Edvard MUNCH : non à l’auto-portrait … et pourtant !

 » Je suis bon pour peindre et dessiner. Je le crois moi-même et les autres me le disent aussi, bien que je ne sois pas tout à fait sûr que ce soit vrai. Je suis sûr de deux choses : 1 ) il n’existe aucun auto-portrait de moi. Ma personne ne m’intéresse pas comme objet de peinture. Ce sont les autres qui m’intéressent plutôt. Je suis convaincu que ma propre personne n’a rien de particulier.Je suis un peintre qui peint tous les jours, du matin au soir, figures-paysages-des portraits un peu moins. 2 ) Je ne vaux rien lorsqu’il s’agit de parler ou d’écrire et encore moins s’il faut parler de moi-même, de mon travail. L’idée de devoir écrire une simple lettre m’angoisse, me tenaille comme le mal de mer. Je crains fort que nous devions nous passer de mes talents d’auto-portraitiste ou littéraire, mais ce n’est pas une grande perte. Pour qui a envie d’en savoir plus sur moi, à savoir sur l’artiste, l’unique chose qui vaut la peine de connaître est d’observer attentivement mes tableaux pour savoir qui je suis et ce que je veux. » Edvard MUNCH (Peintre et graveur expressionniste norvégien)

MUNCH Edvard
Edvard MUNCH ( 1863-1944)
MUNCH 1882 autoportrait musée Munch Oslo
 » Auto-portrait  » – 1882 – Edvard MUNCH ( Musée Munch à Oslo / Norvège )
MUNCH 1895 autoportrait à la cigarette galerie nationale d'Oslo
 » Auto-portrait à la cigarette  » 1895 – Edvard MUNCH ( Galerie Nationale d’Oslo / Norvège)
MUNCH 1906 autoportrait à la bouteille de vin musée Munch Oslo.jpg
 » Auto-portrait à la bouteille de vin  » 1906 – Edvard MUNCH ( Musée Munch / Oslo- Norvège)
MUNCH 1919 Autoportrait à la grippe espagnole
 » Auto-portrait à la grippe espagnole  » – 1919 – Edvard MUNCH (Galerie Nationale d’Oslo – Norvège)
MUNCH Edvard autoportrait 1940 43 Entre l'horloge et le lit musée Munch à Oslo
 » Auto-portrait entre l’horloge et le lit  » 1940/43 – Edvard MUNCH ( Musée Munch – Oslo/Norvège )

 

 

Parler à un cheval, le comprendre pour mieux l’aborder …

« Pour parler aux animaux, on a toujours cru qu’il faudrait faire appel à la magie. Des légendes ancestrales en passant par les contes de fées, c’est un des rêves humains les plus anciens et les plus intimes. Aujourd’hui une nouvelle générations d’hommes et de femmes a, au contact des chevaux, découvert la part de réalité que recèle ce mythe. Ils sont parvenus à se mettre dans la peau du cheval, à lui parler, à se faire obéir de lui. Lorsque les hommes commencent à apprendre des chevaux et à penser comme des chevaux, alors la magie advient. C’est un fait, le cheval ne ment pas. Pour lui, il n’y a pas de frontière entre ses ressentis et ses actes. Qu’il éprouve de la peur, de la gêne, de la soumission, de la témérité ou simplement du calme et de l’assurance, le cheval vous l’exprimera précisément, de même qu’il vous dira ce qu’il attend de vous. Avec la plus grande sincérité.

Pour obtenir des résultats, vous allez devoir faire preuve d’ouverture d’esprit, laisser votre cheval vous apprendre à communiquer avec la même profondeur d’esprit et la même transparence que lui. C’est la que la magie commence. C’est magique parce que ce que les chevaux ont besoin d’entendre de nous correspond exactement à ce que nombre d’entre nous aimeraient entendre …. d’eux mêmes. Ces animaux attendent de nous une assurance calme et concentrée. De la cohérence. De la force et de l’empathie. En résumé, ils attendent le meilleur de nous-mêmes. En outre, comme ils détectent nos doutes, nos peurs.

La grande difficulté du dressage n’a rien à voir avec le cheval. Il s’agit en fait d’apprendre à vous connaître vous-même, tout en découvrant qui est votre animal et en comprenant quel dresseur vous devez être pour établir entre vous une relation de respect et de confiance mutuels. Pour convaincre un cheval de baisser la garde, de se montrer calme, réactif, de faire preuve de confiance et de courage, il vous faut commencer par posséder vous-même ces qualités. Vous ne pouvez pas vous contenter de les afficher. Il faut tomber le masque, oublier vos conflits et vos craintes afin d’être le maître de la situation, en confiance. Tout ce que l’on enseigne à un cheval, on peut se l’enseigner à sois-même. On se rendra alors compte que lorsqu’un cheval nous perçoit détendu, équilibré, concentré, tout le monde nous perçoit aussi ainsi.

Les chevaux ont du monde une vision fondamentalement différente de la nôtre. A bien des égards, cette vision et leur rapport à leur congénères sont à l’opposé de notre perception pour notre environnement. Dès lors, ces animaux ont élaboré des techniques à part pour vivre au monde et vivre avec leurs frères à sabots. Je crois que nous avons beaucoup à apprendre de leur approche. Je crois qu’en développant une conscience un peu plus équine du monde et de notre façon d’y trouver une place, nous parviendrons à devenir des êtres humains plus complets, qui travaillent et qui échangent avec d’autres, sans pour autant se laisser marcher sur les pieds.

Par ailleurs, dans notre monde globalisé et interconnecté, où chacun est affecté par les actions de tous les autres, il me semble que les enseignements des chevaux en viennent à constituer une étape nécessaire à notre évolution. De la magie à grande échelle. La chose vous paraît un peu farfelue ? Vous vous trompez. Il n’y a rien de plus réel et concret que cela….  » Chris IRWIN ( Dresseur et chuchoteur de chevaux mondialement connu – extrait de son livre Les chevaux ne mentent jamais – Propos recueillis par Bob WEBER  éditeur canadien – Traduction française de Christophe ROSSON)

cheval.jpg

La Bien-aimée … Dante Gabriel ROSSETTI

 » Cette toile, de l’un des piliers du préraphaélisme, s’inspire du Cantique des Cantiques, le plus beau texte biblique qui traite du lien amoureux. Rossetti y représente une époque avec ses suivantes au moment où, selon les usages moyen-orientaux, elle découvre son visage de manière à ce que son conjoint puisse la voir pour la première fois.

La jeune femme fixe le spectateur de ses magnifiques yeux en tirant son voile en arrière. Sa robe, verte et brodée de fleurs colorées, ainsi que les joyaux dans ses cheveux roux et ondoyants donnent un parfum exotique à l’ensemble.

Les traits du visage des suivantes révèlent leurs différentes provenances ethniques. Au premier plan, la toute jeune noire africaine, parée de riches bijoux, offre à la mariée un vase de roses, symbole de l’amour. Au deuxième plan, deux autres suivantes lui présentent une branche de fleurs de grenadier, emblème de la fertilité et une branche de lys symbole de pureté.

Rossetti a cherché, peut-être, à célébrer ici l’union de l’amour et de la beauté dans la diversité.  » Carolina ORLANDINI ( Écrivain italienne, spécialiste en histoire de l’art)

Dante Gabriel ROSSETTI la bien-aimée.jpg
 » La bien-aimée « 1865/66 – Dante-Gabriel ROSSETTI ( ( Tate Britain de Londres / Angleterre)

Les Violons … par Hector BERLIOZ

 » Les violons peuvent se prêter à une foule de nuances en apparence inconciliables. Ils ont, en masse, la force, la légèreté, la grâce, les accents sombres et joyeux, la rêverie et la passion. Les violons sont les serviteurs fidèles, intelligents, actifs, infatigables. C’est la vraie voix féminine de l’orchestre, voix passionnée et chaste en même temps déchirante et douce, qui pleure et se lamente, ou chante, prie et rêve, ou éclate en accents joyeux comme nul autre ne pourrait le faire. » Hector BERLIOZ ( Compositeur français, critique musical, homme de Lettres et chef d’orchestre )

ADRIAN GOTTLIEB.jpg
 » Le violon  » – Adrian GOTTLIEB

 

 

Pas de Deux :Suite en blanc …

SERGE LIFAR 2
Serge LIFAR ( 1904 / 1986 )

 » En composant Suite en Blanc je ne me suis préoccupé que de danse pure, indépendamment de toute autre considération : j’ai voulu créer de belles visions, des visions qui n’aient rien d’artificiel, de cérébral. Il en est résulté une succession de véritables petites études techniques, de raccourcis chorégraphiques indépendant les uns des autres, apparentés entre eux par un même style néo-classique.  C’est un ballet où l’on danse naturellement selon mon style néo-classique, où l’arabesque est déviée dans tous les sens, et n’est pas seulement une arabesque académique » Serge LIFAR  (Danseur français ( né à Kiev-naturalisé français), chorégraphe, maître de ballet, pédagogue, conférencier)

( Vidéo : Aurélie DUPONT & Hervé MOREAU  » Adage  » )

Serge Lifar a appris la danse  auprès du grand professeur  Enrico Cecchetti , puis a intégré l’école de  Bronislava Nijinska ( sœur de Vaslav Nijinski) . Par la suite, il fut à la fois premier danseur dans la compagnie de Serge Diaghilev, Les Ballets Russes, où il a tenu, dès 1923,  les rôles principaux des ballets proposés à l’époque par Léonide Massine et George Balanchine, tout en étant chorégraphe lui-même. Puis, premier danseur à l’Opéra de Paris, chorégraphe, maître de ballet tout en travaillant parallèlement à l’Opéra de Monte-Carlo.

Il eut la réputation d’être  un excellent technicien, un danseur félin, expressif, avec beaucoup de charme et de charisme sur scène. Sa beauté assez sculpturale l’a souvent  conduit à des rôles issus de la mythologie grecque, mais il fut excellent aussi dans  ceux du répertoire classique. En tant que chorégraphe il laisse derrière lui un nombre très important de ballets .

Il a voué toute sa vie à la danse, a écrit de nombreux ouvrages sur cet art , s’est souvent exprimé à son propos durant des conférences.  Il a éprouvé une réelle, sincère et intense passion pour la danse. On lui doit d’avoir ajouter deux nouvelles positions de pieds aux cinq qui existaient déjà depuis des siècles : la 6e (pieds parallèles et bien serrés) et la 7e ( à savoir 4e parallèle en pieds plats ou sur pointes avec le genou plié ) Il fut, par ailleurs, un éminent pédagogue.

Traité de collabo parce qu’il avait rencontré Hitler et entretenait une amitié avec joseph  Goebbels, personnage influent du nazisme,  qu’il invitait à l’Opéra ( des faits qu’il n’a d’ailleurs jamais contesté), il est renvoyé de l’institution française. Il y reviendra en 1949 à la demande insistante des danseurs qui vont faire pression sur la direction pour obtenir son retour. Il y restera jusqu’en 1956. A partir de là, il définira le style de son travail comme définitivement néo-classique, mettra en place de très grandes réformes à l’Opéra , créera une classe d’adage, et revalorisera l’image des danseuses et danseurs.

Suite en blanc est un ballet sans intrigue qui se présente en huit différentes parties, totalement indépendantes les unes des autres : La Sieste – Thème varié – Sérénade – Pas de Cinq – Cigarette – Mazurka – Adage – La flûte – La musique est celle que le compositeur Édouard Lalo avait écrit en 1881 pour un ballet de Lucien Petipa : Namouna, (complètement oublié d’ailleurs). Lifar va avoir la bonne idée de la ressortir de l’abîme dans lequel elle était tombée et se servira de l’Ouverture + huit autres extraits.

Ce ballet est un des chefs-d’oeuvre de ce chorégraphe. Assez épuré, bien structuré, empreint d’un certain lyrisme, d’une réelle élégance, de grâce, très technique, harmonieux, romantique, brillant, avec des variations qui furent si novatrices et importantes ( pour ne pas dire essentielles ) dans la danse, qu’elles sont reprises chaque année au concours de l’Opéra.  La création se fera en 1943 avec Serge Lifar et Yvette Chauviré. Il a connu un immense succès et a fait l’objet de 400 représentations.  Il est repris depuis par toutes les grandes compagnies dans le monde.

La petite anecdote à son propos :  En 1946 le chorégraphe le  remontera sous un autre titre, Noir et Blanc, à Monte-Carlo. A l’époque cette compagnie ( Les Nouveaux Ballets de Monte-Carlo) était dirigée par le mécène Jorge Cuevas-Bartholis dit le  marquis de Cuevas. Lorsque ce dernier voulut donner Noir et Blanc avec sa troupe, au théâtre des Champs-Elysées en 1949, Lifar était revenu à l’Opéra de Paris après en avoir été banni et contraint à l' » exil  » . Il s’opposera  fermement aux représentations. Mais le marquis n’eut que faire de son interdiction. Il le maintiendra au programme. Lifar, présent ce soir-là, va très mal le prendre, tout comme il n’appréciera pas les mimiques du marquis qui faisait mine de lui donner une petite gifle du bout des doigts. Se sentant humilié il demandera réparation en le provoquant en duel . Cette confrontation à l’épée aura lieu  au Bois de Boulogne !  Lifar en ressortira avec quelques petites égratignures au bras. Le duel prit fin dans les larmes et les embrassades des deux hommes réconciliés !

Je voulais aussi rajouter qu’en 1926 et 1927, Léo Staats ( danseur, chorégraphe et pédagogue français) mis au point et présenta  le premier Grand Défilé du Ballet de l’Opéra de Paris, sur la Marche de l’opéra Tannhauser de Richard Wagner.

En 1945 Serge Lifar décide de le remettre à l’honneur, change la musique et opte pour celle des Troyens de Hector Berlioz :  » J’ai voulu faire la plus grande parade artistique de l’Opéra de Paris qui ressemblera aux grandes parades militaires sur la Place Rouge à Moscou ….  » disait-il . La danse est confiée à Albert Aveline.  A partir de là, ce Grand Défilé aura lieu assez souvent et c’est avec lui qu’il fera d’ailleurs ses adieux à la scène en 1958, vivement acclamé par le public.

Depuis lors, cet événement  ( entré au répertoire de l’institution française en Octobre 1947) ne se produit que pour de grandes occasions officielles et exceptionnelles.

Si j’en ai parlé, c’est parce que les tutus des danseuses et les tenues des danseurs ont été influencés par le ballet Suite en Blanc de Serge Lifar.

Berthe MORISOT …

MORISOT Berthe

«  Je ne crois pas qu’il y ait jamais eu un homme traitant une femme d’égale à égale et c’est ce que j’aurai demandé car je sais ce que je vaux.  » Berthe MORISOT ( Peintre française )

MORISOT en 1875.jpg
Photo de Berthe MORISOT en 1875
MORISOT Auto portrait.jpg
 » Auto-portrait  » 1885 – Berthe MORISOT ( Musée Marmottan-Monet / Paris- France ) : cet auto-portrait a été rarement exposé ( en 1893 et 1896 ) – Elle a peint de nombreux portraits mais peu d’elle-même, cinq au total dont certains sont avec sa fille.

Berthe Morisot est avec  Mary Cassatt, Eva Gonzalez et Marie Bracquemond. le symbole des femmes dans la peinture impressionniste. Elle a souffert d’être prisonnière de sa condition de femme car, à son époque,  être une artiste professionnelle de sexe féminin  , relevait quasiment de l’impossible. Il fallait être sacrément audacieuse et déterminée pour oser le faire !  Les femmes, en effet,  n’étaient pas admises à l’école des Beaux Arts et ne pourront l’être qu’en 1897. Elle, comme d’autres,  va devoir se contenter de fréquenter des ateliers de peinture pour pouvoir apprendre.

Par ailleurs, pour  pratiquer le dessin il faut savoir que la première école gratuite  publique de dessin sera ouverte aux femmes en 1803 à Paris. A partir de là, d’autres ouvriront en province. Elles étaient plus généralement destinées (et fréquentées) par des jeunes filles d’origine modeste. Celles de la bourgeoisie recevaient, de leur côté, des cours particuliers.

Aux environs de 1870, des classes furent ouvertes spécialement pour les femmes à l’Académie Colarossi ( du nom de son fondateur, un sculpteur, Filippo Colarossi)  qui se trouvait à Montparnasse. De nombreuses artistes féminines françaises et étrangères sont venues y étudier le nu jusqu’en 1930 .

Une femme artiste a été quelque chose de très mal vu parce que dans les esprits c’était uniquement réservé aux hommes de pouvoir le faire. Et pour tout dire,  non seulement ce statut était contestable aux yeux de la gent masculine, mais pendant longtemps ils n’ont jamais voulu les considérer comme leurs égales dans le domaine de l’art.

Berthe  a eu une modernité audacieuse, une indépendance farouche. Attention il ne faut pas se tromper en ce qui la concerne : elle n’a pas peint pour passer le temps, ce ne fut pas un loisir pour elle, mais une véritable passion, un désir intense de persévérer dans cet art  envers et contre tout.

Elle a passé sa vie à lutter contre l’indifférence de certains de ses pairs, ceux dont elles a dû essuyer les railleries, ceux-là même qui, un jour, changeront le regard qu’ils avaient précédemment eu sur sa peinture et reconnaîtront qu’elle avait réellement du talent.

Le monde artistique ( peinture ou sculpture ) était très masculin, voire même misogyne. En ignorant ces femmes artistes, ils ont fait d’elles des figures secondaires, ce qui est regrettable et triste car, en ce qui la concerne, elle fut excellente dans son domaine. Même sur sa tombe rien ne fait référence au fait qu’elle ait été  peintre. Il est juste écrit Berthe Morisot, veuve  de Eugène Manet, et sur son acte de décès : sans profession !

Elle a aimé suspendre le temps, jouer avec les espaces, brouiller les pistes en ce qui concerne  la luminosité à savoir la lumière intérieure reçue de l’extérieur par une fenêtre ouverte sur un jardin par exemple. On l’a surnommée la peintre du bonheur et cela lui va bien. Elle a su saisir des moments délicieux, exquis, délicats, tendres , pleins de fraîcheur. Un bonheur que l’on peut trouver dans des paysages sereins, des jardins fleuris, au bord de l’eau, dans des intérieurs paisibles, avec des personnages partageant une tasse de thé, jouant du piano, cueillant des fleurs . Des scènes familiales dont beaucoup ont rapport avec la maternité ( un sujet qui l’a énormément inspiré) etc…

MORIOT FEMME A SA TOILETTE.jpg
 » Une femme à sa toilette  » – 1875 – Berthe MORISOT ( Art Institute of Chicago / Etats Unis ) – Ce tableau fut acheté par le peintre américain impressionniste William Merritt Chase en 1896, avant de devenir la propriété de Mary Cassatt qui l’obtiendra grâce au marchand d’art Durand-Ruel. Lorsqu’elle deviendra quasi aveugle, elle  mettra en vente une grande partie de sa collection, y compris cette toile,  lors d’une exposition chez le marchand d’art. Le prix de vente fut fixé à 600 cents francs.
MORISOT la psyché.jpg
 » La psyché  » – 1876 – Berthe MORISOT ( Musée Thyssen-Bornemisza/ Espagne ) –  La psyché est le nom du miroir inclinable – Le tableau fut acheté par un collectionneur : le Comte Doria, un admirateur du travail de Berthe Morisot le lendemain du jour où il fut exposé au Salon.
MANDOLINE Berthe MORISOT.jpg
 » La mandoline  » – 1889 – Berthe MORISOT ( Collection particulière ) – Le modèle est sa fille Julie – Un des tableaux préférés de Renoir.
MORISOT le berceau.jpg
 » Le Berceau  » – 1872 – Berthe MORISOT ( Musée d’Orsay / Paris – France ) – Il s’agit là d’Edma Pontillon,  née Morisot, et de sa fille Blanche. Ce tableau restera leur propriété jusqu’à son acquisition par le musée du Louvre en 1930.

Et c’est justement à cause de ce type de sujets que les historiens de l’art et le public ne se sont pas véritablement attardés sur son travail en pensant que c’était bien trop féminin, gracieux et simpliste. Mais c’était bien plus profond et exigeant que cela parce qu’à travers eux, elle voulait fixer des instants, parler, réfléchir ou méditer sur la vie et  temps qui passe  !

Sa peinture fut intimiste et heureuse. Vers la fin de sa vie, elle se fera plus mélancolique, méditative, tout en restant toujours très expressive. Berthe n’a pas vraiment aimé la ville, l’effervescence urbaine etc… Elle a nettement mieux préféré être à la campagne et tout ce que la nature a pu lui apporter. L’impressionnisme était une fenêtre ouverte sur l’extérieur, mais bien avant que ses confrères ne prennent leur chevalet sous le bras, leur tabouret et leur boite de tubes de peinture, elle avait déjà peint en plein air depuis fort longtemps.

MORISOT LE PORT DE CHERBOURG.jpg
 » Le port de Cherbourg  » 1871 – Berthe MORISOT ( Yale University Art Gallery de New Haven /Etats Unis  –  » J’ai cherché à faire une aquarelle d’après nature, impossible. Je me sens comme une enfant qui n’aurait jamais rien fait ; ce pays est vraiment magnifique mais il me semble toujours que les marines sont encore plus compréhensibles . Encore une raison d’aller à Cherbourg …  » expliquera t-elle
MORISOT Plage de Nice.jpg
 » Sur la plage de Nice  » – 1882 – Berthe MORISOT ( Collection particulière )
MORISOT pâtés de sable.jpg
 » Les pâtés de sable  » – 1882 – Berthe MORISOT ( collection particulère) –

Sa peinture fut audacieuse dans le style car elle a eu la particularité de faire toujours supposer que le tableau n’était jamais vraiment terminé, en laissant des petits endroits à nu, volontairement . Une petite  » particularité personnelle  » qui en a dérouté plus d’un et en a en a amené d’autres à dire qu’elle n’était probablement pas capable de finir correctement ce qu’elle avait commencé : » œuvres laissées à l’état d’esquisses  » dira même le critique d’art français Joris Karl Huysmans . Les tons s’estompent, se fondent, le pinceau est délicat, subtil, élégant.

MORISOT petite fille à la poupé 1884.jpg
 » Petite fille à la poupée  » 1884 – Berthe MORISOT (Collection particulière)

Aujourd’hui on connait Berthe Morisot  , mais durant très longtemps quand on faisait  référence à elle c’était pour dire qu’elle avait étudié avec Corot,  mais que surtout elle fut la muse, le modèle, la belle-sœur d’Edouard Manet, et cela  avant même de savoir, ou d’oublier, qu’elle a fait partie du mouvement des impressionnistes, et qu’elle en fut même un membre très actif et régulier –

Degas, Renoir et Monet furent les peintres impressionnistes avec lesquels elle a entretenu une belle amitié. Tous trois ont réellement compté dans son cœur.

Avec Renoir elle a eu en commun l’admiration portée aux Maîtres du passé, mais aussi les sujets et les thèmes : tous deux en effet ont peint des jeunes femmes se baignant, jouant de la musique etc… De plus Renoir a souvent réalisé des portraits de sa fille. Il sera, toute sa vie, comme le fut Mallarmé, un véritable soutien sur lequel elle a pu compter et lorsqu’elle décédera, il sera très présent aux côtés Julie.

RENOIR Julie Manet 1887 Musée Orsay.jpg
 » Julie Manet  » – 1887 – Pierre Auguste RENOIR ( Musée d’Orsay / Paris – France )

Avec Monet, ce fut surtout l’amour de la nature, des paysages, de la campagne, du plein air. Il a apprécié qu’elle ait, tout comme lui, une grande exigence vis-à-vis de son travail, qu’elle sache se remettre en question, admettre que sa peinture n’était pas bonne lorsque c’était le cas etc… Certains de ses tableaux qu’il avait appréciés,  sont entrés dans sa collection personnelle.

Selon tous les témoignages que l’on peut lire sur sa personne, il en ressort qu’elle fut une personne charmante, sensible, attachante, belle, riche, tenace, ardente, intelligente, indépendante, passionnée, avec beaucoup de caractère. Une femme libre que ce soit dans sa tête, dans son art, aimant tout particulièrement la vie de famille. En tous les cas, on a beaucoup aimé sa compagnie.

Elle a évolué dans la sphère artistique et intellectuelle des années 1860. Elle a véritablement dû s’imposer,  dans certains cercles ou salons, en tant que femme volontaire, déterminée, qui pense, qui a de l’esprit, capable de suivre et entretenir une conversation, et dont la profession est : artiste.

Après le musée national des Beaux-Arts de Québec en 2018, la Fondation Barnes de Philadelphie en 2018/2019, le Dallas Museum of Art en 2019, c’est le musée d’Orsay qui prend la suite de la magnifique exposition organisée sur elle,  réunissant une soixantaine de ses tableaux, de nombreux portraits car ils dominent près de 70 % de sa production, laquelle comprend 423 tableaux, 191 pastels, 240 aquarelles, des nombreux dessins, des gravures et même 2 sculptures )  . Elle s’intitule :

 » Berthe MORISOT – 1841/1895  » jusqu’au 22 septembre 2019  – Elle est présentée de façon chronologique, en différentes sections qui abordent sa formation, sa peinture en plein air, son intérêt pour la mode, les femmes qui travaillent, les sources de lumière dans ses tableaux ( fenêtres, vérandas, etc…), l’importance d’avoir un atelier personnel, et bien sur cette caractéristique de  » l’achevé-inachevé  » qui a tant fait parler à propos de ses tableaux.

Berthe est née à Bourges en 1841, dans une famille aisée. Troisième dans une fratrie qui comptait déjà deux sœurs nées avant elle : Yves(une fille)  en 1838 et Edma en 1839, et un frère qui viendra après elle en 1845, Tiburce. Son père fut préfet du Cher avant d’être nommé à la Cour des Comptes à Paris. Malheureusement ses idées politiques ne furent pas toujours en adéquation avec celles du pouvoir en place et il fut contraint de démissionner de ce poste en 1855.

Comme toutes les jeunes filles bien nées, élevées dans un milieu bourgeois, les filles Morisot ont pris des leçons de piano, et de dessin avec des professeurs d’excellente réputation. Parallèlement à cela, elles  ont suivi leur scolarité dans une des institutions la plus en vue de la capitale.

De par sa maman Marie-Josèphe, Berthe est l’arrière-petite nièce du peintre Fragonard. Bon sang ne saurait donc mentir, avec sa sœur Edma, elles vont avoir une passion pour la peinture et plus particulièrement celle réalisée en extérieur. Edma abandonnera cet art lorsqu’elle se mariera, Berthe continuera contre vents et marées. De toutes façons, l’une comme l’autre ont eu le soutien de leurs parents pour poursuivre leur envie de peindre ; ces derniers n’ont d’ailleurs pas hésité à leur faire construire un atelier dans le jardin de la maison.

MORISOT mme Edma Pontillon.jpg
« Portrait de Madame Pontillon née Edma Morisot  » – 1871 – Berthe MORISOT ( Musée d’Orsay / Paris – France )

Compte tenu qu’elles ne peuvent entrer aux Beaux Arts, elle étudieront avec un ex-élève de Ingres et Delacroix, à savoir Joseph Guichard, puis plus tard en extérieur,  d’abord avec le paysagiste Achille Oudinot, puis à la campagne de Ville-d’Avray,  l’été , avec un ami de la famille : Camille Corot. Car il faut savoir que chez Mr et Mme Morisot  on croisait  beaucoup de personnalités artistiques : écrivains, intellectuels, musiciens, peintres, poètes etc… invitées lors de soirées.

C’est Joseph Guichard qui les poussera  à se rendre au Louvre pour effectuer des copies notamment de Titien, Rubens et Véronèse.  C’est là qu’elles aperçoivent un jour Edouard Manet dont elles connaissent et admirent le travail.  Grâce à Henri Fantin-Latour, elles vont pouvoir le rencontrer, en 1868,  en personne, dans la galerie Médicis du Louvre. Les deux sœurs sont charmées, lui se sent davantage attiré par Berthe qu’il trouve belle, intelligente, donc potentiellement apte à devenir un modèle pour lui, mais il apprécie, par ailleurs, son travail.

Elle le revoit souvent, fréquente son atelier rue Guyot et devient son modèle cette année-là. Non seulement la famille Morisot va le recevoir souvent, mais entre Berthe et Édouard va naître un lien amical, affectueux et artistique très fort. Beaucoup ont fait des suppositions quant à cette relation forte qu’ils entretenaient,  mais rien ne peut affirmer qu’ils furent éventuellement amants. Elle a  surtout compris le génie d’Edouard, a partagé cet amour de la peinture avec lui – Il sera son guide, lui prodiguera des conseils, et elle  fut son modèle favori (14 portraits d’elle en six ans) bien plus que n’a pu l’être une Victorine Meurent, une Suzanne Leenhoff, une Isabelle Lemonnier ou une Mely Laurent bien connues pour avoir souvent posé pour lui.

C’est Manet qui lui permet de rencontrer  Paul Durand-Ruel, galériste et marchand d’art. Elle n’attendra jamais de vendre des tableaux pour manger et vivre de sa peinture car sa famille est aisée, mais Durand-Ruel sera le premier à acquérir quelques-unes de ses toiles dès 1872.

Lorsque Manet est décédé en 1883, Berthe va en être très peinée :  » l’amitié déjà si ancienne qui m’unissait à Édouard, tout un passé de jeunesse et de travail s’effondrant et tu peux comprendre que je suis brisée … Je n’oublierai jamais les anciens jours d’amitié et d’intimité avec lui alors que je posais pour lui et que son esprit si charmant me tenait en éveil durant de longues heures …  » confiera t-elle dans une lettre adressée à sa sœur Edma.

MORISOT Berthe au bouquet de violettes MANET.jpg

«  Berthe Morisot au bouquet de violettes  » – 1872 – Edouard MANET ( Musée d’Orsay / Paris – France)

Après le mariage de sa sœur , Berthe a continué seule sa route picturale. Ses parents vont vouloir qu’elle fasse la même chose que Edma : se marier, mais elle n’y tient pas et leur insistance va la faire sombrer à cette époque ( 1870/71 ) dans une sorte de dépression, laquelle n’est en rien atténuée par ce mal dont elle souffre depuis toujours mais qui, à son époque, n’était pas de mise : l’anorexie. Donc on évite de la contrarier , et on va la laisser diriger sa vie. Elle s’acharne au travail et souhaite tirer un trait sur sa peinture passée. Elle détruit tout pour mieux repartir.

En cette année 1874, elle fonde avec Monet, Renoir et Pissarro la Société anonyme des artistes peintres, graveurs, sculpteurs et innove en exposant, en tant qu’artiste peintre féminine, à la première exposition impressionniste, chez Nadar, précisément là où va naître le mouvement.

Après avoir côtoyé et fréquenté le frère de Edouard Manet, Eugène, peintre à ses heures lui aussi ( mais qui préférera s’effacer devant le talent de son frère et de sa femme )  un homme assez fortuné qui l’aime beaucoup,  elle l’épouse en l’église de Notre-Dame-de-Grâce à Passy .  Une petite Julie naîtra en 1878 de cette union. Avec le soutien de son mari  et de sa mère, elle continuera de peindre (sous son nom de jeune fille pour rester maître de sa peinture )  et présentera son travail à toutes les expositions impressionnistes à l’exception de 1879 ( elle avait accouché de sa fille un an plus tôt) .

MORISOT Eugène à l'ile de Wight 1875 Musée Marmottan Monet.jpg
 » Eugène à l’île de Wight  » 1875 – Berthe MORISOT (  Musée Marmottan-Monet / Paris – France ) Ce tableau sert l’affiche de l’expo -Elle a peint ce tableau depuis l’hôtel où elle séjournait avec son époux ( Globe Cottage ) – La fenêtre donnait directement sur le quai qui longeait le port.
MORISOT Eugène et Julie dans le jardin de Bougival.jpg
 » Eugène Manet et sa fille Julie dans le jardin de Bougival  » – 1881 – Berthe MORISOT ( Musée Marmottan-Monet/ Paris – France ) – C’était le tableau préféré de son époux.

Comme le faisaient autrefois ses parents, avec Eugène ils reçoivent beaucoup dans leur hôtel particulier de la rue de Villejust. Elle se liera d’une profonde et sincère amitié avec Stéphane Mallarmé – Même si leur domaine artistique fut différent , lui la poésie, elle la peinture, ils ne cesseront de se comprendre, de s’aider et s’admirer réciproquement  –  Elle souhaitera qu’il soit le tuteur de sa fille lorsqu’elle ne sera plus là.

Avec Eugène, ils effectueront de nombreux voyages en France mais aussi en Angleterre. A chacun d’entre eux, elle peint sur le motif parce que c’est une peinture symbole de liberté, de plein air, qui permet d’ être au plus près de la nature, des changements météorologiques,  de la lumière. Même si c’est difficile, elle aime également fixer les gens qui passent ou s’arrêtent. Comme ont pu le faire d’autres peintres impressionnistes et notamment Monet, elle n’hésite pas à embarquer sur un bateau, ou sur un étang  afin de se trouver au milieu de l’eau et en saisir tous les mouvements même si elle admet que c’est assez chaotique.

Outre l’exposition de ses tableaux dans les différents Salons impressionnistes, Berthe Morisot a été également présente dans celles qui ont eu lieu ( pour ce mouvement ) en Angleterre et en Belgique

1892 Eugène décède d’une maladie respiratoire. En 1895, elle attrape la grippe en soignant sa fille qui en était atteinte et ne s’en remettra jamais. Elle meurt d’une congestion pulmonaire deux ans plus tard. Elle est enterrée au cimetière de Passsy. La cérémonie s’est déroulée , à sa demande, dans la plus stricte intimité.

Après son décès, rares ont été les expositions la concernant.  Il y en eu une un an plus tard organisée par sa fille avec l’aide de Mallarmé, Monet, Degas et Renoir, qui fut d’importance parce qu’on peut dire qu’elle a véritablement apporté à son travail la reconnaissance qu’elle aurait tant souhaité avoir de son vivant.

Mallarmé, Monet, Degas et Renoir tiendront la promesse faite à Berthe, à savoir qu’ils continueront de prendre soin de Julie : Mallarmé s’occupait du côté financier, Renoir lui donnait des leçons de peinture, et c’est Edgar Degas qui lui présentera celui qu’elle épousera par la suite : Ernest Rouard.

Il y a eu différentes raisons au fait qu’elle n’ait pas été exposée pour elle seule  : la première, comme je l’ai expliqué, c’est le fait de ne pas avoir reconnu une femme artiste professionnelle qui travaille, c’était inconvenant à l’époque ….  mais également que sa peinture paraissait trop  » simpliste  » aux yeux de certains. Par ailleurs, une grande partie de ses tableaux sont restés ( pas tous mais un grand nombre ) dans le cadre familial  Elle venait d’une famille très aisée, donc lorsqu’elle en a vendu, ce ne fut jamais par besoin pouvoir vivre ou manger –

Et puis un jour une exposition à l’Orangerie fut organisée pour célébrer le centenaire de sa naissance – A partir de là on l’a regardée autrement. C’était en 1941. Après quoi, d’autres ont suivi , à la demande de sa fille Julie notamment, pour mieux nous faire comprendre quelle extraordinaire peintre elle avait été.

MORISOT Agée.jpg
Berthe MORISOT en 1893/94 – Peu de temps avant qu’elle ne décède – (Musée Marmottan-Monet/Paris – France )

«  La singularité de Berthe Morisot fut de vivre sa peinture et de peindre sa vie, comme si ce lui fut une fonction naturelle et nécessaire, liée à son régime vital, que cet échange d’observation contre action, de volonté créatrice contre lumière. » Paul VALÉRY ( Écrivain français – Il fut l’époux de la nièce de Berthe Morisot à savoir Jeanne Gobillard)

 

 

 

Le rideau de ma voisine …

 » Le rideau de ma voisine
se soulève lentement.
Elle va, je l’imagine,
prendre l’air un moment.

On entr’ouvre la fenêtre :
je sens mon cœur palpiter.
Elle veut savoir peut-être
si je suis à guetter.

Mais, hélas ! ce n’est qu’un rêve ;
ma voisine aime un lourdaud,
et c’est le vent qui soulève
le coin de son rideau.  » Alfred De MUSSET ( Poète français – Extrait de son recueil Poésies Nouvelles ( 1850)

 

Rideau 1

Bavardage et papotage …par Bernadette COSTA-PRADES

femme au téléphone.jpg

GREGORY FRANK HARRIS

«  Mais de quoi pouvez-vous bien parler ? s’étonne la plupart des hommes quand leur femme passe des heures au téléphone avec leurs copines. Réponse : de tout, de rien … Les femmes ont l’art de discuter de mille et un sujets sur un ton léger, des propos qui paraissent à première vue insignifiants mais qui sont loin de l’être ! explique Thierry Delcourt, psychiatre. Les hommes sont les premiers à dévaloriser le bavardage, et malheureusement, les femmes ne se défendent guère. A tort, car il recèle bien des qualités cachées.

Pour Thierry Delcourt, les femmes ont toujours discuté, que ce soit dans les champs, les ateliers, au lavoir :  » c’étaient pour elles une façon de supporter les longues journées courbées sur leur métier ou les mains plongées dans l’eau glacée. Aujourd’hui le bavardage a gardé cette fonction : il lave des soucis quotidiens et , l’air de rien, sert de soupape émotionnelle »  note t-il.

Contrairement à ce que pense beaucoup d’hommes, le langage n’est pas là uniquement pour transmettre des informations. Il sert aussi à entrer en relation. D’ailleurs, dans un premier temps, le contenu ne prime pas forcément. Il s’agit d’établir une complicité qui libère de l’ocytocine, cette fameuse hormone de l’attachement. Résultat : plus on bavarde, plus on s’attache ! Les propos anodins ouvrent d’ailleurs la porte aux confidences.

Toutefois, si le bavardage est paré de toutes les vertus, ce n’est pas du commérage … Mi-dire ce n’est pas médire ! Bien sûr, tout comme le papotage, les cancans peuvent aussi les détruire : comment ne pas se méfier à terme de quelqu’un qui parle dans le dos des autres ?  » Le commérage est la vengeance du pauvre. Il traduit une impossibilité à exprimer sa révolte en direct. Le problème, c’est qu’il empêche bien souvent de prendre le problème à bras-le-corps  » met en garde Thierry Delcourt. Le lien créé par le bavardage est un soutien pour affronter les tourments de la vie. On sait par exemple, qu’en cas de cancert, les femmes entourées d’amies font moins de rechute.

Au fond, si c’étaient leurs bavardages qui prolongent la vie des femmes ….  » Bernadette COSTA-PRADES ( Écrivain, journaliste, spécialiste en psychologie)

 

Camille (  » l’homme du 14 Juillet  » ) & Lucile …

DESMOULINS atelier Jacques Louis DAVID sa femme et leur fils Horace musée national château de versaillles
 » Camille Desmoulins, sa femme Lucile et leur fils Horace  » – Atelier Jacques-Louis DAVID 1792 – ( Musée des châteaux de Versailles et Trianon / France )

 » Il y a foule en cette journée du printemps 1783 dans les jardins du Luxembourg. Le jeune Camille, pourtant, n’a d’yeux que pour elle : Madame D. , c’est à ce nom que, par la suite, il va dédicacer plusieurs poèmes. Belle, élégante, elle l’enchante. Elle est âgée de 32 ans, mariée à un contrôleur des Finances. Lui ? Il a 23 ans, il est célibataire et étudiant. Et c’est à peine si il remarque, auprès d’elle, la jeune Lucile. Celle-ci a 13 ans et n’est encore qu’une enfant : il est loin de s’imaginer que, dans sept ans, il va l’épouser et qu’ensemble ils vont former le couple le plus uni et le plus tragique de la Révolution.

L’heure est à l’insouciance. Camille Desmoulins est un brillant étudiant qui hésite entre le barreau et l’écriture. Sera t-il avocat ou poète ? En attendant, il s’enflamme pour la madame Duplessis, et publie ses vers dans plusieurs gazettes. Son père, lieutenant général et picard roturier, rêve pour lui d’un plus bel avenir. Il faut dire que Camille a été un élève à la scolarité exemplaire, passé par le lycée Louis-le-Grand où il s’est lié d’amitié avec Maximilien de Robespierre. Nourri de lettre classiques et d’Histoire antique, il ne jure que par Cicéron et l’ancienne Rome. Alors oui, bien sûr, le barreau serait l’occasion d’une honorable  carrière. D’ailleurs il passe sa licence en 1785 et, dans la foulée, prête le serment d’avocat. Cependant il est bègue. Ce léger handicap freine son ascension, aussi bien en Picardie qu’à Paris. Comme les mots coulent plus facilement sous sa plume, il préfère écrire. Dès poèmes, toujours, mais également des épîtres, au ton plus politique. Le jeune homme , qui n’apprécie pas la monarchie, rêve d’une République inspirée de Rome ou de la Grèce, et il l’écrit.

Désormais, Camille fréquente les Duplessis. Sa relation avec madame est toujours aussi poétique et platonique. Il commence juste à remarquer Lucile qui, a quinze ans à présent, des yeux noirs profonds, de longs cheveux blonds. Elle n’est encore que le « bouton naissant près d’une rose épanouie « . Peut-être la jeune fille s’est-elle entichée de l’avocat ? Difficile de le savoir puisqu’elle n’entamera la rédaction de son journal que trois ans plus tard. Toutefois on ne peut sans peine imaginer que son cœur bat pour cet homme qui sait si bien écrire. En jeune fille du siècle des Lumières, elle aime les livres et les mots.

En 1787, Camille Desmoulins se déclare enfin et la demande en mariage. Le père s’y oppose, trouvant qu’il n’est pas un assez bon parti. Il n’est pas riche et sa carrière d’avocat piétine. Il est vrai que la politique l’attire beaucoup plus, en particulier le journalisme d’opinion. La belle lui est refusée, il s’attache davantage. Est-ce cet amour contrarié qui lui donne la rage de réussir. Il rêve d’être élu à Paris, aux Etats-Généraux de 1788. Le pays est en évolution après la formation à l’Assemblée nationale et le serment du Jeu de Paume. Le 11 juillet, le renvoi par le roi du ministre Necker, accusé de faiblesse, met le feu aux poudres. Le peuple descend dans la rue. La révolte gronde. Au Palais Royal un jeune homme monte sur une table, appelle les parisiens à l’insurrection. Dépassant son bégaiement, il électrice la foule. Il se saisit d’une cocarde verte ( certains disent une feuille de tilleul) l’accroche à son chapeau et invite les patriotes à en faire autant en signe de reconnaissance. Bientôt la cocarde deviendra tricolore. Deux jours plus tard, les Parisiens s’emparent de la Bastille. Surnommé l’homme du 14 juillet, Camille Desmoulins vient d’inventer le journalisme et la Révolution. Il s’apprête aussi à conquérir totalement Lucile.

CAMILLE DESMOULIN PALAIS ROYAL.jpg
 » Camille Desmoulins dans les jardins du Palais Royal  » – Félix Joseph BARRIAS

La ténacité de Camille Desmoulins et la profondeur des sentiments qu’il ressent pour Lucile l’emportent. Le 29 Décembre 1790, ils sont unis par les sacrements du mariage à l’église Sainte-Sulpice. Le marié a 30 ans, celle qui lui est destinée tout juste 20. L’état-civil n’a pas encore été créé et le passage devant le curé est obligatoire même pour les esprits libres. De toutes les façons, le révolutionnaire croit en Dieu, c’est du clergé qu’il se méfie.

Le mois suivant il fréquente le club des Cordeliers, cultive ses liens d’amitié avec Robespierre, mais aussi Danton et Marat. Sa plume se fait de plus en plus incisive, ses engagements de plus en plus marqués. Quant à la nouvelle Madame Desmoulins, elle s’enflamme pour la Révolution. Elle poursuit la rédaction de son journal personnel, dans lequel le nous remplace de plus en plus le je. Lucile s’identifie à Camille. Ses combats sont les siens. Certes elle admire cet homme de 10 ans son aîné, mais sa propre jeunesse ne l’empêche pas de donner des conseils avisés.

Aux côtés de Robespierre, Danton et Marat, Desmoulins devient une figure de la Révolution. Le 10 août la monarchie tombe. Danton devient ministre de la Justice, et le nomme son secrétaire. Lui, à qui il manquait une légitimité populaire, est élu à la Convention nationale. Il siège parmi les Montagnards. Au cœur de de l’action politique, il est un homme comblé : le 6 juillet 1792, Lucile a mis au monde un garçon, Horace, qui va bénéficier du premier acte d’état-civil. La vie semble sourire au couple …. Pourtant les jours sombres arrivent à grands pas .

Obnubilé par la peur d’un complot venu de l’étranger, le gouvernement révolutionnaire instaure le Comité de salut public et avec lui la Terreur. Malgré son appartenance aux Montagnards, Camille Desmoulins finit par se désolidariser des extrémistes et dénoncer le sang qui coule à flot. Sa voix, affaiblie par son bégaiement, est de moins en moins entendue dans les réunions. Il lui faut donc reprendre la plume rapide et haletante du journalisme. Premier numéro du Vieux Cordelier sort le 5 décembre 1793. La devise Vivre libre ou mourir. Au fil des numéros, Camille Desmoulins poursuit ses critiques. Robespierre le lâche en pleine Assemblée et propose que l’on brûle ses écrits. Leurs opinions divergent désormais. Lucile supplie son mari d’être prudent.

Dans la nuit du 30 au 31 mars 1794, Danton et Desmoulins sont arrêtés, ainsi que leurs amis, sur ordre de Robespierre. Mis au secret dans la prison du Luxembourg, Camille voit par la fenêtre les jardins où il a rencontré Lucile.  Il ne se fait aucune illusion sur la suite : à sa femme il écrit  » Adieu Loulou, adieu ma vie, mon âme, ma divinité sur terre » . Lucile ne recevra jamais la lettre. Soupçonnée de complot, elle est arrêtée le lendemain. Elle tente de faire fléchir Robespierre  » toi qui fit des vœux pour notre union, qui joignis nos mains dans les tiennes, pourrais-tu donc rejeter ma prière ?  » . Il peut. Il la sacrifie elle également. Après un procès mascarade, accusés d’être des crypto-royalistes, Desmoulins, Danton et leurs amis sont envoyés à la guillotine le 5 avril.

Incarcérée à la Conciergerie, le procès de Lucile sera aussi expéditif que celui de son époux, mené par l’intransigeant Fouquier-Tinville. Lucile est exécutée le 13 avril 1794. Dix-huit mois après leur mort, l’Assemblée constituante réhabilitera Camille et Lucile Desmoulins.  » Sophie DENIS ( Journaliste française, chroniqueuse Histoire )

 

P.S. : Camille et Lucille furent enterrés au cimetière des Errancis . Tous les ossements des 1119 personnes guillotinées durant la Révolution qui avaient été placés là, y compris les leurs, furent, par la suite, transportés aux Catacombes de Paris ( lors de la construction du boulevard de Courcelles entre 1844 et 1859). Son emplacement couvrait la rue  Monceau, la rue du rocher, et l’avenue de Valois. On peut, de nos jours, voir une plaque commémorative  qui définit l’entrée de ce cimetière .