Les Salons littéraires de certaines dames célèbres du XVIIIe siècle …

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« Première lecture de l’Orphelin de Chine chez Madame Geoffrin  » – 1755 – Gabriel LEMONNIER

 » L’affaiblissement de l’institution monarchique tout au long du XVIIIe siècle s’exprime dans le domaine des Lettres. La Cour, qui était naguère à l’initiative de toutes les modes et des idées, subit la concurrence de cercles et de sociétés particulières. Les Salons gagnent en importance où les femmes jouent un rôle qui dépasse le simple badinage et la préciosité.

Un rituel s’établit, d’abord exprimé de celui de Versailles, en plus petit. Dans son château de Sceaux, la duchesse du Maine protège une sorte de Cour secondaire. On y discute des arts et des affaires de l’État, on y rencontre Montesquieu et Voltaire, acteurs et poètes, savants et musiciens, diplomates et chefs de partis. La duchesse du Maine, friande de fêtes et de spectacles, entend sauvegarder les intérêts de son mari, fils bâtard de Louis XIV avec Madame de Montespan.

Salons Anne Louise du Maine par Pierre Gobert
 » Portrait de la Duchesse du Maine  » par Pierre GOBERT

Chez Madame de Lambert, dont le salon parisien connait une pleine activité à l’époque de la Régence, l’usage est différent. Les réceptions se suivent tout au long de la semaine, dominées suivant les jours par les artistes ou par les gens du monde. Cette spécialisation donne le sentiment d’une segmentation de la société, mais elle traduit en fait l’ambition de la maîtresse de maison, qui est d’atteindre à l’expertise dans toutes les questions abordées. Madame de Lambert désapprouve le relâchement des mœurs caractéristique des années qui suivent la mort de Louis XIV, et réagit par le travail et la rigueur : à ceux qui moquent sa maison, véritable bureau de l’esprit, le philosophe Fontenelle répond  » qu’elle est la seule qui fut préservée de la maladie épidémique du jeu, la seule où l’on se trouvât pour parler raisonnablement les uns et les autres  » ( cité par Sainte-Beuve-Causeries du lundi/1851)

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 » Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert  » – Gravure par DESROCHERS

Madame de Tencin qui reçoit certains des fidèles de Madame Lambert, est elle-même écrivain et auteur de romans. Elle est aussi une femme avisée, habile à placer dans la banque et à s’enrichir. Mais surtout elle excelle à organiser des rencontres, à rapprocher les intérêts, à confronter les points de vue, à accompagner les ambitions et les projets. Son Salon de la rue Saint-Dominique, dans le quartier du Faubourg Saint-Germain qui devient le plus aristocratique de la capitale, sert de lieu d’échange. Toutes sortes de personnages s’y croisent, les uns mêlés à la politique, les autres à la philosophie ou à la science, entre lesquels elle entretien une conversation.

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 » Portrait de la baronne Claudine Guerin de Tencin – dite Madame de Tencin  » – par Joseph AVED

Car le trait commun à ces différentes maisons est sans doute dans cette conversation qu’on y pratique. Plus qu’un simple et frivole bavardage, moins qu’une succession laborieuse de conférences, l’équilibre est délicat et repose sur la capacité de l’hôtesse à doser et à rythmer l’attention et le temps donnés à chacun. L’écrivain et critique littéraire Sainte-Beuve a caractérisé le talent de Madame Geoffrin, autorité incontestée dans ce domaine, à travers sa présence muette :  » elle a pour principe de ne causer elle même que quand il le faut , et de  n’intervenir qu’à certains moments  » (Causeries du lundi/1850).

De Madame Geoffrin, souligne Sainte-Beuve on ne connaît d’autres écrits que quelques lettres, et cependant l’Europe entière regarde son Salon de la rue Saint-Honoré comme l’un des premiers foyers de la vie intellectuelle.

Salon Mme Geoffrin par Jean Marc Nattier
« Portrait de Marie-Thérèse Rodet Geoffrin dite Madame Geoffrin  » – par Jean-Marc NATTIER

Après 1750 l’essor de la littérature de la passion amoureuse apporte un ton neuf. Madame du Deffand , jusque là réputée une hôtesse austère, se découvre sentimentale. Julie de Lespinasse, son ancienne dame de compagnie qui a ouvert un Salon rival, se retrouve elle aussi sujette à des mouvements ardents. Autour de Madame d’Epinay naissent des passions amoureuses dont celle de Rousseau pour Madame d’Houdetot.

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Parallèlement se pose la question de la publicité. Tant de propos tenus par ici et là sont-ils faits pour être diffusés et surtout lorsqu’ils visent des personnes ? La Société du bout de banc, dont l’âge d’or se situe vers 1745, est l’exemple d’un rassemblement d’intelligences qui tire sa justification dans la littérature. Réunis autour de Jeanne-Françoise Quineau, dite Madame Quinault cadette, ancienne actrice de la Comédie -Française, ses membres sont invités à rédiger des textes sur des sujets divers qui sont ensuite édités et publiés.

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 » Jeanne-Françoise Quinault  » – Gravure de Eugène PIRODON d’après QUENTIN DE LA TOUR 

Mais la critique de l’autorité royale, telle qu’elle se manifeste ici ou là, appelle à la discrétion. L’ancienne discipline des gazettes manuscrites, appelées aussi nouvelles à la main, et dans lesquelles on consigne des débats et des avis, apparaît comme un complément précieux de l’activité de Salon.  » Jérôme PICON (Historien d’art et écrivain français )

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