Les heures dolentes & La maison dans les dunes … Gabriel DUPONT

DUPONT GABRIEL
Gabriel DUPONT 1878/1914

 

Gabriel Dupont fut un merveilleux compositeur, novateur, méconnu par certains, oublié par d’autres  … Dans les deux cas c’est bien dommage !  Il est vrai qu’il est décédé jeune de la tuberculose ( 36 ans ) – Son père était professeur de musique, c’est lui qui lui a donné ses premières leçons. Il a ensuite rejoint le Conservatoire de Paris où il a suivi les cours de Jules Massenet.

Il a vite montré un véritable talent pour la composition, ce qui lui a valu d’être classé second au célèbre prix de Rome en 1901  – Le premier prix ayant été accordé cette année-là à Maurice Ravel.

Peu gens le savent peut-être, mais il a  composé quatre opéras (l’un d’entre eux, la Cabrera, sera applaudi avec enthousiasme à la Scala de Milan en son temps, puis à l’Opéra Comique), ainsi que  de nombreuses pièces pour piano dont ces deux merveilleux cycles, présentés ce jour,  qui seront vivement acclamés .

On peut s’amuser à lui trouver des similitudes avec  certains autres compositeurs, notamment Debussy, Mendelssohn ou Schumann ,  mais sa musique très imaginative, lumineuse, délicate, romantique, pleine de sensibilité, d’émotion, de sentiments, de lyrisme, de nostalgie, de mélancolie ne ressemble qu’à lui.

Il n’a pas eu le temps de pouvoir profiter du succès naissant de ses compositions car il tomba malade. La tuberculose va énormément l’affaiblir, il va beaucoup lutter pour y faire face, mais devra affronter de nombreuses rechutes. La musique qu’il propose dans ces deux recueils n’est pas pour autant triste ou pessimiste. Au contraire, dans le second surtout, il rend hommage à la vie –

J’ai choisi Marie-Catherine GIROD et Émile NAOUMOFF  parce qu’il y a beaucoup de profondeur, de compréhension touchante vis-à-vis de la musique de ce compositeur  et de raffinement dans leurs interprétations.

Les heures dolentes :

( Vidéo : Emile NAOUMOFF au piano )

Il a commencé à l’écrire  en 1903. Il l’achèvera  deux ans plus tard. Il sortait d’une cure pour sa maladie et entamait sa convalescence. Il y a 14 pièces dédiées au compositeur allemand Engelbert Humperdinck : Épigraphe – Le soir dans la chambre – Du soleil au jardin – Chanson de la pluie – Après-midi du dimanche – Le médecin – Une amie est venue avec des fleurs – La chanson du vent – Au coin du feu – Coquetteries – Des enfants jouent au jardin – Nuit blanche, hallucinations – Calme. 

La maison dans les dunes :

( Vidéo : Marie-Catherine GIROD au piano )

Ce deuxième recueil fut composé entre 1907 et 1908 . Dupont se trouvait au Cap-Ferret, tout près d’Arcachon, dans une maison de santé pour tuberculeux. Le fait qu’il se sente un peu mieux donne un autre ton à l’ensemble. Dix pièces : Par un clair matin – Voiles sur l’eau – La maison du souvenir- Mon frère le vent et ma sœur la pluie – Mélancolie du bonheur – Le soleil se joue dans les vagues – Le soir dans les pins – Le bruissement de la mer, la nuit – Clair d’étoiles – Houles.

A noter également que Gabriel Dupont a mis en musique des romances pour voix et piano  sur  de nombreux textes de poètes célèbres comme Paul Verlaine, Georges Vanor, Henri de Régnier, Arthur Rimbaud, Henry Bataille, Jean Richepin, Tristan Klingsor, Léon Dierx, Georges Rodenbach, Fernand Gregh, Alfred de Musset, Emile Verhaeren etc.. j’en oublie certainement !

Le vent … par Olivier de KERSAUSON

 » Il  n’y a pas si longtemps c’était magnifique d’être le vent. Vous apportiez des senteurs selon les saisons, effeuillez des roses, courbiez les blés, faisiez faire des loopings aux oiseaux, arrachiez les feuilles mortes, séchiez le linge. C’est vous aussi qui faisiez grincer les girouettes, claquer les oriflammes des champs de batailles et dans certains pays tourner les moulins. Certains jours, plus polisson, vous emportiez les chapeaux, souleviez les jupes mais surtout pendant plus de deux mille ans c’est vous qui emmeniez les bateaux. Pas un voyage sur la mer sans vous, pas de Christophe Colomb, pas d’Amérique, pas d’Australie, pas de Polynésie. Jusqu’à il y a cent ans, pas un grain de café ni une lettre d’amour qui ne soit arrivée sans votre aide ….Il faudrait une vie pour raconter tout ce que vous nous avez permis de faire. Jadis, tout le monde le savait et vous saviez que vous étiez utile et aimé, et en Méditerranée, berceau des civilisations, on avait coutume de dire: quand vous n’êtes pas là, c’est la galère.
Aujourd’hui les moulins tournent au nucléaire, les sèche-linge aussi, les roses poussent dans des serres en plastique, plus personne ne porte de chapeau et les filles ont des collants sous leurs jupes, et pour ce qui est des bateaux… Nous, les marins, parlons de vous tout le temps, recherchons sans fin votre compagnie. Vous faiblissez, c’est l’inquiétude; vous partez, c’est le drame; nulle part au monde vous n’êtes autant chéri, choyé,attendu. » Olivier De KERSAUSON ( Navigateur français, chroniqueur et écrivain)

fa gaetano bellei le vent
 » Le vent  » – Gaetano BELLEI