »  pour l’aider au mieux dans son travail, avec des musiques écrites par des compositeurs de son pays comme ce fut le cas pour Eduardo Sanchez de Fuentes ou le maître de la guitare cubaine : Léo Brouwer.

Ces chorégraphes ne travailleront pas uniquement pour des œuvres destinées à la compagnie, mais ils créeront également pour elle ( qui continuera de se produire sur scène assez tard) .  Il s’agit de Alberto Alonso, Alberto Mendes, Yvan Monreal, Hilda Riveros, Ivan Tenorio avec : Mujer – Borra Scosas – La Diva – Remembreza – La Gaeta dorata – La viudad Allegra – La hija del general – El circo – Dido abandonnata – Iconico  etc… des oeuvres qui font désormais partie de leur répertoire.

 

Elle a donné sa propre version de différents ballets classiques comme Giselle qui fut le plus réputé et que de nombreuses danseuses voudront reprendre  comme, par exemple, l’Étoile française Yvette Chauviré qui fera ses adieux à la scène dans cette re-lecture  ) -Parmi son travail personnel on note : Mozart Divertimento  – Desnuda Luz del amor – La fluta magica – Sinfonia De Gottschalk – Mission Korad – Dionaea – Voyage dans la lune – etc etc…

 

Par ailleurs, elle a continué de danser , en invitée spéciale,  pour l’Opéra de Paris, le Ballet du Bolchoï, le Ballet Royal du Danemark, le Tokyo Ballet, le Ballet du Kirov, Le Ballet de Monte-Carlo et bien d’autres !

Malgré le fait qu’elle ait arrêté de danser par la suite, elle perpétuera sa passion, son travail de chorégraphe, d’enseignante et répétitrice, et ce bien qu’étant aveugle ! Elle était réputée très exigeante,  capable de sentir parfaitement ce que font de bien ou de mal ses danseurs. Elle s’asseyait devant une table, dessinait  à ses  chorégraphes-assistantes ce qu’elle souhaitait   et attendait  d’eux , plaçait même  des objets pour expliquer.

Elle répétait souvent qu’elle   dansait  dans sa tête   donc voyait fort bien   le décor, et pouvait donc  se montrer apte à expliquer  les mouvements par des gestes de bras, de jambes. Des instructions toujours précises qu’elle attendait que l’on reprenne avec application.

Ses chorégraphies sont désormais incluses dans les répertoires de nombreuses compagnies dans le monde entier. Durant sa très longue carrière, elle a été honorée de nombreux prix : Benois de la Danse en Russie , Prix Dance Magazine, Ordre National Marti de Cuba, Ordre Carlos Manuel De Cespedes à Cuba, Prix National de la Danse, Le Sagittaire d’or de la Danse en Italie, l’Aigle Aztèque au Mexique ainsi que différents doctorats Honoris Causa attribués par des Universités à l’étranger, des distinctions honorifiques venues du monde entier et la clés de certaines villes.

Elle a reçu un hommage national que ce soit de la part des politiques en place mais aussi du peuple  à l’occasion de ses obsèques. Il a eu lieu dans  le Grand Théâtre de la Havane qui porte son nom depuis 2015. Elle a été enterrée à la Nécropole Christophe Colomb.

 

ALICIA ET JOEL CARRENO

ALICIA ALONSO BALLET NATIONAL DE CUBA

 

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