Un air d’Italie, l’Opéra de Paris de Louis XIV à la Révolution …

OPERA DE PARIS AFFICHE

( Affiche : Costume du roi Égée  Thésée de Lully à la fin du XVIIe siècle // Gravure aquarelle ( Bibliothèque Nationale de France )

« Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France & de Navarre, à tous ceux qui ces présentes Lettres verront. Salut. Notre amé & féal Pierre Perrin, Conseiller en nos Conseils, & Introducteur des Ambassadeurs près la Personne de feu notre très-cher & bien amé Oncle le duc d’Orléans, Nous a très-humblement fait remontrer, que depuis quelques années les Italiens ont établi diverses Académies, dans lesquelles il se fait des Représentations en Musique, qu’on nomme Opera : Que ces Académies étant composées des plus excellens Musiciens du Pape, & autres Princes, même de personnes d’honnêtes familles, nobles, & Gentilshommes de naissance, très-sçavans é expérimentés en l’Art de la Musique qui y vont chanter, font à présent les plus beaux Spectacles & les plus agréables divertissemens, non-seulement des Villes de Romes, Venise & autres Cours d’Italie, mais encore ceux des Villes & Cours d’Allemagne & d’Angleterre, où lesdites Académies ont été pareillement établies à l’imitation des Italiens ; que ceux qui font les frais nécessaires pour lesdites Représentations, se remboursent de leurs avances sur ce qui se reprende du Public à la porte des lieux où elles se font ; & enfin que s’il nous plaisoit de lui accorder la permission d’établir dans notre Royaume de pareilles Académies pour y faire chanter en public de pareils Opera, ou Représentations en Musique & langue Françoise, il espère que non-seulement ces choses contribueroient à notre divertissement & à celui du Public, mais encore que nos sujets s’accoutumant au goût de la Musique se porteroient insensiblement à se perfectionner en cet Art, l’un des plus nobles des Arts libéraux.
À ces causes, désirant contribuer à l’avancement des Arts dans notre Royaume, & traiter favorablement ledit Exposant, tant en considération des services qu’il a rendu à feu notre très-cher & bien-amé Oncle, que de ceux qu’il nous rend depuis quelques années en la composition des paroles de Musique qui se chantent, tant en notre Chapelle qu’en notre Chambre ; Nous avons, audit Perrin, accordé & octroyé, accordons & octroyons par ces Présentes, signées de notre main, la permission d’établir en notre bonne ville de Paris & autres de notre Royaume, une Académie, composée de tel nombre & qualité de personnes qu’il avisera, pour y représenter & chanter en Public des Opera & Représentations en Musique & en vers François, pareilles & semblables à celles d’Italie : & pour dédommager l’Exposant des grands frais qu’il conviendra faire pour lesdistes Représentations, tant pour les Théâtres, Machines, Décorations, Habits qu’autres choses nécessaires, Nous lui permettons de prendre du Public telles sommes qu’il avisera, & à cette fin d’établir des Gardes & autres gens nécessaires à la porte des lieux où se feront lesdistes Représentations : Faisant très-expresses inhibitions & défenses à toutes personnes, de quelque qualité & conditions qu’elles soient, même aux Officiers de notre Maison, d’y entrer sans payer & de faire chanter de pareils Opera, ou Représentations en Musique & en vers François dans toute l’étendue de notre Royaume, pendant douze années, sans le consentement & permission dudit Exposant, à peine de dix mille livres d’amende, confiscation des Théâtres, Machines & Habits, applicable un tiers à Nous, un tiers à l’Hôpital Général, & l’autre tiers audit Exposant. Et attendu que lesdits Opera & Représentations sont des Ouvrages de Musique tous différens des Comédies recitées, & que nous les érigeons par cesdites Présentes, sur le pied de celles des Académies d’Italie, où les Gentilshommes chantent sans déroger : Voulons & Nous plaît, que tous les Gentilshommes, Damoiselles, & autres personnes puissent chanter audit Opera, sans que pour ce ils dérogent au titre de Noblesse, ni à leurs Priviléges, Charges, Droits & Immunités, révoquant par ces Présentes toutes Permissions & Priviléges que Nous pourrions avoir ci-devant donnés & accordés, tant pour raison dudit Opera que pour réciter des Comédies en Musique, sous quelque nom, qualité, condition & prétexte que ce puisse être.
Si Donnons en Mandement à nos amés & féaux Conseillers les Gens tenans notre Cour de Parlement à Paris, & autres nos Justiciers & Officiers qu’il appartiendra, que ces Présentes ils ayent à faire lire, publier & enregistrer ; & du contenu en icelles, faire jouir & user ledit Exposant pleinement & paisiblement, cessant & faisant cesser tous troubles & empêchemens au contraire : Car tel est notre plaisir.
Donné à Saint Germain-en-Laye, le vingt-huitième jour de Juin, l’an de grâce mil six cens soixante-neuf, & de notre Règne le vingt-septième.
 Signé, LOUIS, & sur le repli, par le Roy, COLBERT.   »  –
Texte du  Privilège accordé à Pierre PERRIN par le roi Louis XIV

2019 fête les 350 ans de l’Opéra de Paris. Premier théâtre français devenu Académie en 1669 selon l’acte rédigé par Colbert à la demande du roi de France Louis XIV, lequel octroya les lettres patentes qui permettront de le faire .Le nom va changer au fil du temps : Académie royale de musique sous Louis XIV , Théâtre national de la République sous la Révolution – Académie impériale de musique de 1804 à 1815 – Opéra de Paris de 1850 à 1871 – Théâtre national de l’Opéra à la fin du XIXe siècle – Opéra de Paris en 1990 regroupant Garnier et Bastille –

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En deux siècles, l’institution s’installera :  salle de la Bouteille (1670/72) , du Jeu de Paume (1672/73) , du Palais Royal (1673/1763) , des Machines ( 1764/1770) , à nouveau le Palais-Royal ( 1770/1781), des Menus-Plaisirs (1781), de la Porte Saint-Martin ( 1781/1794) , de la rue Richelieu ( 1794/1820) , du Théâtre Louvois ( 1820) , les salles Favart ( 1820/1821) , et rue Le Peletier ( 1821/1873). Cette dernière avant l’Opéra Garnier en 1875 .

Il faut savoir que le règne de Louis XIV a été très long ( 72 ans ) et que les arts ont tenu une très grande place dans sa vie que ce soit la danse, la musique, la peinture, la sculpture, l’architecture, l’art des jardins etc… et ce par plaisir personnel d’une part, mais  comme outil de propagande politique et de pouvoir d’autre part.

Cet anniversaire se déroule sous la forme d’une exposition proposée par l’Opéra de Paris, la Bibliothèque Nationale de France (BNF) – L’exposition se tient à  la Bibliothèque-musée du Palais Garnier à Paris et  s’intitule :

 » Un air d’Italie – l’Opéra de Paris de Louis XIV à la Révolution « jusqu’au 1er Septembre 2019.  en différentes sections pour parler de ces deux siècles qui ont vu le ballet de Cour, l’opéra-ballet, et l’opéra français, évoluant de 1669 à la Révolution, mais qui traite aussi de ceux qui en furent à l’origine comme Perrin, Lully, Francine, Destouches et Rameau  – 130 pièces sont présentées : manuscrits, dessins, costumes, maquettes de décors, partitions, estampes, ainsi que des extraits musicaux et vidéos, prêts de la BNF et des Archives nationales.

L’opéra est un art qui est né en Italie durant la Renaissance,  à la fin du XVIe siècle au cœur des Cours florentines et lombardes.  Il réunissait musique, chant,  danse et théâtre. En fait c’est la tragédie grecque qui a donné l’envie à certains artistes italiens, regroupés dans des Camerata , de raconter des drames sous cette forme. Tout est parti de là !

Le premier du genre est l’Euridice de Jacopo Peri en 1600 à Florence pour le mariage de Henri IV avec Marie de Médicis. Toutefois, celui que l’on considère comme étant réellement le premier-important  est l’Orféo de Claudio Monteverdi en 1607 , au palais ducal de Mantoue sur un livret de Alessandro Striggio – . Venise va profiter de ce genre devenu un grand succès populaire et c’est en 1637 que s’ouvrira le premier théâtre lyrique dans la Sérénissime. Il  sera suivi par l’ouverture de dix-sept autres établissements durant ce siècle dans cette ville.

( Vidéo : l’Orféo – Ouverture / Jordi SAVALL à la direction de l’ensemble LE CONCERT DES NATIONS )

L’épouse du roi Henri II, Catherine de Médicis, a toujours énormément favorisé la venue d’artistes italiens à la Cour de France . Cela continuera avec Henri IV et Marie de Médicis (italienne elle aussi). Tous deux avaient entendu cet art lyrique,  qui plaisait tant en Italie,  au Palais Pitti de Florence où différents spectacles de ce genre avaient été donnés. C’est à cette occasion que le roi  avait fait la connaissance du poète italien Ottavio Rinuccini, qu’il avait invité en France  et c’est probablement ce dernier qui lui aurait vanté le talent de Giulio Cassini ( luthiste, chanteur, compositeur, et professeur) qui viendra, sur l’invitation du couple royal, à Paris en 1064 avec sa troupe pour en donner une représentation.

En France, à cette époque, c’était le ballet de Cour qui était prisé. Il fusionnait la danse, le chant, de très beaux costumes , la musique, la peinture et la poésie. La danse  (représentation de toute la vie mondaine) de l’époque était un art qui plaisait beaucoup, . C’était un des divertissements favoris. Le roi, les courtisans, toute la noblesse y participaient activement. Ce genre va fortement se développer durant les règnes de Henri IV, Louis XIII et le début de celui de Louis XIV.. La danse avait un véritable pouvoir d’expression et la musique faisait partie, avec elle, de l’éducation donnée aux enfants royaux et ceux de la noblesse. Ces ballets de Cour proposaient  des sujets assez variés abordant la mythologie ( sujet dominant) , l’allégorique, et le romanesque.

Le Ballet comique de la reine en 1581, créé par Balthasar de  Beaujoyeulx, dans lequel sont déclamés des vers de l’aumônier du roi : Nicolas Filleul de  La Chesnaye, des décors peints par Jacques Perrin, une musique instrumentale de Lambert de Baulieu et François Cajetan et des chants dirigés par Jacques Salmon,  est l’un des plus célèbres ballets de Cour de cette époque parce qu’il a su englober de façon très harmonieuse, tous ces arts.  Il fut demandé par l’épouse du roi Henri III, Louise de Lorraine-Vaudémont, pour le mariage de sa sœur qui avait eu lieu un mois plus tôt.

 » J’ai animé et fait parler le ballet, raisonner la comédie, en y ajoutant plusieurs rares et riches représentations et ornements. Je puis dire avoir contenté en un corps bien proportionné : l’œil, l’oreille et l’entendement .  » Balthasar DE BEAUJOYEULX

BALLET COMIQUE DE LA REINE Affiche
 » Ballet comique de la reine  » – ( Bibliothèque Nationale de France )
BALLET COMIQUE DE LA REINE SCENE
Salle du Petit Bourbon durant une représentation du Ballet comique de la Reine

Les danseurs des ballets de Cour  sont, dans la majorité des cas, des hommes qui se travestissent pour les rôles féminins, endossent des costumes assez encombrants et pesants qui ne leur permet pas de bien bouger lorsqu’ils dansent, et portent souvent des masques.

Lorsque Louis XIII décédera en 1643, la régence sera assurée par Anne d’Autriche son épouse, avec l’aide du premier ministre Mazarin. Ce dernier, italien, était un passionné de chant lyrique entendu dans son pays. Dès 1645, il fera entrer ce genre ( en langue italienne ) à la Cour de France, la première  sera la Finta Pazza qui avait été créée quatre ans plus tôt au Teatro Novissimo de Venise, sur une musique de Francesco Sacrati et un livret de Giulio Strozzi. Avec le soutien de riches familles italiennes, il invitera à la Cour des troupes très réputées de son pays ainsi que des machinistes talentueux pour la mise en scène. Durant toute la période de la Fronde, ce genre de spectacle prisé du cardinal, mais fortement critiqué pour son coût, ne fera plus l’objet d’une représentation.

OPERA Noël Cochin ou à Nicolas Cochin d’après Giacomo Torelli, Décor du prologue de La Finta pazza de Sacrati, 1645BNF
Décor du Prologue de la Finta Pazza  – Nicolas ou Noël COCHIN d’après Giacomo TORELLI ( Bibliothèque Nationale de France )

Louis XIV a été, comme beaucoup de petits princes, initié à la musique et à la danse. Cette dernière va se révéler être une véritable passion qu’il assouvira, dès l’âge de 7 ans,  plusieurs heures par jour , avec son maître à danser personnel : Jean Regnault d’abord, puis  Pierre Beauchamp, à un point tel que l’on était obligé de le calmer craignant  que cela ne vienne perturber sa santé. Beauchamp lui enseignera des pas qui vont devenir les bases de la danse classique actuelle. Louis aime à exécuter toutes les danses à la mode : Bourrée, Courante, Gaillarde, Chaconne, Gavotte, Pavane, Gigue, mais sa préférée est le Menuet ( Lully en composera beaucoup à son attention  )

Durant tout son règne il va être, plus que quiconque, un fervent pratiquent de danse,  présent dans 27 ballets ,  tenir plus de soixante-dix rôles . La première fois  c’était dans le Ballet de Cassandre en 1651. En dansant  Apollon dans le Ballet royal de la nuit ( 1653) il recevra le surnom de Roi Soleil :  »Le soleil qui me suit c’est le jeune Louis, la troupe des astres s’enfuit dès que ce grand roi s’avance … «  dira le Duc d’Anjou. Il s’arrêtera de s’adonner à la danse en 1670 à cause d’une blessure .Ce roi va apporter toutes ses lettres de noblesse à cet art.

« Ce jour là 23 (Février) fut donné dans le Petit-Bourbon, pour la première fois en présence de la Reine, de son Éminence et de toute la Cour, le Grand Ballet Royal de la Nuit, composé de 43 entrées toutes si riches, tant par la nouveauté de ce qui s’y présente que par la beauté des récits, la magnificence des machines, la pompe superbe des habits et la grâce de tous les danseurs, que les spectateurs auraient difficilement discerné la plus charmante si celles où notre jeune monarque qui ne se faisait pas moins connaître sous ses vêtements que le soleil à travers les nuages, n’en eussent reçu un caractère particulier d’éclatante majesté qui en marquait la différence… Et comme sans contredit cet astre naissant y surpassait en grâce tous ceux qui à l’envi y faisaient paraître la leur, par les gentillesses et les charmes qui lui sont naturels on ne pouvait douter de son rang. Je laisse donc à juger ce contentement que put avoir l’assemblée, nonobstant la disgrâce qui sembla le vouloir troubler par le feu qui prit à une toile dès la première entrée et à la première Heure de cette belle Nuit qui était représentée par le Roi, mais ne servit néanmoins qu’à faire admirer la prudence et le courage de Sa Majesté laquelle rassura l’assistance tellement que le feu s’étant heureusement éteint laissa les esprits dans leur première tranquillité et fut même interprété favorablement « . 

(Vidéo : Le Ballet de la Nuit / Ouverture : Reinhard GOEBEL à la direction de MUSICA ANTIQUA KÖLN )

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Louis XIV en Roi Soleil – 1653 – par Henri de GISSEY –  » L’art de la danse a toujours été reconnu comme l’un des plus honnêtes et l’un des plus nécessaires à former le corps aux exercices. Par conséquent, l’un des plus utiles à notre noblesse, non seulement en tant de guerre de nos armées, mais en temps de paix dans nos ballets.  » Louis XIV
OPERATailleur des Menus Plaisirs du roi Costume de ballet pour un danseur XVIIe s BNF
Costume pour un danseur au XVIIe siècle ( Bibliothèque Nationale de France)
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Costume d’un joueur de luth / Ballet de la nuit / ( Collection Hénin )

 Cette passion le conduira en 1661 à la création de l’Académie royale de danse dont la fonction première était de former des danseurs, mais également de réfléchir, analyser la danse,  codifier l’art chorégraphique. Une mission qui sera confiée à treize académiciens, des proches du roi.  Cela ne se fera pas sans heurts ni colère de la part des Mestrandies (corporation des joueurs de violon fondée en 1321 ) qui avait autrefois acquis le droit d’enseigner la danse et la musique. Ils vont s’insurger car ne souhaitant pas perdre ce privilège. Mais ce que  » le roi souhaitait, devait être accompli  ». En conséquence de quoi les lettres de patente seront établies en 1661, enregistrées en 1662 et un arrêté solennel mettra fin aux querelles en 1665.

La création de cette Académie marque incontestablement l’importance qu’il accordait à la danse et son envie de la voir atteindre un niveau exceptionnel. Avec lui les ballets de Cour sont devenus très élégants, raffinés, fastueux, éclatants – Toutefois, lorsqu’il s’arrêtera lui-même de danser, ce genre  va perdre le rôle à la fois symbolique et politique qui avait été le sien jusque-là.

Elle sera la troisième Académie créée en France : il y eut d’abord l’Académie française en 1635, celle de la peinture et de la sculpture en 1648. Après elle il y aura l’Académie royale des Belles Lettres en 1663, des sciences en 1666 et enfin l’Académie royale de musique en 1669. A noter que l’école de danse de Paris a été créée en 1713.

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Jean-Baptiste Lulli (  Lully lors de sa naturalisation ) est né en 1632 à Florence-Violoniste virtuose arrivé en France à l’âge de 14 ans, il attire l’attention non seulement de Mazarin, mais de Mademoiselle, la duchesse de Monpensier,  fille de Gaston d’Orléans qui le prend à son service . A 20 ans, il entre à la Cour de Louis XIV qui est un adolescent. La danse et la musique va les rapprocher et un lien d’amitié se nouera entre eux. Sa majesté aime sa compagnie et fait de Lully son favori dans le domaine du divertissement musical et dansé.

Face à lui il y a Molière, son aîné de dix ans- . L’un est un compositeur au style très joyeux et brillant, doué pour la musique, la danse et l’organisation de l’orchestre (Lully) , l’autre pour le théâtre et la mise en scène d’incroyable fêtes royales (Molière). De 1660 à 1670, ils vont s’allier dans un genre abordé auparavant par Molière, mais qu’ils vont développer ensemble  : la comédie-ballet que  le roi Soleil adorait , à savoir, sans que l’action ne cesse, la danse s’insère dans la comédie entre les actes.Les sujets sont très souvent ceux de la vie quotidienne.   De leur collaboration, naîtra, entre autres,  dans ce genre Le Bourgeois Gentilhomme. En  1661 Lully est nommé  surintendant de la musique –  Ils vont s’enrichir, devenir des bourgeois. Lully sera naturalisé français et dans la foulée, épousera Madeleine Lambert

BOURGEOIS GENTILHOMME
Couverture du Bourgeois Gentilhomme – Château de Chambord en 1670 –  (Bibliothèque Nationale de France)

Et puis un jour les choses vont changer …. Un homme va soumettre une idée  à ce jeune roi : la création d’une œuvre lyrique  en français.C’est un poète désargenté répondant au nom de Pierre Perrin. C’est lui qui est considéré comme le fondateur. Pour mettre son projet en route, il va s’associer au musicien Robert Cambert. Toute idée de divertissement nouveau était un réel plaisir pour Louis XIV  . De ce fait, les explications et les idées  tout à fait originales  de Perrin, d’œuvres lyriques chantées en français  qui (chose importante ) permettaient de conserver la danse, vont le séduire . Il va s’empresser d’accorder  à Perrin le privilège , acte de  »  baptême  » officiel établissant cette Académie pour une durée de douze ans au départ. ( voir texte ci-dessus ) 

OPERA privilège accordé à Perrin
Privilège accordé à Pierre PERRIN par le roi Louis XIV ( Bibliothèque Nationale de France )

L’Académie de musique  est fondée en 1669. Cette institution a pour but, et pour rôle,  d’assurer la promotion de l’opéra français non seulement à Paris, mais en province aussi. Elle représente, à elle  toute seule,  l’histoire de l’art lyrique français, va parallèlement , au départ, servir  également la danse parce que sa scène va être le berceau de ballets qui seront donnés, au départ,  au milieu des opéras.

Pierre Perrin est né à Lyon en 1620/25. Il a été, tout au long de sa vie,  un passionné de poésie. Il a fait publier divers recueils de poèmes dont les vers étaient plutôt empreints de critique et méchanceté, mais assez originaux pour plaire. Compte tenu du fait qu’il était complètement désargenté, il a essayé d’amener à sa cause des personnes influentes comme Mazarin et Monsieur, frère du roi, pour pouvoir acquérir la charge d‘Introducteur des Ambassadeurs mais cette façon de faire n’a donné le résultat escompté . En conséquence de quoi, à l’âge de 30 ans, il a épousé une dame fortunée qui en avait trente de plus que lui. Elle lui a permis d’avoir la charge qu’il convoitait. Sauf que le fils de cette dame, à savoir un certain Barroire, était conseiller au Parlement. Il a fort bien compris que cette union n’était nullement celle de l’amour , a donc ouvert les yeux de sa mère sur l’affaire. Elle demanda l’annulation de ce mariage et Perrin fut mis dehors . La pauvre dame mourut de chagrin et son fils n’aura cesse que de venger sa maman en poursuivant Perrin , durant plus de quinze ans, dans des procès qui conduiront ce dernier souvent en prison car il n’avait pas le sou pour rembourser.

Pour son projet d’opéra en français , Perrin  s’associa à Robert  Cambert. La première des choses qu’ils vont faire c’est de trouver une salle : ce sera celle du Jeu de Paume de la Bouteille rue des Fossés de Nesles ( de nos jours rue Mazarine). C’est l’intendant du duc d’Orléans, Henri Guichard, qui s’occupa de l’aménager en salle de spectacle  – L’inauguration se fera en 1671 avec Pomone, une œuvre présentée avec faste et enchantement,  qui aura un énorme succès durant ses 46 représentations –

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( Vidéo : Pomone / Hugo REYNE à la direction de la SIMPHONIE DU MARAIS )

Malheureusement Perrin n’arrivera jamais à se sortir des ennuis dans lesquels il était empêtré que ce soit à titre personnel mais aussi  ceux occasionnés par  deux escrocs notoires auxquels il était associé et qui détournaient les fonds de l’Académie. Il se retrouva en prison, couvert de dettes, mais ayant toujours en sa possession sa licence (privilège accordé par le roi )

Pendant ce temps avec la collaboration de Molière et de Corneille , Lully  présentera au roi, Psyché qui sera un énorme succès . Le librettiste fut Philippe Quinault.  Malheureusement, elle mettra fin à la collaboration avec Molière : ce dernier  touche l’argent mais n’attribue pas à Lully la somme qu’il lui revenait pour avoir composer la musique. Il a dans l’idée de reprendre le privilège de Perrin –  Les deux hommes s’affrontent. Ni le roi, ni Colbert ne prendront position pour l’un ou pour l’autre. La compétition est ouverte.

Profitant de la maladie de Molière et de ses absences, Lully rachète son privilège à Perrin en prison en 1672  . Il demande au roi de l’entériner par un nouveau (ce qui lui est accordé à vie ! )  en y ajoutant des clauses supplémentaires comme le désignant  l’ unique directeur et décideur : aucune poésie ne pourra être déclamée ni aucune œuvre jouée sans son autorisation.Ce qui fera scandale. Il devient également directeur de l’Académie de musique en 1673, laquelle prend alors le nom de Académie royale avec lui.

 » Bien informez de l’intelligence et grande connoissance que s’est acquis notre cher et bien-aimé Jean-Baptiste Lully, au fait de sa musique, dont il nous a donnez et donne journalièrement de très agréables preuves depuis plusieurs années qu’il s’est attaché à nostre service, qui Nous ont convié à l’honorer de sa charge de surintendant et compositeur de la musique de nostre chambre ; Nous avons au dit sieur Lully permis et accordé, permettons et accordons par ces présentes signées de nostre main, d’establir une Académie Royale de musique dans nostre bonne ville de Paris  …. » Louis XIV

La même année Molière décédera en interprétant le Malade imaginaire.

Lully s’installera au Palais royal dans la salle qu’occupait auparavant Molière et sa troupe. Une faveur supplémentaire et exclusive  que lui accorde Louis XIV –  Elle restera en ces lieux durant près d’un siècle jusqu’à ce qu’un incendie ( dont personne ne peut définir l’origine) ne vienne détruire la détruire en 1763. Une autre salle sera construite à sa place en 1770, mais sera, à nouveau détruite par le feu en 1781. Cette fois, l’Académie sera déplacée ( jusqu’à la Révolution )  dans une salle près de la Porte Saint-Martin.

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 » Incendie du Palais Royal, vue des jardins  » – Hubert ROBERT ( Musée Carnavalet – Paris / France)
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 » Incendie du Palais Royal  » Hubert ROBERT ( Bibliothèque Nationale de France / Paris )

La tragédie lyrique ( opéra ) genre nouveau bien français, fut la seule apte à pouvoir faire concurrence au lyrique italien à l’époque -Lully y créera l’Ouverture à la française, introduira le récitatif . Elle était un dosage harmonieux de danse, de musique, de chant, de déclamation, le tout saupoudré d’un petit parfum italien, de tragédie théâtrale française et de ce qu’avait été le divertissement de Cour . Cadmus et Hermione, première œuvre du genre, créée en 1673, en sera un parfait exemple qui satisfera le roi au plus haut point.

( Vidéo : Chaconne / Cadmus et Hermione / Vincent DUMESTRE à la direction de son Ensemble Le POÉME HARMONIQUE )

Une collaboration fructueuse ( 14 ans ) va l’unir à son librettiste favori Philippe Quinault. L’un a le don de l’écriture pour des sujets héroïques et chevaleresques, et l’autre compose des musiques éclatantes. Ensemble ils vont créer entre autres :Cadmus et Hermione /  Alceste ou le triomphe d’Alcide – Athys – Armide – Roland – Phaéton – Persée – etc… La tragédie lyrique est un genre qui disparaîtra avec Lully.

QUINAULT Philippe
Philipe QUINAULT – Gravure de SORNIQUE ( Bibliothèque Nationale de France )
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Première représentation d’Alceste au château de Versailles / Illustration de Jean LEPAUTRE ( Bibliothèque Nationale de France ) – A l’époque de cette création, un vent de tempête soufflera, venu de la part de Racine et Boileau notamment, lesquels parmi d’autres, ne supportaient plus les faveurs constantes que le roi accordait à Lully, et par ailleurs la vie décousue que menait le compositeur en raison de ses penchants homosexuels.

A la mort de Lully en 1687  , l’opéra français était très prisé en Europe. Son génie en la matière restera dans les mémoires et bon nombre de compositeurs après lui, s’inspireront de son travail et de sa musique. Lully avait  eu six enfants. C’était donc à l’un de ses trois fils  de pendre sa place. Malheureusement, l’aîné menait une vie de débauché, et l’autre était un abbé devenu l’aumônier du frère du roi. Quant au petit dernier, il était trop jeune à l’époque pour pouvoir assurer le poste. Compte tenu de cette situation, le roi a tranché en ordonnant Jean Nicolas de Francine, gendre de Lully. Certes il n’était pas compositeur de musique, mais il avait bonne oreille et était doué pour les finances..

A partir de là, il va devoir faire face à de nombreuses difficultés : jalousies, cabales, critiques, détracteurs, et ennuis financiers. En effet, Louis XIV était vieux. Il vivait aux côtés de Mme de Maintenon, qui trouvait scandaleux qu’à son âge le roi puisse se retrouver sur scène, et préférait nettement qu’il se tourne vers la prière.Les divertissements n’étaient plus aussi nombreux et sa majesté n’apportait plus sa contribution financière aux décors et costumes de l’Académie.

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André CAMPRA gravure  d’après BOUYS

En 1694, le poste de maître de chapelle à Notre-Dame de Paris est libre. C’est André Campra, né à Aix-en-Provence, d’origine italienne, ayant fait son éducation musicale dans le religieux, mais étant fortement attiré par la musique profane. Ce poste nécessitait une présence, une conduite irréprochable, la composition de musique pour les cérémonies religieuses. Un poste pas vraiment en adéquation la carrière fructueuse  que connaissait Campra dans le monde musical. Son incroyable succès avec l‘Europe Galante en  1697 restera anonyme car, en raison du poste qu’il occupait à Notre-Dame, il ne put profiter de son succès jusqu’en 1699.

( Vidéo : Prologue – William CHRISTIE à la direction de l’ACADÉMIE BAROQUE EUROPÉENNE D.AMBRONAY )

L‘Europe Galante est un nouveau genre sur la scène de l’Académie royale (certes pas le premier  mais le plus important – le premier ayant été, en effet, inventé par Pascal Colasse avec les Saisons en 1695 )  : l’opéra-ballet, qui va se révéler un concurrent redoutable pour la tragédie lyrique. C’est un genre dans lequel les actes sont indépendants les uns des autres. Campra récidivera dans ses idées assez novatrices combinant à la fois des paroles françaises, un  style musical italianisé , une place d’importance à la danse, et quelques petits hommages musicaux à Lully –  les Fêtes vénitiennes en 1710 sera un triomphe, le plus gros succès de l’Académie pourrait-on dire puisqu’il fera l’objet de très nombreuses représentations et reprises dans les années qui suivront –  Il restera dans les mémoires comme ayant été le compositeur lyrique le plus important entre Lully et Rameau – En 1715 Louis XIV décède.

( Vidéo : Extraits / William CHRISTIE à la direction des ARTS FLORISSANTS )

L’Institution se trouva confronter à d’importants problèmes financiers qui vont contraindre Francine à conclure en 1712  un traité avec les créanciers ( les syndics) : il s’engageait à céder le privilège de l’Opéra aux syndics, ainsi que le théâtre, costumes décors etc… et en contre partie, les syndics réglaient les dettes. Le roi prit note, mais créa un an plus tard un poste d’inspecteur général qui contrôlerait la bonne marche de toutes ses transactions. Ce fut le compositeur André Cardinal dit Destouches.

DESTOUCHES
André CARDINAL dit DESTOUCHES

Désordres, agitations, contestations, tumultes, chamailleries, tracas  de toutes sortes et problèmes financiers continuèrent malgré tout. Francine et Destouches vont s’unir pour faire partir les syndics qui n’avaient, finalement, rien arrangé.Ils sont déchargés de leurs fonctions en 1723 et les pouvoirs donnés, à nouveau, à Francine. Ce dernier meurt en 1735. Mais en 1728 Destouches prit sa suite à la tête de l’Académie de musique  Louis XIV lui est décédé en 1715 – C’est le régent qui devient le protecteur de Destouches, lequel ne restera  pas longtemps en poste, deux ans seulement de 1728 à 1730.

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Jean-Philippe RAMEAU par Joseph AVED

Le règne de Louis XV verra les débuts en 1733 de Jean-Philippe Rameau, brillant théoricien,  à l’Académie royale de musique – Le temps avait passé, mais  Lully était encore très présent dans les mémoires. Rameau était âgé  de 50 ans lorsqu’il présenta son premier opéra Hippolyte et Aricie d’après Phèdre de Racine, lequel va complètement bouleverser le public et les avis seront partagés : certains vont aimer cette modernité musicale et d’autres la trouveront complètement ridicule – Campra qui était encore inspecteur de l’Académie à l’époque, saluera Rameau en disant : il y a assez de musique dans cet opéra pour en faire dix , cet homme nous éclipsera tous !  »

(Vidéo : Ouverture // Christophe ROUSSET à la direction des TALENS LYRIQUES )

Deux ans plus tard, il récidive avec Les Indes Galantes très apprécié . Suivront d’autres œuvres géniales dont  Platée, opéra assez drôle créé en 1744/45. Les Boréades sera son dernier grand opéra vers 1763. Malheureusement il meurt avant même d’avoir pu l’entendre. Ce chef-d’œuvre sera oublié jusqu’à ce qu’il renaisse des placards de la Bibliothèque Nationale en 1964.

( Vidéo : Rondeau des Indes Galantes  / Magali LÉGER & Laurent NAOURI – Les MUSICIENS DU LOUVRE sous la direction de Marc MINKOWSKI )

Rameau aura à cœur de ne pas s’en tenir uniquement au modèle lyrique instauré par Lully et il obtiendra du succès  que ce soit dans les tragédies lyriques, les ballets héroïques ou les spectacles de Cour.

En 1752 une oeuvre de Pergolèse va, en effet,  déclencher une véritable bataille musicale, La Serva Padrona, qu’une troupe d’acteurs italiens arrivés en France décidèrent de faire jouer à l’Académie royale de musique. Elle plaira beaucoup au public, mais déclenchera  la Querelle des Bouffons avec  d’un côté les  partisans de la musique lyrique en français qui proposait  des sujets graves, tragiques, dramatiques ( ce clan fut appelé le coin  du roi ) et de l’autre ceux appréciant fortement le style de l’opéra bouffe italien   qui déployait sentiments et légèreté dans leurs sujets  ( clan nommé le coin de la reine avec notamment Diderot et Rousseau en chefs de file). Ce dernier va mettre de l’huile sur le feu en publiant sa Lettre sur la musique française qui critiquait fortement l’opéra français en disant notamment que la langue française n’était pas compatible avec le chant lyrique.

( Vidéo : Furio ZANASI – Sonya YONCHEVA – Roberto Carlos GERBOLES – Pablo Airel BURSZTIN – Accompagnés par Diego FASOLIS à la direction de l’Ensemble I BARROCCHISTI )

Cette querelle prendra fin lorsque la favorite en titre de Louis XV, la marquise de Pompadour prendra la défense de Rameau qui était devenu la cible de toute cette cabale. Elle obtint le renvoi pur et simple de la troupe italienne en 1754 par une décision royale. Toutefois, cette agitation aura permis de comprendre que le public aspirait à autre chose en matière d’opéra. La période baroque allait doucement s’éteindre et avec elle celui qui l’avait fort bien représenté dans ses dernières années : Rameau.

Le lyrique ne fut pas le seul à être touché par cette querelle, la danse y aura droit elle aussi notamment lorsque l’on verra la grande virtuosité technique d’une certaine Barbara Campanini. Là encore les avis furent partagés : d’un côté ceux qui trouvaient que ce n’était là que des  » cabrioles  » qui venaient entacher la danse noble française, et d’autres qui s’émerveillaient.

GLUCK Christoph Willibald par Joseph Siffred DUPLESSIS
 » Portrait de Christoph Willibald GLUCK  » par Joseph Sifred DUPLESSIS

Les finances de l’Académie ne vont malheureusement pas s’arranger et cela va durer quasiment jusqu’à la Révolution. Malgré les problèmes de gestion, l’exigence artistique restera de mise. Par ailleurs de nombreux changements apparaissent dans l’opéra notamment lorsque Christoph Willibald Gluck va décider de venir à Paris, avec ses réformes sous le bras, pour les appliquer à l’opéra français. C’est ainsi que l’Académie royale de musique verra arriver Iphigénie en Aulide ainsi que Orphée et Eurydice en 1774 puis Iphigénie en Tauride en 1779. Un art lyrique nouveau venait de naître.

( Vidéo : Ouverture / Iphigénie en Aulide – L.ORCHESTRE DE L.OPÉRA DE LYON dirigé par John Eliot GARDINER

Compte tenu du gouffre financier dans lequel l’Académie était plongée, le privilège fut accordé en 1749  à la Ville de Paris (corps public ) pour tenter de trouver une solution entre ceux qui s’occuper de la gestion de l’institution et qui n’avaient qu’une idée en tête : le profit, et ceux comme la ville qui souhaitaient voire perdurer le prestige de l’opéra français.

De 1749 à 1780 la ville de Paris s’occupera de la gestion de l’Académie Royale de musique. Une gestion qui connut plus de bas que de hauts, ce qui l’a souvent amené à vouloir confier cette tâche à d’autres, puis la reprendre dès que la situation s’améliorait – Pour les dix années suivantes, Louis XVI prend donc la décision de placer l’institution sous son pouvoir royal ( Menus-Plaisirs ) et de confier la gestion à un Comité constitué de membres du personnel artistique et administratif de l’Institution et d’un directeur –  Malheureusement, contrairement à ce qu’avait pu penser le roi Louis XVI et ceux qui l’avaient conseillé dans cette voie-là, les problèmes d’instabilité financière, de tensions entre le personnel et la direction etc … étaient toujours présents. La gestion revient donc, à nouveau, à la ville de Paris.

Au tout début de la période révolutionnaire,  le public qui appréciait le monde lyrique et fréquentait l’Opéra était toujours celui des années passées, des nobles et des bourgeois. Mais, peu à peu, ils vont  quitté la France durant ces temps tourmentés qui s’annonçaient et un autre public fait de couches sociales différentes, riches et pauvres, voit le jour. Quelques  aristocrates occupent quelquefois les loges, le roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette assistent parfois au spectacle, mais   le peuple, nombreux,  est dans la salle. Il n’hésite pas à intervenir en plein spectacle, interrompant les chanteurs et acteurs, et s’exprimant sur différents sujets. Force est de constater que les attentes étaient complètement différentes vis-à-vis de celles d’autrefois. Le théâtre lyrique devenait plus une tribune politique.

Tarare, premier opéra de Beaumarchais en 1787 dont la musique est signée par Antonio Salieri va complètement enthousiasmer le public parisien par son côté révolutionnaire sur fond de turquerie . La foule viendra nombreuse le soir de la première et l’œuvre obtiendra un immense succès.Malheureusement, cela ne mettra pas fin aux problèmes financiers très importants de l’institution.

( Vidéo : Ouverture / Enrico DA MORI à la direction de l’ORCHESTRE DE LA VILLE DE VÉRONE )

En ce qui concerne le répertoire, il faut savoir que durant tous ces siècles, l’Opéra de Paris a eu à cœur de vouloir maintenir les œuvres lyriques anciennes. C’est vrai que ce désir sera quelque peu bouleversé lors de la querelle des Bouffons et l’arrivée de Gluck , le vent de réforme des années 1770 , mais ces opéras anciens représentaient l’histoire lyrique de notre pays, elles faisaient partie de son patrimoine. Pour ne pas les voir partir, elles ont souvent été re-visitées, ré-orchestrées etc… pour mieux renaître un jour telles qu’elles étaient autrefois.

La période choisie pour cette exposition s’arrête là … C’est bien dommage parce qu’il y aurait encore beaucoup à dire pour les années et les siècles qui suivront. Peut-être une prochaine fois !

A noter également que 2019 fête les 30 ans de l’opéra Bastille. Le bâtiment a été conçu par Carlos OTT, architecte uruguayen-canadien qui a gagné le concours en 1983. L’opéra Bastille et l’opéra Garnier forment l’institution publique Opéra de Paris. Les œuvres lyriques sont données le plus souvent à Bastille, les ballets à Garnier ( sauf dans le cas des grands ballets nécessitant un nombre important de danseurs comme le Lac des Cygnes – C’est alors à Bastille que cela se passe)

OPERAdécor pour le premier acte de Proserpine de Jean-Baptiste Lully
Décor pour le premier acte de Proserpine de Jean-Baptiste Lully ( 1658 ) par Bonifazio ALGIERI